jeudi 8 septembre 2011

Charles PIDJOT sur Radio Djiido le jeudi 8 septembre 2011


Avec l'aimable autorisation de la radion nationaliste, Djiido, Naku press reproduit ici l'interview de Charles PIDJOT, président de l'UC, et président de la même radio, par ailleurs, principal animateur du Conseil Politique. L'interview a été réalisé par Romain Hmeun le jeudi 8 septembre 2011.


Journaliste : Notre invité du jeudi, Monsieur Charles Pidjot, président de l'UC. Bonjour !
Charles Pidjot : Bonjour aux auditeurs, bonjour à la radio, ainsi qu'à son personnel.

Journaliste : Revenons sur la venue du président de l'État français, Monsieur Nicolas Sarkozy. Beaucoup de déclarations ont été faites. Il faut bien dire que les indépendantistes, le FLNKS, a participé à tous ses déplacements ici, au pays. C'est une première, c'est important de le souligner !
Charles Pidjot : Oui, c'est important de le souligner, mais avant tout, je voudrais dire aux auditeurs, c'est vrai qu'on m'a peu entendu ces derniers temps. Moi, j'ai fait un choix, c'est de présider le parti. Présider le parti, c'est faire le travail, assumer ses responsabilités. Assumer ses responsabilités, c'est pas à être sur tous les postes. On a des membres du gouvernement, on a des membres du Congrès, on a des membres qui sont dans les provinces, des exécutifs aussi. On a des outils qui sont là. Ensuite la mise en musique appartient à ces représentations que l'on a mises en place. Je pense que c'est un choix, une méthode qu'on s'est donnée dans le travail, qui nous permet d'être dans une efficacité, dans l'action politique qu'on mène. Là, et à travers ça, je voudrais aussi saluer, d'une part, l'élection du président du Congrès, Rock Wamytan. Je pense que là-dessus, elle traduit bien l'esprit et la lettre de l'Accord, du pays en devenir, du destin commun à bâtir. Je profite aussi de l'occasion pour saluer l'élection du nouveau président du sénat, monsieur Goromido, qui est en poste depuis le passage du président de la République. On voit un jeune qui prend les commandes du sénat coutumier, mais, le sénat coutumier, c'est aussi une continuité dans le travail. On a des rendez-vous de travail fixés avec eux, que l'on espère renouer dans les jours prochains, afin de répondre aux interrogations qu'on se pose de part et d'autre. Bien entendu, tout ça font qu'il faut qu'il y ait une continuité, il n'y ait pas une rupture, une crise qui est là. Et malheureusement, c'est vrai qu'on a assisté, ces derniers temps, à beaucoup de départs chez nous, et notamment là, hier. On a enterré un de nos vieux commissaires politiques que je tiens à saluer, là, sur les ondes, parce que, quand il est revenu un peu au devant de la scène, il m'avait appelé, à l'époque, et il m'avait demandé s'il pouvait parler sur Djiido, comme je suis aussi le patron d'Edipop et j'avais organisé ça pour qu'il puisse s'exprimer. Je tenais à tout prix à ce qu'il s'exprime, parce que c'est une mémoire, c'est quelqu'un qui a marqué l'histoire, et je voulais qu'il partage, parce que tout ce travail-là, il est riche, il est fort. Je tenais à ce qu'il partage, puisque c'est un des derniers vieux de l'UICALO et de l'AICLF, c'est un des fondateurs de l'UC, et je voulais qu'il en parle parce qu'à son âge encore, il était toujours actif, présent et je voulais qu'il partage ça aux jeunes en disant que le combat ne doit jamais cesser. Et c'est ce message-là qu'il laisse, là, face à la mort, ou dans la mort qu'il nous laisse. Je voudrais aussi lui rendre hommage, parce que cet hommage-là s'adresse à tous nos vieux qui sont partis.

