dimanche 11 décembre 2011

Interview de Sylvain Pabouty, élu FLNKS Sud, dans une radio de la place...

L'interview a eu lieu le vendredi 9 décembre 2011 dans une radio, RRB...


Journaliste : Sylvain Pabouty, bonjour
Sylvain Pabouty : Bonjour !

Journaliste : Qui êtes-vous Sylvain Pabouty ? Est-ce que vous pouvez nous rappeler votre itinéraire, votre cheminement politique ?

Sylvain Pabouty : Je suis originaire de la province Nord, mais je suis né à Nouméa, dans les années 60. J'ai grandi à Nouméa. Ça m'a amené à constater une transformation de la province Sud, mais à l'époque, ça n'existait pas, la province Sud, c'était plutôt Nouméa, et c'est ces transformations-là qui ont fait que j'ai un engagement assez affirmé dans Nouméa, d'abord, et évidemment dans la province Sud. Et j'ai été amené à être un militant déjà dans ma jeunesse, dans le parti de libération kanake, dans le Palika. Ensuite, j'ai continué toute mon activité militante dans le Palika, jusqu'au 5 novembre, où officiellement, avec les camarades, on a décidé de déclarer officiellement notre sortie du Palika. Entre temps, j'étais dans les listes nationalistes ou indépendantistes et progressistes sur Nouméa, lors des municipales. Je rappellerai qu'en mars 2008, j'étais tête de liste de la liste "Alternative citoyenne" avec plusieurs composantes qui se disent indépendantistes et progressistes. Et en mai 2009, lors des provinciales, j'étais sur la liste menée par Rock Wamytan, la liste FLNKS Sud, et comme j'étais en 3e position, on a eu 4 élus, et c'est comme ça que je suis devenu élu FLNKS dans la province Sud, et en même temps chef de groupe à la province Sud, et en même temps aussi, élu au Congrès.

Journaliste : Pourquoi vous avez quitté le Palika ? Ça ne date pas du 7 novembre, ça faisait un moment que les tensions étaient apparues. Qu'est-ce qui s'est passé ?

Sylvain Pabouty : Il y a une date qui peut être considérée comme point de départ d'une appréciation politique, c'est mai 2009. En mai 2009, le Palika, avec d'autres partis indépendantistes, avaient constitué la liste FLNKS élargie, parce qu'il y avait pas uniquement des militants ou des personnes relevant du FLNKS, il y avait aussi d'autres personnes qui étaient plus ou moins apparentées au LKS…

Journaliste : Une liste d'ouverture…

Sylvain Pabouty : Une liste d'ouverture, même si elle avait cette étiquette de FLNKS. En plus, c'était conformément à une décision du FLNKS qui a été adoptée par…(?) plutôt, par le Front, mais dans une réunion qui s'est passée le 30 janvier 2009, à Thio, où il avait été dit que dans le Nord et dans les îles, où on avait une majorité indépendantiste, on pouvait se permettre de présenter des listes séparées, chaque composante pouvait présenter sa liste. Le plus important, c'était de constituer vraiment une majorité aux assemblées de provinces. Par contre dans le Sud, il y avait pas d'autre choix, parce qu'il ne fallait pas renouveler l'erreur stratégique qu'on avait faite en 2004, où il y avait trois listes d'obédience FLNKS : une emmenée par Rock Wamytan, un autre par Charles Pidjot au non de l'UC, et une par Adolphe Digoué, dans laquelle j'étais, qui était une liste UNI. Et le résultat, c'était : zéro indépendantiste à la province Sud. Donc, entre 2004 et 2009, on a beaucoup souffert, parce que les personnes voulaient quand même avoir des relais dans les institutions, est c'était difficile pour défendre les préoccupations ou les revendications, ce que voulaient les gens. Et on avait dit : plus jamais ça ! Et donc, pas d'autre choix, il faut absolument cette liste unitaire. Et à côté de ça, il y avait une autre liste, emmenée par d'autres camarades du Palika, en 2009, c'était la liste "Ouverture citoyenne", et on était un peu surpris, parce qu'on risquait de reproduire ce schéma de 2004 à 2009, et donc, on n'était pas d'accord. D'autant plus que c'était un camarade qui était dans la liste "Ouverture citoyenne", qui avait l'aval des responsables du Palika. Et deux mois après mai 2009, il y avait un congrès extraordinaire du Palika, à Paita, où le Palika, dans son ensemble avait validé effectivement l'idée d' "Ouverture citoyenne. Donc, on validait quelque chose qui avait été fait avant, qui était pas discuté réellement au sein du Palika. C'est le point de départ d'un certain nombre de divergences. Et je pense aussi que, quand on n'est pas dans une réalité particulière de la province Sud, où on est hyper minoritaires, où il faut effectivement composer, parce qu'il faut se préoccuper de l'amélioration des conditions de vie des plus démunis, des citoyens de manière générale, on est obligé de se battre et de rester à l'essentiel. C'est cette condition particulière qui fait qu'on a des problèmes de divergences.

