jeudi 6 janvier 2011

C'était en 2001: les dix qui font bouger le Caillou...

Le Point.fr - Publié le 29/06/2001 à 16:57

Les dix qui font bouger le Caillou

Françoise Caillard Femme, militante, citoyenne
La création, en 1998, par l'accord de Nouméa d'une citoyenneté calédonienne lui fait craindre que les femmes, « souvent marginalisées dans un milieu politique assez macho », ne se retrouvent pas dans cette notion. Cette Maréenne décide alors de fonder l'association des Femmes citoyennes pour donner un contenu à ce terme. La volonté du sénateur de l'île de faire retarder l'application de la parité donnera à l'association le motif de sa première mobilisation. « Contre la femme objet et contre la femme ménagère », elle relaie dans plusieurs communes la marche mondiale des femmes contre la violence et la pauvreté. Et elle avait dénoncé l'utilisation, comme emblème d'une nouvelle bière locale, de l'image d'une femme kanak jouant au cricket. Son prochain combat : la création d'une allocation pour les mères.

Didier Poppé, Le faiseur de champions
Avec 200 titres de champion de France, il est depuis vingt-cinq ans à la tête de la meilleure école nationale de lanceurs. C'est en faisant lancer des balles à 10 000 enfants des écoles en 1978 que la Fédération calédonienne d'athlétisme découvre que 500 à 600 d'entre eux sont de potentiels champions. Robustes, pugnaces et amateurs de sport individuel, les jeunes Wallisiens sont les plus nombreux. Sous la férule de Didier Poppé, les espoirs se confirment. Dès 1984, Jean-Paul Lakafia accède aux finales de javelot des JO de Los Angeles. Puis sont venues Bina Ramesh, double championne de France au javelot, Joachim Kiteau, champion du monde cadet, Bertrand Vili, triple champion de France cadet en disque, poids et javelot. « J'entraîne une cinquantaine d'athlètes dont les 30 premiers Français », se félicite ce professeur de sport d'origine normande.

Christophe Van Peteghem, l'entrepreneur insatiable
Il veut faire Honolulu à Nouméa. Sur l'une des plus jolies baies de Nouméa, il est en train de donner corps à un complexe commercial et hôtelier de plus de 500 millions de francs. « Il y a 500 mètres de plage, comme à Miami Beach », affirme cet audacieux de 43 ans. Associé à un riche homme d'affaires de l'île, il a à son actif la première résidence avec marinas de Nouméa et une quinzaine d'immeubles de standing et de résidences. Il n'attend plus que les dernières autorisations pour commencer la construction d'une « petite ville » sur la commune du Mont-Dore. Plage artificielle, école, tennis, stade de foot, habitations sont couchés sur les plans. D'ici là, il compte relancer la filière café sur une propriété de 20 hectares acquise, au lendemain des événements des années 80, pour une bouchée de pain.

André Dang, un artisan du rééquilibrage
C'est à lui que Jean-Marie Tjibaou demandera en 1989 d'intégrer les Kanak au développement économique. Il lui confie aussi un jeune Kanak fraîchement diplômé, Raphaël Pidjot. Fils de coolie, André Dang, 64 ans, s'est bâti une fortune dans la concession automobile avant de se consacrer au nickel. Homme d'affaires redoutable, il hisse en quelques années la SMSP, vendue en 1990 par Jacques Lafleur aux indépendantistes, au rang de premier producteur mondial de nickel oxydé. Et il concrétise au côté de Raphaël Pidjot un projet d'usine métallurgique avec le groupe canadien Falconbridge, qui catalyse tous les espoirs de développement de la province Nord. La disparition accidentelle de Raphaël Pidjot, qu'il considérait « comme [son] fils », l'a fait renoncer à sa retraite « pour ne pas trahir la mémoire de ceux qui sont partis ».

Christiane Dralue, elle ouvre les Loyauté au tourisme
Formée à l'école de Séguéla à Paris et aux Etats-Unis, où elle a décroché un MBA de marketing, cette Maréenne de 34 ans met depuis cinq ans ses talents au service du développement touristique des îles Loyauté. Toutes les îles sont désormais dotées d'un hôtel haut de gamme, des formations itinérantes ont professionnalisé l'accueil en gîte. Entre 1996 et 2000, la fréquentation touristique des Loyauté est passée de 22 000 à 45 000 visiteurs. « Il faut avoir une approche marketing du tourisme et être capable d'offrir des prestations à la hauteur du produit proposé », affirme la directrice de Destination îles Loyauté. Son obstination n'est pas superflue dans les milieux politiques kanak, peu disposés à la promotion des femmes.