Journaliste : Le FLNKS va partir divisé pour les prochaines sénatoriales. Est-ce qu'il y a un sentiment particulier, il y a un retrait que l'on peut dire, du fait qu'il n'y a pas une liste commune du Front, par rapport à ces élections ?Charles Pidjot : On peut toujours regretter. Moi, je l'ai dit, quand je suis allé sur la coutume à Paita, j'ai dit à nos familles, à Paita, qu'on peut toujours juger l'histoire : vous voyez, là, le vieux qui part, avec lui, on a décidé d'assumer les choses, malgré les péripéties. Parce que, vous prenez 10 ans, 20 ans, 30 ans, un siècle en arrière, notre histoire a toujours été jalonnée comme ça, qu'il y ait des divisions. Et aujourd'hui, on a tout tenté. On a fait tous les efforts nécessaires pour retrouver le FLNKS. Moi, je vous rappelle, en 2007, après l'éclatement du FLNKS de 2004, 2007 où on essayait de reprendre les choses en main, à travers les législatives, on part, mais en même temps, on est titillés à l'intérieur, ce qui est un peu à l'origine de cette échec-là. Mais on ne s'est pas battus pour un poste non plus, on ne s'est pas battus pour un poste de député, de sénateur, de PDG ou d'administrateur, on se bat pour le pays. Je pense que c'est ça qui nous anime et c'est ça qui animait le FLNKS, lors de nos derniers congrès, notamment sur notre participation aux élections municipales, aux élections provinciales, aux élections du Congrès et du gouvernement, et des choix politiques qui ont été faits, de façon à ce que la représentation du FLNKS s'organisait autour d'un groupe du FLNKS. Bien qu'on ait pris cette décision dans nos congrès et conventions, il y a toujours eu des refus de derniers moments, des retraits de dernier moment qui font que des choses n'ont pu aboutir, n'ont pu s'accomplir, et qui font qu'aujourd'hui, on a des groupes, on entretient... Et ça, c'est pas la faute des Blancs. On a beau dire : c'est la faute des Blancs, c'est la faute de l'État. C'est nous qui entretenons ces divisions. Malgré tous les efforts déployés à ce jour, on se rend compte qu'il y a encore un refus énorme. Je ne sais pas si c'est une bigamie ou autre, mais je dirais que nous, à l'UC, on a fait des choix. Il y a 50 ans de ça, on a eu une ligne politique qui est toujours à assumer avec détermination, avec conviction, on ne changera pas là-dessus. On porte cet héritage et on porte ces valeurs, ce qui fait qu'à l'UC, on est présents sur tous les sujets, sur tous les débats, sur tous les combats, parce que c'est une responsabilité qui nous incombe et qui nous habite tous les jours, que l'on met en œuvre, qu'on doit…, vis-à-vis de tous nos vieux qui sont partis, on n'a pas le droit d'en abuser ou d'user, mais de faire en sorte que les choix, les orientations, la parole donnée là-dessus, engagée, autant dans l'UC qu'au sein du FLNKS, qu'on la mette en œuvre avec tout le respect qu'on doit avoir, de cette parole, parce qu'elle est issue de nos tribus, de nos clans, là où il y a toute notre représentation politique.

Journaliste : On sait que vous êtes le candidat pour les sénatoriales, ainsi que monsieur Victor Tutugoro. Vous êtes suppléés par deux personnalités de la mouvance indépendantiste. Que peuvent apporter ces candidatures des trois composantes du Front pour le pays, demain ?Charles Pidjot : Quand on porte, là, ces candidatures, c'est parce que c'est une mission que l'on nous confie. À l'UC, on a une procédure de désignation de nos candidats, on a une commission de l'investiture, c'est elle qui décide, et des choix ont été faits. Ces choix ont été portés devant le FLNKS, parce que c'est le FLNKS qui est signataire de l'Accord. Et si on doit avoir une représentation, c'est avec le FLNKS qu'on aura cette représentation. Là-dessus, étant candidat aujourd'hui, avec cette représentation du FLNKS autour de ces candidatures, font que le FLNKS est présent. On sera présent, lors de cette élection. Mais, on sait très bien, nous, aujourd'hui, et moi, je le sais très bien aussi, je veux dire, comme en 2007, aller à ces élections, c'est pas pour aller pour qu'on se batte pour un poste. C'est aller faire valoir l'Accord de Nouméa, l'esprit et la lettre de cet accord, les fondamentaux de cet accord, et renforcer le FLNKS, toute cette mouvance qui aspire à accéder à la pleine souveraineté. Cet objectif-là, c'est de réunir cette mouvance, il n'y a aucune intention, je dirais, à ce jour, de pouvoir briguer un poste de sénateur. Vous savez très bien que sur les grands électeurs, bon, on ne dispose pas de majorité. On dispose, avec l'ensemble du FLNKS, de 220, en gros, grands électeurs sur 535, si je ne me trompe pas, c'est-à-dire qu'on n'a pas la majorité pour pouvoir accéder au poste de sénateur. Mathématiquement, c'est pas quelque chose d'acquis… Mathématiquement, on est perdant, je veux dire. Par contre, si on peut gagner, sur le plan politique, pour permettre de mobiliser cette mouvance, entre le 1er et le 2e tour de ces sénatoriales, ben, on fera un premier pas vers cette réconciliation entre les différentes tendances qui forment cette mouvance et qui veulent l'accès à la pleine souveraineté. C'est un beau défi, et c'est pour ça que j'ai donné mon accord, quand on m'a proposé l'investiture du parti, c'est de relever ces défis-là avant tout. Ensuite, rien ne nous empêche d'aller à Paris, rien ne nous empêche d'avoir des contacts avec Paris. On a déjà une représentation dans l'enceinte des institutions de la Nouvelle-Calédonie. L'UC, comme les autres composantes du FLNKS dans cette mouvance indépendantiste, on a cette représentation-là. On est au niveau de la région, au niveau extérieur. Vous savez qu'aujourd'hui, on a une équipe qui est au Forum du Pacifique. C'est vrai qu'on n'a pas de représentation dans les chambres nationales, mais les chambres nationales, on peut (?) au niveau politique, étant signataire de l'Accord, au même titre que mes autres camarades du FLNKS, que se soit Rock Wamytan, Paul Néaoutyine et Victor Tutugoro, les autres signataires de l'Accord. Moi, je suis signataire aussi de l'Accord de Matignon-Oudinot. Fort de cette responsabilité morale et politique, je peux me déplacer à Paris, sans le titre de sénateur. Mais, bien entendu, tout ce qui nous anime, nous, c'est de faire en sorte de faire valoir, c'est plus fort que ça même, de faire valoir ce sur lequel on a engagé le pays, doit aboutir et on se donnera tous les moyens pour que les choses aboutissent.