Journaliste : Vous avez été élu en mai 2009, les tensions ont commencé, et ensuite, il y a eu plusieurs étapes dans lesquelles Paul Néaoutyine et le Palika ont pris un certain nombre de choix sur lesquels on a senti que vous n'étiez plus en phase. On peut citer les deux drapeaux, où on sait que le Palika n'a pas accepté cette proposition. Vous, dès le début, c'est une proposition à laquelle vous avez adhéré ?

Sylvain Pabouty : Oui, dès le départ, parce que pour nous, c'était la confirmation d'une reconnaissance mutuelle entre deux légitimités, avant de parler réellement de destin commun. Je crois qu'il y a quand même une étape qui était importante, avant d'aller plus loin dans un avenir partagé. Aussi, comme l'élection de Rock Wamytan au Congrès, ça a été aussi un point de divergence entre les militants qui ont formé plus tard la Dynamique unitaire Sud, et puis le bureau politique du Palika.

Journaliste : Pendant toute cette période, vous étiez encore au Palika. Est-ce que les débats ont été vifs au sein du Palika, entre ces deux positions…, est-ce que vous vous êtes vraiment opposés ?

Sylvain Pabouty : Jusqu'à présent, depuis mai 2009, même jusqu'à cette année, j'ai jamais manqué un seul congrès, comme toujours d'ailleurs, une seule assemblée générale, où j'ai essayé de défendre la position des anciens camarades du Palika Sud, et même, quand il y avait des demandes d'explications, de clarification, on a toujours apporté notre point de vue, et ça n'a pas suffit apparemment, et en même temps, quand on nous disait que si on se reconnaît pas dans les positions du Palika, la porte était ouverte. Effectivement, il y a un cumul de points de divergences qui, pour nous étaient importants, parce que l'objectif, pour nous, c'était qu'il fallait être offensif durant cette période de 2009 à 2014, pour pouvoir arriver en 2014 dans des conditions assez favorables, parce que là, il fallait être offensif, il fallait se battre sur un certain nombre de dossiers. Pour nous, les institutions constituent des leviers, pour répondre aux préoccupations des gens. Par exemple, la province Sud, c'est très important pour pouvoir être auprès des populations, de relayer leurs préoccupations auprès de l'assemblée de la province Sud.

Journaliste : Il y a une identité Palika, il y a un code, il y a un mode de pensée particulier. Quand on a été élevé au sein de ce parti, ça doit être difficile de le quitter ?

