dimanche 3 avril 2011

Roch Wamytan, un indépendantiste à la tête de l'assemblée législative, 34 ans après Roch Pidjot...

Roch Wamytan, président du Congrès © AFP-M Pour la première fois depuis 34 ans, un indépendantiste est à la tête du Congrès de Nouvelle-Calédonie. En pleine crise politique, Roch Wamytan a été élu vendredi. Seul candidat en lice, Roch Wamytan a obtenu 32 voix sur les 35 élus ayant participé au vote. Le candidat de l’Union Calédonienne (UC-FLNKS) a reçu le soutien de son groupe mais également celui du Rassemblement-UMP, de deux formations de droite minoritaires et du Parti travailliste, indépendantiste proche de l’extrême gauche. "Pour la première fois depuis 34 ans, le Congrès a un indépendantiste à sa présidence. C’est un geste qui honore la mouvance qui défend la Calédonie dans la France", a déclaré M. Wamytan. Son élection s’est cependant déroulée sur fond de crise politique et de contestation de la légalité de cette séance, pour des questions de procédures. Deux groupes ont boycotté la séance : Calédonie Ensemble (droite non-indépendantiste) et Parti de libération kanak (FLNKS).Le matin-même, pour la troisième fois en six semaines, le gouvernement collégial, fraîchement élu par les 54 membres du Congrès, avait été déclaré démissionnaire. Les "ministres" Calédonie Ensemble font systématiquement chuter le gouvernement en démissionnant, depuis que leur leader Philippe Gomes a été lui-même renversé de la tête de l’exécutif le 17 février. M. Gomes s’était dit victime d’un "putsch" et d’un "coup politique", menés de concert par l’UC et le Rassemblement-UMP pour l’écarter du pouvoir.Cette crise est alimentée par une querelle sur le sujet sensible du choix d’un ou de deux drapeaux, dans le cadre du processus de décolonisation en cours dans ce territoire français du Pacifique. Le débat a redessiné les lignes de fracture du paysage politique et ne voit pas s’affronter les deux blocs traditionnels, droite non-indépendantiste et indépendantistes kanak.Le Rassemblement-UMP et l’UC défendent l’adoption de deux drapeaux - tricolore et indépendantiste -, tandis que Calédonie Ensemble veut un drapeau commun rassemblant les communautés. Le Palika se situe également sur cette ligne. Compte tenu des "risques de troubles", le haut-commissariat de la République a interdit l’organisation samedi à Nouméa de deux manifestations divergentes sur le drapeau.
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Déclaration Président du Congrès de la Nouvelle Calédonie (Session extraordinaire du vendredi 1er avril 2011, élection du président) R.WAMYTAN, candidat du groupe FLNKS Monsieur le Haut commissaire de la République, Monsieur le président du gouvernement Messieurs les membres du gouvernement Mes chers collègues Mesdames et messieurs Avant de poursuivre l’élection pour la mise en place des VP, secrétaires et questeurs du congrès, je voudrais tout d’abord remercier l’ensemble des élus qui ont porté leur suffrage sur ma candidature présentée par le groupe FLNKS. Je voudrais adresser un remerciement tout à fait spécial et particulier aux élus de la mouvance qui défend tout à fait légitimement l’appartenance de la Nouvelle Calédonie à la France. Sachez que ce geste courageux qui vous honore et que j’apprécie à sa juste valeur en tant qu’indépendantiste convaincu est une marque de confiance. Permettez-moi de prendre quelques instants pour vous adresser dans ce sens mes sentiments en tant que nouveau président de notre institution. En votant pour un indépendantiste vous avez exprimé par cet acte politique fort, une confiance totale en l’accord de Nouméa que nous avons ensemble signé le 5 mai 1998 en présence des plus hautes autorités de l’Etat français et des états du Pacifique. Cet accord demeure notre feuille de route à tous, de même que les conclusions du dernier comité des signataires de Paris en juin 2010. Comme vous le savez cet accord, à la suite des accords de Matignon-Oudinot, nous engage tous sur la voie de la paix, du développement et de l’émancipation sur le chemin de l’acte d’autodétermination que nous devons préparer dès cette année afin que nos populations puissent exercer ce droit dans les meilleurs conditions possibles et en toute connaissance de cause. Vous avez su dépasser la logique majorité/minorité pour adopter une posture que nous indépendantistes attendions depuis longtemps, celle du partage des responsabilités au plus haut niveau institutionnel afin de poursuivre ensemble l’application pleine et entière de l’accord de Nouméa. Nous sommes conscients que ce geste courageux peut vous couter gros, certains élus, tels des requins charognards, ont flairé le possible festin sur lequel surfer pour s’approprier à titre personnel les retombées politiques de ce qu’ils estiment être une manigance ou des manœuvres anti démocratiques. Pour la première fois depuis 34 ans, le congrès de la Nouvelle Calédonie porte un indépendantiste à sa présidence. Les deux précédents responsables indépendantistes qui ont présidé cette noble assemblée et dont je salue la mémoire ont été Monsieur Yann Célene UREGEI de 1973 à 1975 et Monsieur ROCH PIDJOT, député de la Nouvelle Calédonie de 1964 à 1986 au cours du mandat 1976- 1977. Les années qui vont suivre les présidences de ces deux « vieux » seront sous le signe du réveil kanak, culminant avec les années 1984 à 1988 durant lesquelles la crise identitaire et politique néocalédonienne va atteindre son paroxysme. A 23 ans de distance de la signature de l’accord de Matignon, les esprits se libèrent lentement de la peur pour accéder enfin à un partage plus équitable des responsabilités. Les calédoniens ne doivent pas avoir peur de voir accéder à ce poste un indépendantiste et qui plus est d’origine mélanésienne kanak du pays Drubea-Kapume cette terre où s’est construite la ville de Nouméa poumon de la vie institutionnelle, politique économique, sociale et culturelle du pays. Je les invite à suivre leurs responsables qui ont permis cet évènement majeur. Ils ont su à leur niveau considérer le devenir du pays en brulant l’arbre du deuil, c'est-à-dire la peur. Ils ont fait le geste, dans la lignée de la poignée de main de 1988, qui consiste à faire un pas l’un vers l’autre, à tenter de se comprendre mutuellement et dans la transparence pour prétendre à la grande ambition que l’on s’est tous donné de construire un pays dans un destin commun.