Journaliste : Vous avez parlé de l'esprit de l'Accord de Nouméa. Il y a beaucoup de critiques par rapport à l'entente, que certains appellent l'Alliance entre le groupe FLNKS en tant que tel et la droite locale, notamment le RUMP, qui est très critiquée. Est-ce que vous pensez que l'esprit de collégialité de l'Accord de Nouméa est biaisé par cette entente-là ?Charles Pidjot : Non, il n'est pas biaisé. Il y a des choix qu'on fait. Il a fallu se battre contre le statut Lemoine ou le statut Ponce, en ayant, en face de nous, l'État. L'État a proposé qu'on se mette autour d'une table, avec la représentation des non-Kanaks, ici, qui sont leurs ressortissants, pour voir dans quel cadre les choses peuvent évoluer. Il y a eu les Accords de Matignon-Oudinot, il y a eu les Accords de Nouméa, on s'est retrouvés, on était autour d'une table. Il y a d'autres périodes, sur le plan industriel, on s'est battus avec le préalable minier, mais quand il a fallu régler les histoires d'Accord de Bercy, ben, l'État a demandé aussi à ce que la représentation des non-Kanaks soit associée à ça, qu'on les associe, et c'est pour ça que la STCPI a été créée. Il y a beaucoup de choses à dire là-dessus ! En 2003, quand ils ont biaisé le plan de financement de l'usine du Nord, avec le plan qu'a proposé Paris, notamment le président Chirac, que la province Nord a accepté, nous mettent dans cette situation aujourd'hui. À l'époque, ça a été traité entre Paul Néaoutyine, Jacques Chirac et Jacques Lafleur. On ne dit pas que les choses ont été biaisées, c'était un choix. Nous, on s'est braqué à l'époque, c'était contre cette orientation structurelle, sur le plan économique et financier de la société, on n'a pas accepté. Mais on n'a jamais pointé du doigt, dit que c'était biaisé. Puisque le choix de l'Accord de Nouméa repose, et notamment si on reprend le principe de l'Accord, repose sur les parties signataires, mais repose aussi sur la population. L'Accord est fondé sur les populations. Là, aujourd'hui, quand on essaye de composer et de préparer le pays à la sortie, on nous dit que c'est biaisé. Pour moi, c'est une attitude irresponsable. Je ne comprends pas l'attitude du Palika là-dessus, parce que, quand ils étaient au pouvoir, ben, il fallait discuter avec tout le monde. Aujourd'hui qu'ils ont perdu soit disant le leadership du FLNKS, aujourd'hui, il ne faut plus discuter avec tout le monde, il faut discuter simplement avec une autre tendance qui n'est pas la tendance majoritaire à droite. Il y a beaucoup de questions qu'on peut se poser dessus. Nous, il ne faut pas non plus oublier que, bon, notre responsabilité, c'est de préparer la sortie. Préparer la sortie, c'est de se donner une méthode de travail avec une feuille de route qui a été arrêtée au comité des signataires, qui nous permet de préparer au mieux la sortie, comme on prépare ses populations. Si on continue à entretenir, comme ça, des divisions, aussi bien demain ou bien en 2014, quand il va falloir se prononcer, on ne va pas demander aux Kanaks, d'une part, de dire ce qu'ils en pensent de l'accession à la pleine souveraineté, et puis de l'autre côté, on va consulter les non-Kanaks en demandant leur avis sur l'accession à la pleine souveraineté ! Cette problématique-là nous est posée comme ça, et c'est de savoir. On essaye de nous l'imposer comme ça, alors qu'on sait très bien que la consultation de sortie, c'est une consultation du corps électoral figé de nos populations concernées, et là-dessus, bien entendu, ça regarde l'ensemble des citoyens. Et je ne pense pas, s'il y en a qui ont vendu leur âme, parce qu'il y en a qui ont bazardé la lutte, il y en a qui ont bazardé, je dirais, nos acquis là-dessus, c'est sûrement pas l'UC. Fort de cet héritage, fort de ce combat des engagements pris, des orientations que l'on a fixées chez nous, en tant que président, je n'admettrai jamais que quelqu'un, chez nous, puisse retomber dans ces travers. On l'a connu en d'autres périodes. Aujourd'hui, et depuis 2007, j'ai accédé à la présidence de l'UC, j'ai demandé aussi qu'une grande réconciliation soit faite entre nous, nous Kanaks, nous Calédoniens, de façon à ce qu'on puisse se préparer au mieux à assumer les pleines responsabilités qui sont devant nous.

