mercredi 26 octobre 2011

Projet éducatif du FLNKS: le préambule...



Dans sa société d’origine, comme dans la plupart des sociétés, identifiées par le colonialisme de «tradition orale», présentes dans le Pays, l’homme avait observé minutieusement ce qui l’entourait pour concevoir quelle pensée retransmettre aux générations futures. La conception de cette pensée était transmise à l’aide des réalités intellectuelles, culturelles, linguistiques et environnementales pour asseoir les fondamentaux philosophiques de la société en devenir.
Ces fondements, déclinés dans les règles traditionnelles de vie, sont les liminaires, les débuts des acquis sociaux et culturels pour le continuum des apprentissages. Ils contribuent à la formation de la vie sociale tout en préservant les droits de l’enfant (O.N.U).
La jeunesse actuelle a besoin de repères que le programme scolaire devra définir, avant, pendant et après l’école, pour que la retransmission du savoir vivre et du savoir être soit assurée de générations en générations.

Méthodologie et pédagogie seront définies en fonction des finalités aussi bien de l’école que de la société et plus particulièrement aux modes de pensée de l’enfant.
Les réalités touchant tous les domaines qui offrent le savoir à l’enfant, seront enseignées simultanément d’une manière synchronique. En effet, ces règles de vie, suite aux mariages, aux alliances, aux migrations des populations pour des raisons diverses, renforcent l’idée d’évolution de la culture.

La pensée originelle kanak1, comme toute pensée originelle, vécue ou non en diaspora par les autres ethnies vivant dans le pays, passe par une intercompréhension interculturelle. Pour ce faire, le projet éducatif vise à créer le lien cohérent et performant dans le triptyque famille-école-société afin d’enseigner ce qui est de l’individu et ce qui est du collectif ou de la communauté. Pourrait alors apparaître au fil des ans, un fond culturel commun à toutes les ethnies vivant dans le pays.

La pensée kanak va servir, comme le stipule le préambule de l’Accord de Nouméa, non pas de critère sélectif mais de repère pour établir des règles concernant les valeurs à respecter dans :
- la relation humaine et sociale,
- la communication environnementale au sens du lien à la Terre et de la relation avec les éléments naturels et physiques,
- la vie professionnelle du citoyen responsable au niveau d’un domaine dans lequel il a des compétences (politique, économique, gestion, industrie, administration,…)

Aussi, l’intitulé «fondements philosophiques du projet éducatif en pays kanak» signifie la volonté de reconnaître et de prendre en compte l’existence réelle d’une pensée vivante des sociétés de tradition orale, une pensée qui a résisté, non pas à celles qualifiées d’universelles, mais aux intentions d’uniformisation du pouvoir dominant en vue d’établir le conformisme de la pensée unique.
La philosophie prônée par des défenseurs des idées du dixit «siècle des lumières», visait à vulgariser les modes de pensée française et occidentale implicitement présentes à travers les savoirs à acquérir.

Il fallut attendre les réactions justifiées de chercheurs et de penseurs en sociologie, anthropologie et ethnologie pour démontrer qu’il fallait reconnaître les erreurs de l’uniformité déguisée en universalité.

La pensée dominante, uniforme et mono culturelle visait à faire disparaître le particularisme de la pensée de tradition orale, qualifiée souvent de pensée primitive. L’enfant de ce pays en devenir, en réponse à cette pensée dominante, résiste, refuse cette forme de génocide culturel pour ne pas dire ethnocide : «Je pense moi aussi, vivant au sein de ma Culture car je suis ici, en Kanaky, déjà être pensant avant la venue de toute autre ethnie !»

