mardi 5 avril 2011

Déclaration de Didier Leroux après l'élection de Roch WAMYTAN à la tête du Congrès le 1er avril 2011....

Monsieur le Président, Mes Chers Collègues, Longtemps j’ai combattu Pierre Frogier, jusqu’à cette proposition des deux drapeaux. J’avoue avoir été surpris. Puis j’ai réfléchi. Par le passé les positions du Rassemblement me semblaient souvent trop « raides » ou trop radicales pour permettre que s’engage sereinement ce dialogue sans lequel nous ne pourrons rien construire. Tout au long de mon engagement politique j’ai toujours préféré le dialogue à l’affrontement et je n’ai pas changé. Je pense toujours qu’il n’ya pas d’autre solution. C’est pourquoi, j’ai vu dans la proposition de Pierre Frogier une main tendue vers nos adversaires d’hier et c’est pourquoi je l’ai soutenue et accueillie avec espoir. Je sais la portée de ce geste pour les indépendantistes et pour la majorité des kanak et j’en mesure le coût pour son auteur. Avant de construire la maison où nous devrons vivre demain il faut préparer le terrain. Et cette proposition n’est que la préparation du terrain… l’important est à venir et il est bien trop tôt pour pouvoir porter un jugement. Et pourtant déjà les critiques fusent de toutes parts ! Certains se sont emparés du sujet dans l’espoir de récupérer les voix des mécontents. D’autres, militent de bonne foi pour un drapeau commun, symbole du destin commun et je peux les comprendre ! Les uns et les autres appellent à manifester Samedi. C’est à eux que je m’adresse aujourd’hui pour leur rappeler tout d’abord que l’avenir ne se construira pas sans les indépendantistes et que sans eux, il n’y aura pas non plus de drapeau commun ! Je voudrais leur dire ensuite que leur démarche est dangereuse, car ce drapeau dit commun est devenu au fil des semaines un drapeau essentiellement soutenu par des blancs. Fort logiquement, une contre manifestation est organisée Samedi en faveur du drapeau du FLNKS qui, tout aussi logiquement, rassemblera essentiellement des kanak. Et l’on ne pourra pas faire autrement, quoiqu’en disent les organisateurs, que de voir dans ces deux manifestations une opposition entre des blancs et des kanak. Cela me rappelle de bien mauvais souvenirs, mais je vous parle d’un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître ! Comme eux, nous étions jeunes à l’époque et intransigeants comme eux. Derrière nos deux drapeaux, nous étions prêts à nous battre les uns contre les autres pour nos idées, jusqu’à ce qu’une poignée de main vienne nous faire comprendre que nous allions vers le gouffre. « Un peuple qui oublie son passé est condamné à le revivre » disait Winston Churchill. C’est pourquoi il revient à tous ceux qui ont connu cette période de tout faire pour éviter qu’elle ne se reproduise. Alors, commençons par construire la maison, sachons faire en sorte que tout le monde s’y sente chez lui et il sera bien temps de voir ensuite quels drapeaux flotteront sur son toit ! Je voudrais également évoquer devant vous l’élection du Président du Congrès. Elle confirme ce que chacun ici a pu constater : Au sein de cette Assemblée, plusieurs partis et non des moindres ont su franchir ce fossé impossible qui sépare les indépendantistes des non-indépendantistes. Ils ont su se parler, s’entendre, et partager les responsabilités au sein des institutions sans renier ce qu’ils sont les uns et les autres. Doit-on s’en indigner, alors qu’ils ont chacun la légitimité pour le faire ? Doit-on crier à la trahison des électeurs, comme je l’ai entendu sur des bancs de cette assemblée chez certains de nos collègues ? Bien sûr que non ! Au contraire, nous devons nous féliciter qu’il en soit ainsi. J’ai toujours dénoncé cette politique des blocs, indépendantistes d’un coté, non indépendantistes de l’autre, vers laquelle nous ramenaient, à chaque campagne électorale, la radicalisation et la simplification des positions politiques et la peur de ne pas être compris des électeurs. Mais comment discuter de l’avenir si l’on n’est pas capable de se parler ? Comment construire ensemble si l’on ne sait que s’opposer les uns aux autres ? Comment trouver un accord sur le futur, si l’on ne commence pas par respecter l’autre ? Qu’on le veuille ou non, notre destin sera commun, car nous sommes tous sur le même bateau. Mais quel sera-t-il ? Cette page reste à écrire et nous ne pourrons l’écrire qu’ensemble. Alors oui, je veux voir un signe d’espoir dans ce rapprochement entre des partis qui étaient hier farouchement opposés. Je veux y voir la sagesse de ceux qui ont compris qu’on ne construit pas la paix seul dans son coin, mais avec l’autre. Je veux y voir la promesse d’un pays où la place de chacun sera reconnue et respectée, la promesse d’un pays où la sagesse aura enfin su l’emporter sur la passion pour assurer à tous ses enfants un futur de paix ! Je vous remercie. Didier LEROUX