Journaliste : Est-ce que vous avez une impression que les citoyens se préparent à tout cela, à la sortie aussi ? Il y a les organisations politiques qui martèlent, qui parlent de la sortie. Est-ce que les simples citoyens sont conscients de ce qui va se passer demain ?Charles Pidjot : Il y a une réelle volonté du citoyen de participer, à tous les niveaux, sur le plan politique, sur le plan économique, sur le plan social, sur le plan culturel, quel que soit l'endroit où on est. Je veux dire, quand quelqu'un crie pour un prix du billet là-bas, il sait très bien que la valeur du billet a une incidence aussi sur le budget. Il en est conscient, c'est pour ça qu'il sait où actionner les choses et nous montre du doigt, mais, c'est parce qu'il veut aussi participer et il veut pas être enfermé. Quand je prends le cas des îles, c'est ça. Quand je prends l'entreprise qui subit les charges sociales et les charges fiscales, dit : tous les jours, j'ai des charges très importantes. Comme le petit citoyen qui vient nous dire : le coût de la vie est très élevé. Le dire, c'est vouloir réformer, c'est vouloir adapter, innover, de façon à ce que le pays soit plus participatif, plus attractif, tout le monde puisse accéder à la chose publique. Pour moi, il y a une forte attente là-dessus, mais, je reconnais maintenant que cette attente, les interrogations qui sont posées, autant par les organismes ou les forces vives de ce territoire ou les différentes représentations ou la population générale, c'est de dire : qu'est-ce que font les politiques ? Bon, les politiques, nous, on a essayé de démontrer, ces dernières années, qu'on ne pouvait pas passer notre temps à nous disputer. On n'est pas là non plus pour entretenir nos partis. J'entends bien, quand je parle de partis, c'est les états-majors politiques. On est là pour préparer le pays à accéder aux pleines responsabilités, à la souveraineté. Si on est dans cette logique-là, on doit se donner les moyens. On s'est rendu compte que, et on l'a proposé comme ça, il y a eu un gros problème de méthode, ces dernières années, dans l'approche des problématiques pays, des fondamentaux à mettre en œuvre, c'est que chacun venait avec son petit panier, là, et puis on allait devant l'État pour faire ses courses. Chacun venait avec son petit panier, il avait sa liste, on a besoin de ça, ça, ça, ça, on venait et puis on tapait sur toutes les tables, ou on s'engueulait au Congrès, ou au niveau provincial, et puis, quand on sortait de ces réunions, on faisait les comptes et puis on disait : bon, voilà, on a gagné ça, on a gagné ça, et on regardait ce qu'on a ramassé, plus que les autres. C'était un raisonnement très, très individuel qui n'est pas pays. C'est un raisonnement partisan, un raisonnement très colonial, là-dessus. Et on s'est dit…, et c'est pour ça qu'on a fait le choix, au dernier congrès du FLNKS, de mettre un congrès FLNKS avec un bureau politique renforcé. On n'a jamais pu mettre en œuvre, c'était justement pour affronter toutes ces problématiques qui étaient devant nous, face à nous. À défaut de ça, comme on a vu qu'il n'y avait pas de volonté de rassembler et de construire, on a mis en place un conseil politique pour assumer ces responsabilités. Aujourd'hui, dans ce conseil politique, toute la représentation du FLNKS y est. Il y a le Parti travailliste qui nous a rejoints. On a travaillé avec l'UCR, on a travaillé avec, même un moment, avec Nidoïsh Naisseline, il y a eu des contacts. À travers ça, il y a un contact avec Calédonie ensemble, Avenir ensemble, Rassemblement UMP, avec l'État. Pourquoi on s'est donné cette méthode-là ? C'est parce qu'il faut rassembler tout le monde.

Journaliste : Il faut parler pays maintenant.Charles Pidjot : Oui, il faut parler pays. Rassembler tout le monde pour parler pays. Rassemblement tout le monde, c'est déjà, dans un premier temps, mettre ces états-majors devant une table et puis parler. C'est pas d'aller crier fort à Paris, ou sortir du grand récif et puis aller crier fort ailleurs, mais crier fort chez nous. On crie fort dans la maison, on parle chez nous. Et quand on sort de là, comme là-bas, à la tribu, quand on réunit nos clans, on réunit tout le monde dans la maison, on parle. Mais, quand on sort de là, on a une parole de la case, on a une parole du clan, on a une parole de la tribu et ce qui fait qu'on est fort ailleurs, et c'est pour ça qu'on s'est donné ça. Maintenant, il y a quelques frictions, mais on va pas s'arrêter de suer. Si on avait le luxe de pouvoir s'arrêter de suer, en se disant : bon, on a la vie devant nous. Non ! On n'a pas la vie devant nous. On a des échéances : 2014 qui arrivent. Comment on fait en 2014 ? 2014 à 2018, c'est le dernier mandat dans lequel le pays a la possibilité d'accéder à la pleine souveraineté. Comment on s'interroge sur toutes ces questions-là ?

