mercredi 19 janvier 2011

Jean Paul Poiwi, président du conseil de district de Cîrii, répond à la Madame le maire de La Foa...

(Photo Madoÿ: Jean Paul Poiwi en tee shirt noir, en arrière plan, après interview avec un journaliste de RFO NC)

En réponse à la mairesse de La Foa, JP Poiwi, le président du Conseil de district Cîrii, ecrit un courrier le 19 janvier 2011.
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Madame le maire,

Par courrier du 12 janvier 2011, vous avez souhaité m’expliquer pourquoi vous n’avez pas jugé utile d’accepter que la délégation que je conduisais procède à la levée du drapeau identitaire kanak.

Tout d’abord, permettez-moi de vous rappeler que je vous ai adressé un courrier le 13 septembre 2010 vous sollicitant une rencontre pour la levée des drapeaux. N’ayant pas de réaction de votre part, j’ai décidé de vous envoyer un second courrier le 27 décembre 2010 vous informant du choix de la date du 12 janvier 2011 pour réaliser le geste symbolique.

Néanmoins, j’ai bien noté vos arguments qui semblent faire abstraction du fait que le premier ministre de la République française, Monsieur François Fillon est venu en personne à Nouméa pour procéder de la manière la plus officielle au haut-commissariat à la levée de ce drapeau aux côtés du drapeau français.

Je tiens à vous rappeler en outre que, selon l’article 5 de la loi organique modifiée du 19 mars 1999, les communes de Nouvelle Calédonie sont des collectivités territoriales de la République et que, dans ce domaine, le maire n’agit pas en qualité d’exécutif de la commune mais comme agent de l’Etat.

Je constate donc, et c’est tout à fait paradoxal, qu’un maire refuse d’appliquer les instructions de l’Etat en prétextant un vœu du conseil municipal, considéré pour la circonstance, comme un acte démocratique qu’il faut respecter, alors qu’il ne s’agit en fait que d’une prise de position politique. Le fait que je sois présent ou pas lors de cette séance du conseil municipal ne change absolument rien à cette situation et je n’ai pas de leçon de démocratie à recevoir d’une élue qui se considère «loyaliste» mais refuse d’appliquer les instructions de l’Etat.

De la même manière, vous tentez d’argumenter votre refus de lever le drapeau kanak en soulignant «des gens de Sarraméa…ainsi que des gens d’ailleurs…», par contre ceux de La Foa qui m’accompagnaient étaient à vos yeux «peu nombreux».

Vous devriez savoir, Madame le maire, si vous vous intéressiez davantage à la culture kanak, que les aires coutumières ne reflètent en rien les limites territoriales administratives et que les liens entre clans dépassent très largement le territoire de la commune de La Foa. C’est d’ailleurs pourquoi l’Accord de Nouméa indique dans son point 1.2.2 «…les limites communales devraient pouvoir tenir compte des limites des aires coutumières.»

Votre observation sur «les gens d’ailleurs» manifeste en outre un profond mépris pour la population kanak et son histoire. On peut en effet être «d’ailleurs» comme vous le dites, tout en ayant ses origines à La Foa, l’histoire coloniale mouvementée de la Nouvelle-Calédonie étant à l’origine de nombreuses spoliations foncières et déportations de populations. Mais surtout la remarque sur les «gens d’ailleurs» est déplacée de la part de quelqu’un qui à été «parachuté» à La Foa. A cet égard, je ne crois pas me souvenir, lorsque vous vous êtes présentée aux élections municipales, que quelqu’un vous ai demandé si vous étiez d’ailleurs.

Je vous invite donc, vous qui parlez beaucoup de respect dans votre courrier, à manifester un minimum de respect envers les populations kanak de l’endroit qui bénéficient d’une légitimité historique à la quelle vous ne pouvez pas prétendre.

Sur la question du drapeau, vous considérez que j’ai «toujours défendu, jusqu’à une période très récente, le drapeau français» ce qui est lourd de sous entendu et laisse entendre un ralliement tardif à la cause indépendantiste. Là encore, Madame le maire je suis au regret de constater la lourde incompréhension qui anime vos propos. Croyez vous raisonnablement que le premier ministre de la République française soit devenu indépendantiste ? Non bien entendu.

Le fait de hisser le drapeau kanak ne signifie pas l’exclusion du drapeau français puisque les deux drapeaux flottent côte à côte, il ne s’agit donc que de la reconnaissance de deux légitimités et rien d’autre.

Le fait que le drapeau kanak ne flotte pas encore à la tribu de Ouatom ne signifie pas qu’il n’y flottera pas prochainement, mais surtout cela n’a pas la même signification que s’il flotte sur un édifice public de la République.

Enfin je suis assez surpris du ton adopté par le maire d’une commune qui doit limiter son rôle aux affaires communales et non aux questions d’ordre politique. C’est notamment le cas lorsque vous prétendez expliquer aux indépendantistes «qu’ils doivent comprendre que se replier dans les limite de leur identité propre n’est pas porteur d’avenir pour notre pays.»

Croyez bien que les indépendantistes n’ont pas besoin des conseils du maire de La Foa, récemment élue et au parcours politique qui singulièrement dépourvue de références, pour déterminer la ligne politique à suivre pour l’avenir du pays.

En tout état de cause, les kanak de Nouvelle Calédonie ne sont ni les Maoris de Nouvelle Zélande, ni les Aborigènes d’Australie. Admettez donc que ça nous laisse quelques marges de manœuvre pour déterminer ce qui est porteur ou pas d’avenir.

Comme vous le savez la question du drapeau commun n’a toujours pas abouti depuis 1998, année de signature de l’Accord de Nouméa. Forte de cette incapacité à élaborer un drapeau commun, la moins mauvaise solution était de reconnaitre le drapeau kanak aux côtés du drapeau français.

Bien sûr, il s’agit d’un drapeau de lutte, mais croyez vous que le drapeau Corse ne soit pas un drapeau de lutte. Croyez vous que le drapeau français au nom duquel sont morts des millions de personnes ne soit pas un drapeau de lutte ?

Je considère que vos arguments sont irrecevables et que vous vous placez à contre courant de l’histoire.

Je constate, Madame le maire que, contrairement aux usages républicains et aux règles élémentaires de courtoisies, vous n’utilisez pas de formule de politesse à la fin de votre lettre, pourtant écrite sur du papier à en-tête de la mairie de La Foa. C’est regrettable et cela confirme le manque de considération que vous manifestez à l’égard de vos interlocuteurs.

Pour ma par je reste attaché au respect de certains principes et je vous prie de croire Madame le maire à l’assurance de mes salutations distinguées. Formule sans doute tombée en désuétude à la mairie de La Foa depuis.

POIWI Jean Paul