Le chemin de la compréhension, comme celui de la perfection est long et sans cesse à construire tel le rocher de Sisyphe, il faut à chaque fois remonter ce rocher au sommet de la montagne avant de le voir dévaler et redevaler la pente. Il en est ainsi car nos modes de pensée et d’agir sont fondamentalement différents. La Nouvelle Calédonie vit depuis prés de 160 ans suivant un modèle occidental construit selon un schéma de pensée cartésien dans lequel domine le rationnel et le dualisme décrit par le grand philosophe des lumières W. KANT dans son ouvrage « raison pure et raison pratique ». Suivant ce schéma, la vie appelle la mort, le bien s’oppose au mal, la majorité domine la minorité. Nous océaniens nous sommes dans une représentation de pensée synthétique et englobant dans lequel la pensée mythique prend le pas sur le rationnel pour aboutir à ce que le pasteur LEENHART dans son ouvrage « Do Kamo », appelait le « principe vital ». Dans ce schéma propre aux peuples dits primitifs et plus particulièrement aux océaniens de la Mélanésie, la vie et la mort s’entremêlent et chaque contraire n’est pas « classé » dans une tension permanente comme le fait la pensée occidentale, mais replacé sans cesse dans une complémentarité toujours à rechercher et donc à construire. L’énorme avantage de ce mode de pensée synthétique est que sa logique la conduit à une recherche permanente du compromis et du consensus. Après les luttes et les guerres, c’est à chaque fois le temps de la négociation de la recherche du compromis pour sortir du conflit et donc de la paix pour tenter de retrouver à chaque fois l’harmonie et la cohésion sociale. C’est ce qui a été fait par nous tous calédoniens, depuis les accords de Matignon-Oudinot. Après le temps du conflit et de la guerre est venu le temps de la paix à construire. Les Kanak ont fait ce pas en 1983 à Nainville les roches en partageant leur droit à l’autodétermination avec ceux ont fait de cette terre, leur terre, et avec qui ils partagent leur vie, ils ont refait le pas aux accords de 1988 et 1998. Le retour coutumier du geste en terme de don et de contre don, les adversaires politiques d’hier l’ont aussi réalisé lors de ces accords et sur la levée du drapeau kanak au coté du drapeau français comme marque de reconnaissance mutuelle des deux légitimités à l’initiative du député FROGIER, Je rappelle pour la petite histoire ou la grande c’est selon… que le 9 juillet 1983 à Nainville les roches, répondant à une question du conseiller Yeiwene YEIWENE qui évoquait les trois revendications importantes pour le FI c’est à dire : que le nom kanak du pays lui soit restitué, qu’il dispose d’un hymne et d’un drapeau, que la perspective de l’indépendance soit inscrite dans le projet de statut, le secrétaire d’état aux DOM-TOM, Mr LEMOINE avait estimé parfaitement possible de juxtaposer hymnes et drapeaux nationaux et territoriaux, se référant notamment à son dernier discours tenu à Nouméa quelques mois avant. Une fois posés ces principes de base, il est ainsi grand temps de nous remettre au travail après cet intermède de prés de deux mois. Les élus ne donnent pas une bonne image de responsable devant ceux qui nous ont porté à ces postes. Devant l’inconstance de certains, que peut penser l’opinion de la classe politique ? Que nous passons le plus clair de notre temps à nous chamailler et à dépenser l’argent public venant des impôts payés par les citoyens, affichant ainsi une piètre image du genre théâtre de guignol de nous au lieu de nous occuper de leur quotidien : la vie chère, l’éducation des enfants, l’emploi, le logement, la dérive d’une partie de la jeunesse. D’ores et déjà le bureau du congrès a fixé un emploi du temps chargé pour les commissions ad hoc dès mardi 5 avril prochain notamment pour le projet de délibération relative aux relations de travail et interdiction du harcèlement moral et sexuel au travail, la délibération concernant l’assurance vieillesse pour n’en citer que cela. De gros dossiers pointent leur nez à l’horizon ce sont notamment la réforme de la fiscalité locale, les transferts de compétence ou encore l’organisation du grand débat sur les signes identitaires pour aplanir les malentendus et les incompréhensions sur la question du drapeau. Je demande solennellement à l’ensemble des groupes politiques absents de nous rejoindre afin de répondre aux attentes de nos populations dans la recherche de leur mieux vivre. Rejoignez nous et mettons nous au travail dans un climat de dialogue et de confiance retrouvée. Nous avons les ressources nécessaires au sein de nos identités et de nos histoires respectives pour arriver à concilier les situations paradoxales qui n’ont parfois de contraire que le nom, et nous l’avons maintes fois prouvés dans le passé, mais ceci ce réalisera si nous faisons l’effort nécessaire pour puiser au fond de ce qui constitue notre âme de calédonien dans ses diverses origines, les ressorts permettant un avenir propice et meilleur à nos enfants.

Je vous remercie.