Journaliste : Le conseil politique ne veut pas prendre le travail du bureau politique du FLNKS ?Charles Pidjot : Mais, non, puisque le bureau politique du FLNKS a ses responsabilités. Nous, on siège au bureau politique du FLNKS. Sur les questions politiques qui concernent le FLNKS, toutes les questions, y compris institutionnelles, que ce soit au gouvernement, Congrès, provinces, gestion communale, les problèmes de population, les problèmes de fléaux, tout, les problèmes de mutation, tous sont traités au bureau politique. Mais, sur le manque de combativité, de responsabilité du bureau politique, ben, on ne peut pas simplement s'appuyer là-dessus. Nous, on a une échéance, c'est 2014, qui est là, devant nous, et on s'est donné, nous, comme moyen…, parce que comme le Palika…, c'est pas le Palika en plus, c'est le groupe UNI qui a refusé qu'on ait un seul groupe au Congrès, qu'on ait une seule représentation au gouvernement, ben, on s'est donné ce moyen de gérer les politiques publiques à travers ce conseil politique.

Journaliste : Au niveau de l'organisation indépendantiste, il y a une petite friction au sein du mouvement UC, avec un des responsables du mouvement ?
Charles Pidjot : Oh, mais il y en a toujours eu. Ce responsable-là, il a fait le choix. Le seul choix qui l'animait, c'était avoir un poste de vice-président à la province Nord. C'est une démarche qu'il a engagée avec la province Nord, avec Paul, pour pouvoir avoir ce poste de vice-président. C'est tant mieux pour lui, tant mieux pour Paul. Je pense que, s'il pense que c'est comme ça qu'on fait de la politique, bon, il a crié, maintenant, il est suspendu de toute responsabilité, pendant un an. Ça, moi, je lui avais demandé, à l'époque, quand on a eu le comité directeur à Tiwaka, de l'assumer, parce que les statuts, les modifications du statut et du règlement intérieur de l'UC, on les a mis en…, ont fait l'objet de…, tout ce travail de modification a été pendant la période de Pascal Naouna était président de l'UC. Étant président de l'UC, il a dérogé aux règles qu'il a fixées là-dedans, eh ben, aujourd'hui, il doit les assumer. La friction, c'est la friction avec un homme. L'homme, il faut pas non plus qu'il oublie que, quand il y a eu ces déboires en province Nord, ben, il était pas tout seul. Il a été tout seul dans sa gestion, mais quand il a eu ces déboires avec la SOREN, avec les populations là-haut, j'étais avec lui. Je l'ai soutenu là-dessus, parce qu'on avait fait des choix économiques là-dessus et c'était situer l'opérateur du terrain, mais, c'est des choix. Moi, quand je suis monté au créneau, quand j'ai défendu l'entreprise…, l'entreprise, c'est pas kanak, ça appartient aux gens de droite. Il appelle ça la dérive à droite, c'est une dérive à droite, à aller dans l'entreprise. Si, quand je me suis braqué par rapport à la justice, par rapport à l'État, par rapport à la SLN, c'est tous des gens de droite. Mais, on a retroussé les manches, on est monté au créneau. On est allé négocier pour sortir PPK de cette situation-là, on l'a fait ! Il en est fier aujourd'hui, il a un outil devant lui, et aujourd'hui, il use un peu de ce luxe-là pour pouvoir crier fort, mais, je lui souhaite de réussir. Parce que, ce que je lui ai demandé au lendemain de ce règlement, c'est de faire les démarches auprès des autorités coutumières, auprès de sa tribu, auprès des gens, des populations de Poya, pour qu'on règle définitivement ces différends, le travail, il n'a pas été fait. J'espère, encore une fois, qu'il le fera, voilà