Sylvain Pabouty : Pas trop, ça va. Peut-être pour certains camarades, mais je pense qu'à un moment donné, il faut faire un choix, il faut prendre ses responsabilités, d'autant plus que le choix a été fait à partir d'un certain nombre de réflexions, évidemment d'analyses, on ne le fait pas comme ça, du jour au lendemain. C'est le fruit d'une longue réflexion, mais d'un constat aussi d'une pratique qui fait dire à un certain nombre d'anciens militants du Palika Sud de quitter le parti, je dirais, pour moi, personnellement, sans regret. Ce qui est important pour moi, c'est qu'on se retrouve en 2014, là où il y a un choix très important à faire.

Journaliste : Quels sont vos rapports, aujourd'hui, avec Paul Néaoutyine ? Vous gardez des relations amicales ou, au contraire, vous le considérez comme un adversaire ?

Sylvain Pabouty : Non, l'adversité, non. Je ne peux pas considérer Paul Néaoutyine comme un adversaire, non, loin de là. Je crois que les adversaires politiques, c'est ailleurs. On est toujours, évidemment, dans le camp indépendantiste, même si on nous traite de transfuges. Je crois que le terme n'est pas adéquat, à ce niveau-là. On est toujours dans le conduit FLNKS, on a toujours le même objectif. Mais c'est vrai que depuis notre sortie du Palika, on ne s'est pas vus depuis, et je pense qu'à l'occasion, quand on se verra, dans une séance publique au Congrès, je crois que demain, par exemple, quand il viendra, on discutera et je dirai (?)

Journaliste : Vous quittez le Palika. Pourquoi vous n'avez pas rejoint l'UC ou un autre parti indépendantiste ? Pourquoi vous avez choisi de créer votre propre parti ? Est-ce que ce n'est pas participer à la division du camp indépendantiste qu'on constate déjà depuis un certain nombre d'années ?

Sylvain Pabouty : Le choix a été celui de créer un mouvement bien intégré dans le FLNKS, même si certains ne le reconnaissent pas au sein du FLNKS. C'est un choix pour renforcer l'unité. Nous sommes un certain nombre d'anciens militants du Palika qui avons prôné l'unité depuis fin 2006 jusqu'à aujourd'hui. Donc, c'est pas de créer une certaine division, d'autant plus que la création de notre mouvement s'ancre uniquement dans le Sud. C'est Dynamique unitaire Sud, et on veut pas se mêler de ce qui se passerait dans le Nord et dans les îles, justement pour ne pas créer de divisions. Parce que, dans le Sud, il y a pas d'autre choix, encore une fois, il faut s'unir. Nous travaillons à ce qu'il y ait un renforcement, une consolidation de l'unité.

Journaliste : Pourquoi est-ce que vous n'avez pas rejoint l'UC ? On a l'impression que vous êtes en phase avec ce que fait l'UC.

Sylvain Pabouty : Oui, avec l'UC, comme avec l'UPM, comme avec le RDO, nous sommes en phase sur un certain nombre de choses, mais tout simplement, parce que je pense qu'au niveau de l'idéologie, on ne doit pas partager les mêmes choses, et puis, on souhaite créer quelque chose de neuf.

Journaliste : Dynamique unitaire Sud, ça veut dire quoi ? Comment ça se traduit ? C'est original, comme nom de parti.

