lundi 17 octobre 2011

Pour un socle commun adapté ou une considération réélle des Langues et de la Culture Kanak dans le projet éducatif du pays...

Sylvain Pabouty, élu FLNKS de la commission Enseignement et Culture au Congrès, a tenu, par courrier, à préciser les arguments que les élus nationalistes ont défendus lors de la réunion de la commission Enseignement et Culture du Congrès qui s'est déroulée le vendredi 07.10.2011...
Au moment où les élus vont bientôt adopter le projet éducatif, lequel projet serait l'aboutissement du processus du Grand Débat de 2010, le FLNKS a tenu à préciser sans une place importante des LCK dans ce projet éducatif, il n'y aura pas de consensus politique sur ce projet éducatif...



La réunion de la commission Enseignement et Culture du Congrès qui s’est tenue le vendredi 7 octobre 2011 consacrée au socle commun de connaissances et de compétences et à la qualité de l’enseignement, et qui devait au départ être une réunion d’information sur les travaux en cours, s’est transformée en séance où des décisions importantes furent prises, sans que les documents ad hoc soient communiqués aux élus, ni avant ni pendant la réunion, un simple diaporama de présentation ne pouvant suffire au travail des élus.
Présenté comme urgent par le gouvernement, le vice-recteur, le directeur de la DENC, le choix du socle et des programmes a été à l’ordre du jour.
Ainsi, il me paraît nécessaire par cette note de préciser les prises de positions prises par les élus indépendantistes rassemblés autour du groupe FLNKS au Congrès.

1 - Pour un socle commun adapté…
Apres une interruption de séance, à leur demande, et pour ne pas pénaliser les enfants du pays par une confusion dans les programmes à mettre en œuvre, les élus indépendantistes ont accepté que les travaux se poursuivent sur le socle et les programmes du primaire public et leur soient soumis pour une mise en œuvre à la rentrée 2012.
Les nouveaux programmes, sous réserve de leur examen lorsqu’ils seront communiqués aux élus, sont un mixte des programmes calédoniens adaptés de 2005 et de ceux de métropole de 2008.
Le groupe FLNKS a insisté, avec d’autres commissaires, sur le fait que ce socle devait être adapté et pas un copier-coller de métropole et que les LCK devaient être positionnées au plus haut niveau dans le cadre du socle. Nous préciserons ce point ci-dessous.
Les élus indépendantistes ont également demandé qu’une évaluation de la mise en œuvre du socle et des programmes soit réalisée fin 2011.

2 - Le positionnement des LCK dans le socle
Le "socle commun de connaissances et de compétences" présente ce que tout élève doit savoir et maîtriser à la fin de la scolarité obligatoire.
Selon l’article 9 de la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école du 23 avril 2005 (dite loi Fillon alors ministre de l’éducation nationale) : « la scolarité obligatoire doit au moins garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l’acquisition d’un ensemble de connaissances et de compétences qu’il est indispensable de maîtriser pour accomplir avec succès sa scolarité, poursuivre sa formation, construire son avenir personnel et professionnel et réussir sa vie en société ». Les compétences sont validées à trois moments-clés de la scolarité : CE, CM2 et troisième.
À compter de 2011, la maîtrise des sept compétences du socle est nécessaire pour obtenir le diplôme national du brevet (D.N.B.).
Mais le socle commun c’est aussi ce qui doit fonder le lien social et politique d’un pays, c’est la création d’une citoyenneté, d’une communauté de citoyens. C’est un vecteur de construction d’un destin commun, c’est un « socle » (base sur laquelle repose une construction), comme l’a été l’école républicaine de Ferry. C’est l’héritier de cette école républicaine faite de valeurs, de savoirs instrumentaux (lire, écrire, compter) ou culturels (histoire et géographie,...) traduits par le certificat de fin d’études primaires.
Le socle est donc en lien avec le projet de société, ce que souhaite la société. Le socle se doit donc d’être adapté au projet (de société) et au projet (éducatif) de la Nouvelle-Calédonie. Il ne peut être un simple copier-coller du socle métropolitain.

3 - La maîtrise de la langue française et d’une langue kanak (et océanienne) : un objectif à atteindre
C’est pourquoi les élus indépendantistes considèrent que les LCK, langues d’enseignement et de culture, et océaniennes doivent être positionnées dans l’école calédonienne et dans les enseignements au même niveau que les enseignements fondamentaux notamment le pilier 1 mais aussi de l’ensemble des autres piliers.
Nous proposons donc la formulation suivante :
a. la maîtrise de la langue française et d’une langue Kanak (et océanienne).
b. La pratique d’une langue étrangère et d’une LCK.


Les autres piliers sans changement en précisant qu’ils s’appuieront eux-aussi sur les éléments de programme concernant les langues et la culture kanak.
Les langues et la culture kanak forment une unité, et les élus indépendantistes ne peuvent pas se satisfaire d’un enseignement limité à la culture dans les piliers 5 (culture humaniste) et 6 (compétences sociales et civiques). De même, les élus considèrent que cet enseignement ne relève pas du facultatif ou de l’optionnel.
Car le socle commun c’est aussi la culture commune partagée. Le citoyen calédonien de demain doit pouvoir accéder directement aux éléments de la culture kanak et océanienne qui représente 45% de la population du pays. La langue en est le vecteur principal. C’est pourquoi, par une démarche globale, les élus indépendantistes demandent à ce que les enseignements en langues kanak soient obligatoires :
- soit au titre du pilier 1 (pour les locuteurs ou ceux qui opteraient)
- soit au titre du pilier 2 (pour les non locuteurs).

Le travail à faire est important et complexe car il faut que les programmes de LCK intègrent à la fois les références européennes pour les langues, mais aussi la problématique des compétences propres au socle. Il ne faut cependant pas oublier que dans les programmes actuels (les 5 heures), l’enseignement des LCK devrait se faire à partir de différents champs disciplinaires : maîtrise de la langue (dire, lire, écrire), mathématiques en langues kanak, découvrir le monde en langue kanak, éducation artistique en langue kanak…
Une fois l’objectif fixé et partagé par tous, il est nécessaire de déterminer un calendrier de mise en œuvre de façon à arriver à cette intégration complète des LCK dans le socle.

4 - Un plan-pluriannuel, une programmation
Tout le monde est conscient que cet objectif « La maîtrise de la langue française et d’une langue kanak » ne sera pas atteint dès les 5 premières années à partir de 2012.
Par contre, la DENC, aidée de la mission du vice rectorat, de l’Université NC, des services provinciaux de l’enseignement, de l’Académie des Langues Kanak et des personnes ressources ou qualifiées, de proposer un plan s’étalant sur plusieurs années avec des objectifs intermédiaires.
Ce plan révisable ou modulable chaque année devra intégrer les moyens humains, matériels et financiers.

5 - Dans l’immédiat, la mise en place d’un service LCK au sein de la DENC
Afin de concrétiser, sans plus tarder, les orientations adoptées par la commission Enseignement et Culture du Congrès, il est nécessaire de mettre en place un service LCK au sein de la DENC. Ce service aura les caractéristiques suivant :
- Il n’y aura pas de création de postes budgétaire supplémentaires au BP 2012
- Un inspecteur aura la responsabilité du service
- 2 ou 3 conseillers pédagogiques ayant une pratique des LCK composeront ce service. En fonction des objectifs à fixer pour l’année 2012, une répartition des tâches s’effectuera.

Sylvain Pabouty
Membre de la commission Enseignement et Culture
Groupe FLNKS