Journaliste : Dernièrement, il y a eu des déclarations de monsieur Buffet, PDG d'Eramet. Qu'est-ce que vous pouvez dire par rapport à ces déclarations ?
Charles Pidjot : La première chose que je veux dire, c'est qu'il a fallu le préalable minier pour pouvoir accéder à la mine, à la ressource. D'abord, une pensée pour mon ancien président, parce qu'il en est mort. Tout le monde avait dit à l'époque qu'il magouillait, on l'avait taxé de tout, mais aujourd'hui, si on est fort d'une usine, c'est parce que l'on a su investir dans la mine, le rachat de la SMSP. On s'est battu pour la ressource et on a eu cette ressource, il y a eu des préalables, il y a eu des blocages, et on a beaucoup perdu chez nous. On s'est battu pour ça et on a réussi à mettre en place un schéma minier. Pourquoi à l'époque on l'a mis ? Parce qu'on disposait, aux alentours de 10 à 15 % de la ressource minière et le reste des titres miniers étaient tenus par des grands opérateurs. On a innové avec ce schéma minier qui devait remplacer le fameux code minier qui était devenu obsolète. On a réussi à le faire valoir dans la négociation, on l'a amélioré comme ça. Mais, on s'est rendu compte aussi qu'avec cette valse des OPA, les capitaux étant détenus par des fonds de pensions, par des tiers, faisait qu'on n'était pas à l'abri, d'où cette initiative qu'on a prise, nous, de porter le schéma industriel pour être adossé au schéma minier, de façon à ce qu'il y ait plus de cohérence dans l'action et doter la Nouvelle-Calédonie d'une véritable stratégie minière et d'une véritable politique minière, c'est-à-dire que tout le monde le reconnaît, que la seule ressource qui rapporte, qui porte la Nouvelle-Calédonie aujourd'hui, c'est le nickel, d'où ces approches-là. C'est pour vous dire que quand on se met ensemble, ici, dans le pays, quand on sait se battre, on arrive à décrocher des outils ou des orientations politiques qui engagent le pays, mais qui garantissent le pays. Et monsieur Buffet, qui est peut-être à 22 mille kilomètres et a peut-être pour patrons ceux d'Areva, Duval et consorts, eux, ne représentent pas les intérêts calédoniens, ils représentent leurs intérêts. Mais, je tiens à rappeler à monsieur Buffet que dans la négociation de 98, de 96 à 98, sur le préalable minier, l'ouverture des négociations politiques était liée à l'accès à la ressource. À l'accès à la ressource et à la cession d'Eramet. Les deux volets économiques étaient adossés à l'évolution politique, à la négociation politique. Et on a donné notre accord lorsque la modification de la Constitution a été adoptée, en juillet 98, pour engager toute la discussion, finaliser la loi organique d'une part, et régler définitivement la cession d'Eramet. Et je tiens à rappeler à monsieur Buffet que dans la négociation, Paris, et là, pour ceux qui n'ont pas de mémoire, les négociations de 96, on l'a ouvert avec Jacques Chirac, Alain Juppé et De Peretti, et on a fini avec Jean-Jacques Queyranne et Lionel Jospin et Dominique Strauss-Kahn, avec comme président encore Jacques Chirac. Quand on a posé ça sur la table, l'État nous a dit quoi ? Elle reconnaît que le développement de la filiale nickel au niveau d'Eramet, qui a permis le développement d'Eramet, a été fait sur les fonds nickel, mais qu'aujourd'hui, par rapport à ses politiques gabonaises et européennes, notamment avec le manganèse et les aciers rapides, elle ne pouvait pas, sur le bloc Eramet, nous accorder la totalité. Elle était prête à discuter simplement sur la partie nickel, d'où le pacte d'actionnaires, d'où l'Accord de Bercy, d'où cette place prépondérante et incontournable de la Nouvelle-Calédonie sur ce sujet, et ce qu'on a trouvé regrettable, c'est que monsieur Buffet le traite à Paris avec ses actionnaires, avec un petit groupe d'actionnaires aussi au niveau de ses conseils d'administrations. Mais le plus regrettable là-dedans, je crois aussi, c'est l'absence de stratégie. J'ai l'impression qu'on a une représentation, là, au niveau de la STCPI, qui est là-haut, qui sont là pour les postes, les dividendes. Ils sont là pour la posture, non pas pour le travail. J'ai du mal à me retrouver dans tout ce que décline Patrick Buffet, pas simplement sur les histoires d'Enercal ou des histoires de Prony, autant sur Weda Bay, parce qu'aussi bien l'histoire de Weda Bay. Weda Bay tombe dans l'escarcelle de la branche nickel, c'est pas du manganèse, c'est pas des aciers rapides, ça. Et enfin de compte, il y a une entourloupe, là, d'Eramet, parce qu'elle a récupéré Weda Bay et elle a fait rentrer Weda Bay dans les actifs d'Eramet, d'où une re-discussion, obligatoirement, sur tout le sujet avec les intéressés, et l'intéressé notamment, et l'État, là-dessus. Parce que si on reprend ce que déclarait leur président de la République, que le nickel, il y avait pas besoin de troisième usine et que l'État verrouillait les actions qu'elle avait au sein d'Eramet, d'où cette interpellation, ce signe qu'on doit adresser à l'État, en disant à l'État : il va falloir qu'on se mette autour de la table et qu'on revoit toute la copie, de A à Z, parce qu'on a engagé aussi un schéma industriel et qu'il est adossé au schéma minier et c'est un ensemble, bien entendu, que l'on doit revoir ensemble.

Journaliste : Par rapport à ces déclarations de monsieur Buffet, il faut dire maintenant qu'il n'est pas question que des choses soient décidées de Paris, d'Eramet seul, il faut prendre en compte les responsables du pays ?Charles Pidjot : Oui, je le dis, parce qu'à l'époque, on était peut-être pas aux commandes de ces outils, on n'était pas à la tête d'Eramet, de la SLN, on n'était pas dedans, mais on s'est battu, nous, pour. C'est avec nous que les choses ont été signées, ont été engagées. Aujourd'hui, il est ramené simplement dans un cercle très restreint, là, de gens qui sont un peu à la botte, c'est inacceptable. Mais, je tiens aussi à rappeler que l'État a repris en main sa participation dans les métaux non-ferreux, à l'époque, c'est à travers la stratégie que nous, on a su déployer sur la SLN et sur Eramet. Je tiens aussi à rappeler, là-dessus, elle a permis de sauver Duval. Duval qui était en mauvaise posture à l'époque, il y a eu des échanges d'actions, en permettant à Duval de rentrer, les aciers rapides, de rentrer dans des actifs d'Eramet et sauver une partie des actifs français au niveau de ses aciers rapides. En leur permettant de reconsolider les approches sur les métaux non-ferreux, on a permis ça à la France, mais, il faut pas que la France s'amuse à jouer contre nos intérêts, parce que c'est inacceptable ! Mais, quand je dis ça aussi, je dis ça pour que ce soit…, parce que j'ai entendu aussi des propositions de Posco, j'ai dit : moi, là-dessus, je suis contre aujourd'hui. L'extension de Posco, d'une part, et les intentions de Patrick Buffet ou d'Eramet là-dessus, je dis qu'on a un rendu, là, d'Anne Duthilleul, d'ici la fin de l'année, il est encore temps, là, de voir comment les choses vont évoluer.