Après bien des luttes, la pensée de tradition orale, grâce au Préambule de l’Accord de Nouméa, finit par se faire accepter afin de prendre une place plus importante qui devrait être la sienne dans le système éducatif : la première étape de la démarche du Projet Éducatif consiste à mettre en œuvre l'application du Préambule qui déclare : Or, ce territoire n’était pas vide. La Grande Terre et les îles étaient habitées par des hommes et des femmes qui ont été dénommés kanak. Ils avaient développé une civilisation propre, avec ses traditions, ses langues, la coutume qui organisait le champ social et politique. Leur culture et leur imaginaire s’exprimaient dans diverses formes de création.
L’identité kanak était fondée sur un lien particulier à la terre. Chaque individu, chaque clan se définissait par un rapport spécifique avec une vallée, une colline, la mer, une embouchure de rivière, et gardait la mémoire de l’accueil d’autres familles. Les noms que la tradition donnait à chaque élément du paysage, les tabous marquant certains d’entre eux, les chemins coutumiers structuraient l’espace et les échanges. Ce rappel du passé confirme une réalité toujours vécue dans la société kanak actuelle et à présent,
Dix ans plus tard , il convient d’ouvrir une nouvelle étape, marquée par la pleine reconnaissance de l’identité kanak, préalable à la refondation d’un contrat social entre toutes les communautés qui vivent en Nouvelle-Calédonie et par un partage de souveraineté avec la France, sur la voie de la pleine souveraineté ».
Cette affirmation renforce la place de la pensée originelle des sociétés dites de «tradition orale». Avec comme référence l’article 1.3.3, d’une part, les signes identitaires, d’autre part, tous les citoyens doivent avancer dans cette démarche de construction du vivre ensemble et de la nouvelle Nation en devenir.





Si l’article 1.3.3 stipule : « Les langues kanak sont, avec le français, des langues d'enseignement et de culture en Nouvelle-Calédonie, leur place dans l'enseignement et les médias doit donc être accrue et faire l'objet d'une réflexion approfondie. Une recherche scientifique et un enseignement universitaire sur les langues kanak doivent être organisés en Nouvelle-Calédonie. L’Institut national des langues et civilisations orientales y jouera un rôle essentiel. Pour que ces langues trouvent la place qui doit leur revenir dans l'enseignement primaire et secondaire, un effort important sera fait sur la formation des formateurs. » La deuxième étape amène à reconsidérer la Formation des Formateurs.
Tout citoyen de ce pays en devenir devra donc avoir un respect préalable pour la pensée kanak, qui revendique sa place dans l’école, dès les premiers apprentissages. Ainsi, le concept «respect» sera mieux appréhendé et vécu par toutes les populations partenaires de ce pays en devenir. L’environnement culturel ne peut ainsi être laissé pour compte parce qu’il offre à l’enfant/homme, de quelle qu’ethnie qu'il soit, des lois millénaires qui visaient à préserver en lui la mémoire collective et historique porteuse de sens dans cet environnement, ce pays, Kanaky, accueillant, chaleureux et hospitalier et qui s’efforce de résister aux effets de l’uniformité d'un type d'enseignement mais aussi à ceux de la mondialisation.





Par conséquent, les fondements philosophiques du projet éducatif trouvent leur sens dans les événements traditionnels et culturels de la vie. Ils permettent de révéler les acquis sociaux et culturels au cours des apprentissages premiers de la Petite Enfance. Les pratiques culturelles générant le désir de savoir de l’enfant seront alors enseignées selon la pédagogie de la retransmission orale . Les rites culturels sur les lieux d’apprentissage seront exploités pour renforcer le développement intellectuel de l’individu social avec les garanties à respecter des Droits de l’Enfant prévus à chaque stade de sa croissance liée à la recherche de son autonomisation (Droits reconnus par l’ONU).





La difficulté pour la mise en œuvre de ce projet consiste à former autrement la jeunesse. En effet, la jeunesse actuelle, du fait des mutations de la société, a besoin de repères tangibles pour pouvoir apprendre. La formation durant l’enfance puis l’adolescence sera orientée de manière à permettre l’acquisition de ces nouveaux repères en conformité avec les fondements philosophiques de ce projet qui incite le jeune à acquérir, avant, pendant et après l’école, le savoir nécessaire mais librement choisi. Le mode de retransmission basé sur la valeur «respect» sera transcendant de la Petite Enfance jusqu’au statut de Jeune Homme ou de Jeune Femme en formation.





(1): Le mot kanak qualifiant l’ethnie du peuple premier du pays est employé ici au sens que le FLNKS lui a donné dans ses conventions et Congrès, ainsi que dans le projet de constitution déposé à l’ONU en 1987 : « Le peuple kanak constitue une communauté nationale et pluriethnique, libre, unie et souveraine, fondée sur la solidarité de ses divers éléments » (art 1er).