Sylvain Pabouty : Avant de venir sur le D, le U et le S, quand je dis : créer du neuf, c'est vraiment créer du neuf, c'est-à-dire à tous les niveaux, et même au niveau fonctionnement. Nous souhaitons nous appuyer sur ce qui marche et ne pas reproduire des schémas d'organisation, qui (?) de susciter de la réflexion, de la mobilisation permanente des militants qui prendraient en compte, évidemment, des préoccupations du terrain. On pense qu'il y a des schémas, aujourd'hui, qu'il faudra aussi renouveler. Quand je dis créer du neuf, c'est même à ce niveau-là. Je pense aussi qu'il faut renouveler l'analyse politique. Aujourd'hui, beaucoup de choses ont évolué, on est dans un contexte de mondialisation, même ici en Nouvelle-Calédonie. Ceux qui, effectivement, étaient nos adversaires politiques purs et durs ont aussi évolué. Donc, je crois qu'il faut pas qu'on soit aveugles, ni sourds. Il faut aussi prendre en compte qu'il y a une évolution. Je crois que c'est grâce aussi à l'esprit de l'Accord de Nouméa qui fait que…, voilà. Donc, encore une fois, D, c'est dynamique, Dynamique unitaire Sud, donc dynamique, tout simplement, encore une fois, c'est qu'on souhaite être en mobilisation permanente, etc., c'est le travail qui doit être la principale préoccupation…, je disais à certains camarades que quand je suis dans le conseil d'administration de la SEM Mwe Ara qui gère l'immense domaine de Gouaro Deva, avec un budget de 20 milliards, ma préoccupation à moi, c'est d'abord, premièrement : est-ce que les clans du coin sont respectés au nom du lien à la terre, donc on respecte bien l'Accord de Nouméa ? Est-ce que, deuxièmement, les citoyens de Bourail sont pris en compte dans ce grand projet ? Et troisièmement, est-ce que c'est un projet pays ? Voilà mes préoccupations. Après, je regarde si le Palika, l'UPM ou le FLNKS, etc.,…

Journaliste : S'occuper des gens, avant de s'occuper de l'idéologie politique.

Sylvain Pabouty : Ça, c'est la dynamique. Unitaire : évidemment, unitaire, il y a pas d'autre choix dans le Sud. Et puis, Sud : parce qu'on est dans le Sud, c'est notre principal…, notre champ d'intervention, c'est Poya Sud jusqu'à île des Pins.

Journaliste : Est-ce que vous allez avoir un fonctionnement classique ou est-ce que vous allez tout révolutionner ?

Sylvain Pabouty : On va tout révolutionner. Les sections de base, les comités régionaux, c'est rejeté, on va dire. Par contre les militants qui viendraient à l'assemblée générale, mais on va plutôt dire une coordination générale, ce sont des militants, ce sont des personnes qui sont mobilisées, soit dans un collectif, soit dans un syndicat, dans des forces vives, qui ont un certain nombre d'expériences, qui viennent dans une sorte d'assemblée générale, et puis, on discute, on partage un petit peu les expériences des uns et des autres, et aussi les préoccupations, et à partir de là, il y a une instance qui est au-dessus, on appelle ça la cellule relais, qui va, effectivement, comme le nom l'indique, relayer, elle va pas résoudre les problèmes des uns et des autres, elle va les relayer auprès des instances qui sont compétentes en la matière. Par exemple, on a discuté de l'eau polluée de Moindou, et ce qu'on va faire, c'est qu'on va d'abord s'adresser à la mairie de Moindou, puisqu'elle est compétente en la matière, mais en contactant des conseillers municipaux. Ensuite, on va interpeller le FLNKS Sud, puisqu'en matière d'environnement, c'est de la compétence de la province Sud. Donc, concerné directement, je verrai avec l'exécutif et aussi la direction de l'environnement, pour voir comment on pourrait aider la commune de Moindou à résoudre ce problème de pollution de l'eau.

Journaliste : De l'influence, des réseaux, des relations directes…

Sylvain Pabouty : Des comités régionaux, des sections de base…

Journaliste : Vous faites comme au Palika, il y a pas de président…

Sylvain Pabouty : Il y a pas de président. La cellule relais, c'est une équipe d'une dizaine de personnes, et puis il y a une équipe qui est chargée de la communication. Après, la présidence, ça relève plutôt de l'animation, et quand on va dans les radios, ça va plutôt être l'élu, puisqu'il y a des questions aussi qui sont importantes.

Journaliste : Combien de membres êtes-vous pour l'instant ?