Journaliste : Une petite précision sur ce que vous dites sur Posco ?
Charles Pidjot : On a engagé un schéma minier, on a engagé des usines, on a engagé une modernisation de l'exploitation minière, des politiques environnementales. On a essayé de combler un vide, ou une absence au niveau industriel. On est sur le point d'aboutir et il y a de la surenchère de dernière heure. Jusqu'à présent, Posco, ça fait même pas deux, trois ans qu'ils sont en activité et ils veulent passer de (1,8 à 3,6 millions de tonnes?). De l'autre côté, tu as Eramet qui a une usine, ici, la grosse question, c'est de savoir qu'est-ce qu'elle fait avec cette usine, à terme ? Problème de centrale, qui est posé, là, parce qu'on arrive en fin de parcours, où il va falloir rénover là-dedans. Là-dessus, il y a des choix à faire, et en même temps, on vient nous parler d'extension, on vient nous parler d'une usine à Prony, d'une reprise de la côte Est. On a l'impression que tous ces gros opérateurs-là mettent la main sur les titres miniers et les geler, mais, c'est pas les intérêts de la Nouvelle-Calédonie, ce sont les intérêts d'opérateurs qui ne sont pas les nôtres. Et c'est pour ça que je dis, moi, stop à ça, on bloque tout maintenant et on se donne, d'ici la fin de l'année, pour pouvoir rebondir là-dessus.

Journaliste : La SMSP parle tout de même d'un partenariat qui est très avantageux pour le pays, en augmentant le tonnage de nickel pour exporter sur l'usine de Corée du Sud. C'est un mal pour un bien ?Charles Pidjot : Mais, on peut faire toutes les gymnastiques qu'on veut là-dessus, on s'est pas battu pour une province, on s'est pas battu pour une société, on s'est battu pour un peuple, pour un pays. Regardez les déséquilibres aujourd'hui, quand on prend la situation, on peut les énumérer. Donc, on a fait le choix de faire un bilan des politiques publiques pour pouvoir faire une évaluation ensemble de ce qu'on a fait, y compris avec l'État. Ne pas se chercher des boucs émissaires, mais, c'est dire comment, en tant que responsable, on assume cette responsabilité, ou ces responsabilités, des choses qu'on a mis en place et on se rend compte qu'il y a beaucoup de déséquilibres. Moi, je l'ai dit, quand tu prends nos populations qui ne se fixent pas et qui ont tendance à venir dans le Sud pour venir courir après le travail, c'est quand tu fais pas grand chose dans nos provinces, ou on reste focalisé simplement sur la province, là, et puis une zone précise, on prend pas en compte l'ensemble de ces dispositions. D'où cette évaluation-là des politiques publiques, ce bilan qui est demandé, et je pense qu'à ce moment-là qu'on pourra raisonner. Je dis les choses comme ça parce que j'ai toujours l'impression, et moi, je peux le dire, parce que nous, on s'est battu pour le préalable minier, on a des morts pour le préalable minier, on s'est sacrifié pour le préalable minier, on a perdu, on a été saisi pour le préalable minier. Pendant qu'il y a d'autres qui, hier, n'étaient pas avec nous, mais qui, aujourd'hui, sont, là, aux commandes de ces outils. Hier, ils nous traitaient de "jusqu'au boutisses" et puis tout, on trichait. Eux ont triché, parce qu'aujourd'hui, ils sont à la tête de ça. Eux, je peux dire qu'ils ont triché. Mais, on se rend compte que les choses ne vont pas plus mal. C'est des choses qu'on…, décline les choses comme ça, parfois ça fait un peu mal, des fois, on hésite à trop en parler, parce que ce sont nos affaires à nous, mais il y a des choses parfois qui sont inacceptables. Je le dis comme ça parce qu'on se rapproche de la sortie et puis on a l'impression qu'il y a un joli fleuron, là-bas, il s'appelle la SMSP, il s'appelle l'usine du Nord, et puis il faut tout faire pour. Mais, ça alimente qui, ça ? Ça alimente juste un président de province, un président de la SMSP, un président de Sofinor, et puis juste une zone VKP. Moi, ça, c'est pas le pays. La raison de mon pays, il est pas là, il est ailleurs. Alors, je dis : stop là dessus. Je dis : arrêtons de faire n'importe quoi, on n'est pas là pour faire de la surenchère, on est là face au pays et on doit les relever ensemble.