Fabrice Virayié, le rasta qui veut changer les mentalités
Convaincre les autorités n'a pas été une mince affaire. Elles ont finalement donné le feu vert au premier festival de reggae de Nouméa, qui a rassemblé en mai près de 20 000 personnes. Sur scène, des groupes locaux, mais aussi « les potes de la banlieue parisienne », Pierpoljack, les Neg Marrons ou Baobab.
« Il faut changer les mentalités. Le reggae, c'est pas que des locks et des pétards, c'est la musique du peuple », assène ce rasta, mi-hindou, mi-antillais, initiateur du projet. Enfant d'une cité populaire du nord de Nouméa, à la réputation sulfureuse pendant les événements des années 80, il a voulu casser cette image en fondant, en 1990, le groupe Flamengo, du nom de l'association de quartier. « On avait faim, on faisait trois concerts par jour », raconte cet artiste rebelle, qui vient de signer avec un label jamaïquain pour son prochain album.

Sylvain Pabouty, l'ami des squatteurs
« Il fallait arrêter les descentes de police et la politique du bulldozer. » Victimes du manque de logements sociaux et des loyers prohibitifs de Nouméa, 5 000 à 6 000 personnes ont trouvé refuge dans des habitations de fortune érigées sur des terrains vagues. Quand le phénomène prend de l'ampleur, au début des années 90, les autorités veulent le mater. A la tête du Comité des squatteurs, Sylvain Pabouty leur propose de discuter et démontre que les cabanes abritent des familles modestes et non des bandits de grand chemin. Les municipalités jouent le jeu, autorisent les adductions en eau et en électricité, et remisent les bulldozers. Ce militant indépendantiste fédère une dizaine d'associations relais dans chaque squat devenues des interlocuteurs obligés pour les promoteurs et les responsables de l'habitat social.

Manuel Bachet, l'artiste citoyen
C'est pour lui une façon d'apporter sa pierre à la construction d'une citoyenneté calédonienne. Chaque semaine, les Jeudis de l'anse Vata attirent des milliers de personnes sur cette plage des quartiers chics de Nouméa. Soutenue par la mairie et la province, cette fête donne raison à ce Calédonien atypique, tour à tour juriste, réalisateur et fleuriste, qui mise sur « le mélange des cultures pour bâtir l'avenir de la Nouvelle-Calédonie ». Autour de la danse, de la musique, des sports, des savoir-faire wallisiens ou kanak, il invite les artistes à s'exprimer et à se rencontrer dans la rue « pour donner une âme océanienne à Nouméa ».

Annick Haury, une battante dans les champs
Après avoir bourlingué en Afrique au gré des affectations de son mari, ingénieur en agronomie tropicale, elle tombe amoureuse de la Nouvelle-Calédonie. Pour s'y enraciner, cette ancienne visiteuse médicale acquiert en 1993 une douzaine d'hectares dans un village proche de Nouméa. Novice en agriculture, elle se lance dans la culture de la fraise, « parce qu'il n'y avait pas de production locale et que faire pousser des fraises sous 22 degrés de latitude Sud était un sacré défi ». Les débuts sont catastrophiques, mais cette bosseuse ne lâche pas prise. Les Fraisiers de Païta représentent aujourd'hui 75 % de la production locale, emploient une quarantaine de personnes en pleine saison et se sont diversifiés dans la nectarine et la pêche.

Denis Etournaud, il ouvre de nouveaux horizons
Sous la direction de ce chef d'entreprise doué et audacieux, la filiale calédonienne de BHP, premier groupe minier du monde, est devenue une référence régionale. A partir des tôles et des poutrelles métalliques, profilées à Nouméa, il a mis au point avec un entrepreneur local un matériau de construction innovant, sous la marque Isotechnic, qui appartient au cercle très fermé des entreprises ayant relevé le pari de l'exportation. Adaptées au climat tropical, ces structures légères, en métal et mousse de polyuréthane, ont conquis des marchés au Vanuatu, à Fidji et en Polynésie. Et BHP lui a demandé d'explorer les marchés haut de gamme d'Asie. Un mois par an, il reprend son ancienne casquette de consultant international pour expertiser des entreprises asiatiques en difficulté