Sylvain Pabouty : Si on parle de structures, comme si on était au Palika, c'est les structures de Nouméa, Mont-Dore, Boulouparis, Sarraméa, Thio et Moindou. Ce sont des structures…, évidemment, on ne peut pas comparer la structure de Nouméa avec celle de Sarraméa, mais ce sont un certain nombre de militants qui ont eu de la responsabilité ou qui on assumé un certain nombre de responsabilités, et qui ont animé le Palika Sud, et ce sont ces mêmes militants-là qui ont, par exemple, aussi dirigé le Palika à un moment donné, et d'autres étaient présents au bureau politique du FLNKS. Donc, contrairement à ce qu'on dit, c'est-à-dire que c'est une ou deux personnes qui sont sorties…, je peux pas vous chiffrer, parce que nous, on n'a pas l'habitude de tenir, comme certains syndicats…, on a 1000 adhérents, ou 500 adhérents, mais en tout cas, c'est un mouvement, et on espère que d'autres militants ou d'autres personnes du FLNKS, même qui sont dans certains partis, de nous rejoindre, parce qu'on a autre chose à proposer, il y a une autre façon de faire, de militer.

Journaliste : Et la plupart des militants du Palika du Sud vous ont rejoint, ou le Palika garde quand même des structures dans le Sud ?

Sylvain Pabouty : Il paraît qu'ils ont gardé…, je pense que la situation va se clarifier durant l'année 2012. Parce que, ce qui est important pour nous, même s'ils restent au Palika, certains militants du Sud, ce qui est important pour nous, c'est qu'on se mobilise ensemble, par exemple, pour aller défendre les familles qui sont dans les squats. C'est important qu'ensemble, on va se mobiliser dans les quartiers pour relayer un certain nombre de choses. Je crois que c'est ça, le plus important. Nous, c'est pas les étiquettes, notamment dans le Sud, qui est la préoccupation principale, qui est l'essentiel. Pour nous, c'est d'abord le travail sur le terrain.

Journaliste : Les étiquettes, c'est pas l'essentiel, mais vous tenez quand même, je crois, à celle du FLNKS, d'ailleurs vous êtes élu FLNKS à la province Sud. La Dynamique unitaire Sud n'est pas membre du FLNKS. Est-ce que vous espérez le devenir, et il y a tout de même de fortes oppositions, il y en a qui veulent pas de vous.

Sylvain Pabouty : Nous, on considère qu'on est membres à part entière du FLNKS. Quand on regarde les militants, individu par individu, parce qu'ils assument un certain nombre de responsabilités au nom du FLNKS, que ce soit dans des radios, que ce soit au niveau des structures mises en place par le bureau politique du FLNKS, par exemple au niveau de la communication, par exemple le journal "La voie du FLNKS", on a des militants qui sont mobilisés dans des commissions mise en place par le bureau politique FLNKS, par exemple la commission sur la révision des listes électorales, la commission aussi qui est chargée d'inscrire ceux qui ont oublié de s'inscrire sur les listes électorales mais qui vivent dans le grand Nouméa, parce que ça c'est tout un travail à faire, il y a la commission enseignement et culture, mais surtout la commission enseignement du FLNKS, maintenant, on a élargi au Parti travailliste, qui travaille sur projet éducatif du pays, parce que c'est très important. On est un certain nombre militants, individuellement qui sont très ancrés dans le travail FLNKS. Maintenant sur le mouvement en tant que tel, on va écrire, même si on a fait la demande, dans les rencontres qu'on a eues jusqu'à présent, avec les différentes composantes du FLNKS, même le Palika aussi, et on a fait la demande auprès de l'UC, de l'UPM et de RDO. Maintenant, on va officialiser notre demande pour qu'ils nous tiennent compte dans le FLNKS.

Journaliste : Que vous deveniez une cinquième composante ?

Sylvain Pabouty : C'est à discuter.

Journaliste : Vous êtes favorable à la réunion d'un congrès élargi du FLNKS comme l'a proposé l'UC, qui soit élargi à d'autres partis indépendantistes, j'imagine que vous y êtes favorable et que vous espérez, comme ça, pouvoir siéger finalement dans un congrès FLNKS.

