mardi 27 décembre 2016

De la mouvance indépendantiste kanak : la complexité du débat avec un nouveau concept : « politique yo-yo » qui dit peut être véritable divergence ...???


L
es divergences tactiques, stratégiques voire même idéologique ont depuis d’antan marqué les frontières entre les deux plus grands partis de la mouvance indépendantiste : l’UC et le Palika. Mais dès lors qu’il s’agit de revenir sur la cause fondamentale de la lutte du peuple kanak, ces deux partis ont toujours su faire taire les spécificités pour ne voir que l’essentiel. A deux ans de 2018, ce premier rendez vous initié par l’Accord de Nouméa, accord qualifié politiquement  comme un processus d’émancipation, ces divergences commencent de nouveau à s’aiguiser. Mais à la différence du passé, le contexte politique dicté par l’accord de Nouméa, oblige l’opinion à sonder les différentes options proposées par la classe politique locale. De ce fait les divergences peuvent être   considérées comme étant des positions tranchées, du fait que l’opinion est en attente de confirmation par rapport à l’interrogation qui sera au rendez vous électoral de 2018.  Quand les subtilités intellectuelles ; (si l’on peut considérer ainsi les écarts ponctuels  entre les deux grands partis indépendantistes) reprennent le dessus dans les discours, le risque encouru  par ce type d’exercice, certes c’est  le brouillage du message indépendantiste avec un discrédit qui va s’installer progressivement au sein de l’opinion.

Dans un ITV accordé aux Nouvelles Calédoniennes de ce lundi 26 Décembre, le porte parole du Palika , défend l’engagement du parti aux côtés du parti progressiste ( crée récemment) pour organiser les primaires du PS , et donc une participation du Palika aux prochaines présidentielles françaises. Que faut-il penser d’une telle position aux côtés d’un parti progressiste qui a annoncé publiquement  son opposition au projet d’indépendance.  De la haute tactique de politique politicienne (peut être) mais la grille de lecture du citoyen lambda risque d’être plutôt l’incompréhension.  Jauger l’électorat indépendantiste à deux ans de 2018 oui mais pas forcément en s’alliant avec un parti qui s’est prononcé contre l’indépendance. Pour de la finesse dans les propos : le porte parole du Palika dira ceci : « Nous n’avons pas de politique yo-yo sur la question du vote ». Le seul souci dans la jonglerie des propos, c’est surtout pour ceux qui écoutent ou qui lisent.  

Dans ce même ITV, le Palika continue à confirmer  le dialogue pour l'organisation de la sortie de l’accord de Nouméa ; donc logiquement il ne peut pas être d’accord sur l’inscription automatique des kanaks, sur la liste référendaire.  De ce pas, le Palika condamne le RIN (Rassemblement des Indépendantistes et des Nationalistes),   qu’il considère d’ailleurs comme une initiative voulant supplanter le FLNKS ; et bien évidemment la position de l’UC sur sa non participation aux prochaines élections nationales françaises. Etant pour le dialogue , le Palika affirme son soutien à une candidature de gauche connaissant le dossier calédonien pour les prochaines présidentielles.

Entre la position de principe pour ne pas participer aux élections françaises, et la position tactique d’utiliser cette consultation pour jauger l’électorat indépendantiste, il y a peut être comme une complémentarité,  s’il faut placer le curseur au niveau de la mouvance indépendantiste. Naku press dans une de ses publications au lendemain des congrès des formations indépendantistes avaient simplement relevé le fait que l’ensemble des partis avait  reconfirmé la nécessaire accession du pays à sa pleine souveraineté.

Mais le jeu de mots, et justement la politique yo –yo n’aura plus la même consonance dans un contexte qui appelle à la fois de la finesse dans l’expression des positions, et surtout la nécessité d’amener à l’opinion des éléments qui posent le pays. Sur la question des listes électorales, on voudrait comprendre que c’est de la pure tactique politicienne que certains partis comme le Palika s’accroche mot à mot à l’Accord de Nouméa et encore, pour occulter de fait les réalités coloniales qui continuent à sévir dans le pays. Parler d’inégalités sociales ( les valeurs de gauche) en occultant la spécificité ethnique ( pourtant criante dans le pays ) c’est faire abstraction des réalités modernes du colonialisme qui continuent à sévir dans le pays , ou c'est faire le choix de donner la primeur à une réalité globale, celle du "fameux nouveau contrat social". Comme dirait l'autre : "faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais"- politique yo-yo , ni loyalistes , ni indépendantiste, et on conserve bien sa place au sein de la mouvance indépendantiste,  - Cela ressemble malgré tout à un chemin bien sinueux  pour l'heure !!! Ou alors c'est de la haute voltige !!!!

Quand les questions de formulation deviennent trop tranchées, elles peuvent réellement marquer des divergences profondes, ou alors, on ose encore croire, que dans un contexte aussi compliqué, la finesse dans les propos, et les manœuvres politiciennes  constituent  aussi une arme, sauf que l’opinion d’une manière générale va comprendre ce qu’elle lit et entend. Comme on peut aussi  comprendre  qu’au nom d’une stratégie de communication, de tels propos s’adressent à un électorat qui reste à conquérir pour la cause indépendantiste, ceux qui ont peur de la pleine souveraineté.   

Quelques propos recueillis sur les réseaux sociaux …..
Dans les nouvelles calédoniennes de ce matin, le porte-parole du PALIKA, interviewé, se demande si "le RIN veut-supplanter le FLNKS" a propos de la question de l'automaticité de l'inscription des kanak sur la liste référendaire ?
Vous avez dit "parano" ? Quand on s'autoproclame "démocrate", on doit accepter que d'autres groupes ou personnes puissent avoir des positions divergentes...
«  Participer aux primaires socialistes en Kanaky en 2017 c'est soutenir les progressistes qui appellent à voter contre l'émancipation et la décolonisation de Kanaky, contre l'accord de Nouméa, contre les vrais valeurs de gauche universelle .Je ne sais pas comment le Palika va manœuvré avec les clowns progressistes des franc maçons, qui font du5/5 sur le dos du peuple colonisé. »

 « Au delà du discours de façade, est-ce que ce positionnement ambigüe ne traduit-il pas un virage idéologique entamée depuis un certain temps renforcé par un soutien plus que nécessaire de l'État français à l'usine du Nord ? »

La diversité des opinions et des réactions sur de tels propos, au sein même de la mouvance, ou du réseau militant témoigne d’une certaine incompréhension. Certains même parlent de virage idéologique…. Et le débat continue ….

Naku press : mise en ligne le 27 décembre 2016