Sylvain Pabouty : Je suis largement favorable, tout simplement, parce qu'il est temps que le FLNKS ne s'enferme pas dans sa maison. Comme dirait Victor Tutugoro, l'ancien porte-parole du bureau politique FLNKS : il faut aller au-delà de nos murs. Je crois que l'idée de faire un congrès national, le 21 janvier, est une proposition que nous soutenons fortement. Ça reste à trancher par le bureau politique. C'est important parce qu'il faut prolonger des initiatives qui ont déjà été entamées depuis un certain temps, par exemple sur le plan institutionnel avec cette alliance entre le FLNKS et le Parti travailliste, au niveau du gouvernement. On a un programme, on essaye de faire valoir ce programme-là dans les discussions collégiales avec le reste des membres du gouvernement. On souhaite aussi que sur d'autres niveaux, on puisse échanger nos points de vue puisqu'on est tous indépendantistes et progressistes, puis, on a presque, parce qu'il y a des petites nuances, le même objectif, d'autant plus qu'on va vers 2014, qui est une date très importante, et il y aura, je pense, des discussions sur l'avenir institutionnel. Il y en a qui sont prêts, d'autres qui sont pas prêts. Néanmoins, il faut quand même discuter, et je crois que dans ces discussions-là, les représentants de la mouvance indépendantiste viendront quand même avec quand même un appui de toutes les forces indépendantistes et nationalistes.

Journaliste : Ces discussions sur l'avenir, c'est aussi l'un de vos points de divergence avec le Palika, d'ailleurs.

Sylvain Pabouty : (?), mais je pense qu'il faut discuter. On est dans une période où il faut qu'on arrête de se cacher, ou de jouer à cache-cache. Il faut discuter de tous les sujets, je pense qu'il y a pas de tabou. On a signé l'Accord de Nouméa. Je crois que c'est l'objectif de l'Accord de Nouméa que ce pays va vers un pays nouveau où on parle beaucoup de destin commun. Je pense qu'on peut pas faire du destin commun si on n'arrive pas à se parler. Je crois que tous les sujets ne constituent pas des tabous, il faut en discuter, et puis après, il faut trouver des compromis, parce que je pense qu'il y a un certain nombre de droits que tout le monde partage. Pour l'avenir institutionnel, c'est pareil pour nous, il faut en discuter.

Journaliste : Vous connaissez, bien sûr, puisque vous êtes élu de la province, sa situation financière et ses difficultés. Alors, la question qui fâche et qui divise, pour l'instant encore : est-ce qu'il faut modifier ou non la clé de répartition, pour permettre à la province Sud de disposer de ressources plus importantes et de ressources pérennes ? Ça doit être un cas de conscience pour vous, parce que les indépendantistes sont contre.

Sylvain Pabouty : Voilà. Mais comme je vous ai affirmé, tout à l'heure, je suis au FLNKS, donc, je vais sur le principe de défendre la position du FLNKS, en disant tout simplement qu'on n'est pas d'accord de modifier la clé de répartition. Néanmoins, il faut discuter. J'ai toujours dit qu'il faut que ce soit un des points essentiels d'une réunion du comité des signataires. Si on n'est pas, entre guillemets, capables d'entamer cette discussion au niveau du Congrès, et aussi au niveau du gouvernement, parce que ça sécrète des passions, des tensions, je pense qu'il faut en discuter dans une réunion du comité des signataires. On était capables de discuter de tout, on a mis en place des comités de pilotage, pourquoi pas un comité de pilotage sur le financement public des besoins de la Nouvelle-Calédonie. Ne pas parler d'emblée de clé de répartition. Je pense qu'il faut poser autrement la question, en parlant plus de financement global des besoins du pays, d'une manière générale, et puis après…

Journaliste : Vous êtes en train de me dire que comme élu du Sud, vous pensez qu'il faudrait modifier la clé de répartition, mais comme élu du FLNKS, vous pensez qu'il faut pas la modifier.

Sylvain Pabouty : Non, je dis simplement qu'il faut modifier, sans me défiler par rapport à la question, mais il faut étudier toutes les pistes. Je pense qu'on y arrivera, mais le problème, c'est que chacun s'envoie des communiqués, et des motions, pour défendre telle position. Je pense qu'il est temps, quand même…, on va arriver en 2014, et c'est vrai, qu'on ne peut pas non plus être aveugle par rapport aux problèmes structurels que rencontre la province Sud sur un plan budgétaire. La province Sud renferme 75 % de la population calédonienne, et je viens de sortir, à l'instant d'une commission finances-budget de la province Sud, avec un budget de 58 milliards, mais en même temps, dedans, vous avez les dépenses en matière d'aide médicale, des dépenses pour le logement, pour l'habitat, pour l'enseignement. Ce sont des dépenses qu'on ne peut pas raboter, ce sont des dépenses qui augmentent chaque année. Je pense quand même qu'il faut qu'on s'attarde dessus, parce que ça concerne pas uniquement une certaine ethnie, ça concerne tout le monde. Donc, je crois qu'on a intérêt à avoir cette approche-là.

Journaliste : Quels sont les objectif de la Dynamique unitaire Sud pour les prochaines échéances électorales. Est-ce que vous allez vous présenter sous cette étiquette Dynamique unitaire Sud, ou est-ce que vous allez continuer à être présent sur des listes FLNKS, comme vous l'avez fait aux provinciales ?

Sylvain Pabouty : Nous, on considère que, plus on s'occupe de la province Sud, plus il y a des effets sur le plan national, dans le sens où notre objectif qui est partagé par l'ensemble du FLNKS, c'est d'améliorer notre représentation, soit à la province Sud, soit au niveau du Congrès. Aujourd'hui, à la province Sud, on ne représente que quatre élus sur 40. Par rapport à la population qui réside réellement dans la province Sud, je crois que c'est en deçà de ce qu'on peut espérer. On peut être plus ambitieux que ça. Premièrement, on souhaite que l'unité se fasse le plus largement possible. Mais il faut se rappeler qu'en mai 2009, sur notre liste, il y avait pas le Parti travailliste, et le Parti travailliste avait fait sa propre liste, et n'a pas franchi la barre des 5 %. Certains indépendantistes étaient engagés dans la liste "Ouverture citoyenne". Je pense que si on est d'accord, et c'est notre objectif affirmé, si on est d'accord pour qu'on améliore la représentation indépendantiste dans le Sud, il faut tout faire effectivement pour qu'on aille dans ce sens-là. On commence par l'unité, etc. C'est un objectif qu'on a dit maintes fois dans les réunions, dans les médias, parce qu'il faut qu'on ait aussi une meilleure représentation au niveau du Congrès, parce qu'il y a des dossiers qui sont pour nous importants, je comprends, les autres partis ne sont pas obligés d'être d'accord, et donc il faut discuter, mais quand on discute, c'est pas pareil que quand on est une petite minorité, et quand on est un grand mouvement. Au niveau des candidatures : pour l'instant, c'est pas le moment de parler des candidatures des uns et des autres. Il y a beaucoup d'échéances entre temps, il y a l'année prochaine, donc, la députation et puis les présidentielles, donc, ça va être un peu l'objet des discussions concernant la mouvance indépendantiste, précisément au sein du FLNKS. Ensuite, il y aura les municipale en 2013. On verra aussi, au niveau de Nouméa, puisque nous, on est impliqués dans Nouméa, en tout cas moi, personnellement. Et puis, 2014. On aura le temps de discuter des candidatures, du comment faire pour constituer la liste unitaire.

Journaliste : Sylvain Pabouty, merci.