Journaliste : Monsieur Pidjot, on va parler des jeux du Pacifique, pour terminer cet entretien. Le sentiment que vous avez aujourd'hui ?Charles Pidjot : Ben ça, c'est une fierté c'est une..., parce que nous, on a toujours porté le drapeau, on a porté la citoyenneté, on a porté tout. On est inscrit dans toutes les négociations, on a..., on y croyait. Et puis, c'était de combat en combat, des frustrations très fortes, beaucoup de fatigue, des pleurs et de sang versé. Et quand on voit les choses aboutirent comme ça, on souffle un peu. On souffle un peu parce que c'est..., on souffle et puis on a un peu de recule. C'est le retour sur soi, c'est la pensée des..., comment je vais dire, c'est..., c'est pas une chose que tu prends avec beaucoup de recul tout ce qui vient, là. Même si tu prends une part très importante à l'action, quand arrive le moment, tu te retires, tu te caches parce que tu as une pensée pour tous ces vieux. Eh bien, tu sais, on peut amener l'État et le RPCR à accepter tous ça. On a imposé des actes fondateurs à cette feuille de route, et, c'est la citoyenneté et les drapeaux. On avait dit après, avec Pierre Frogier, c'est que si tu es capable de lever le drapeau au même niveau que le tien, ben, on commencera peut-être, on va pouvoir se mettre au tour de la table et puis discuter. On a proposé une feuille de route, le bilan, le schéma industriel, la sortie, parce qu'eux, ce qui les intéressait, c'était la sortie. Et nous, on disait que, pour aborder la sortie, il faudrait qu'on fasse un état des lieux, savoir ou on est rendu aujourd'hui. Il faut qu'on fasse aussi un état des lieux, pas seulement des politiques publiques, mais aussi des outils, pour savoir où on est rendu, qu'est-ce qu'on a pu faire pour les développer, pour les consolider. Et là, c'est les choix qu'on a faits avec cette feuille de route arrêtée l'année dernière au dernier comité des signataires, qui a fait l'objet, encore, des discussions cette année. Aujourd'hui, on a un drapeau qui flotte tout partout, sur les stades. On a une citoyenneté, avec le corps électoral figé qu'on a réglé en 2007. Pour nous, ça faisait 9 ans qu'on se battait dessus. Beaucoup, là aussi, n'y ont pas cru, mais avec notre détermination, on a fait aboutir les choses. Il y a eu aussi la suite de la carte citoyenne, la citoyenneté aussi parce que la citoyenneté, c'est aussi des droits et devoirs. Et on parle plus de droits que de devoirs, et l'un ne va pas sans l'autre. Je veux dire, si on veut bâtir un pays, c'est aborder aussi sous ces angles-là, cette citoyenneté. On a une proposition qui a été déposée devant le Congrès, autant sur le drapeau, parce que tout le monde dit qu'il faut que cette procédure aboutisse. Aujourd'hui, nos drapeaux sont levés, mais il faut faire aboutir la procédure conformément à la loi organique. La citoyenneté, il y a une proposition aussi qui est devant le Congrès, avec une carte citoyenne. Ça a fait l'objet d'une discussion l'année dernière, comme cette année, au comité des signataires, relayée par le Premier ministre et aujourd'hui par le président de la République qui ne voient pas d'entraves à la mise en œuvre de ces dispositions-là, mais qui attendent des propositions concrètes. Nous, on a demandé à réactualiser les choses. Dans les jours prochains, notre présentation, au niveau du Congrès et du gouvernement, on fera en sorte que les choses aboutissent, je veux dire, c'est dans les tuyaux aujourd'hui. Mais là, ces jeux arrivant, c'est..., ils sont formidables parce que... et je tiens à saluer, là, Pascale Bastien-Thiry et puis l'ensemble des bénévoles de leur dévouement à ces jeux et les sportifs bien entendu parce que bon... Les sportifs, on les voit sur les stades, on les voit dans les arènes et tout. Des bénévoles, on les voit très peu, on en parle très peu mais je lance aussi ce petit clin d'œil, si tu veux, à cette partie d'encadrement au niveau de l'organisation dont on ne voit pas. Je tenais à en parler, là. Je dis aussi que bon, c'est très bien, on sent la Calédonie présente, on sent cette ambiance des jeux, on voit à travers les jeux, à travers les cris, à travers cette ambiance qu'il y a dans les stades. Et il n'y a pas de bon stade, ni de mauvais stade parce que tout partout ça équipe, tout partout les "olé" sont envoyés et je trouve ça fabuleux. Mais, l'un des moments forts a été la déclaration du président de la République à l'ouverture, parce que j'ai trouvé, là, quelqu'un de sobre, avec beaucoup d'humilité, qui n'avait pas ce discours qu'ont toujours eu nos paternalistes métropolitains quand ils venaient ici : "c'est nous qui avons tout fait, c'est nous les meilleurs et puis tout". J'ai trouvé un président de la République très simple, très humble et ça correspond à ces moments qu'on vit, là, tous les jours. Il y a une bonne ambiance, très bonne ambiance, il n'y a pas de tension, c'est fort. Et malheureusement, je dis malheureusement parce que quand on prend les résultats qu'on obtient, nous, la question qu'on peut bien se poser, c'est des jeux pour qui ? Pour que la Calédonie récupère toutes les médailles. Mais on se rend compte là, dedans, qu'il y a des efforts qui doivent être fait au niveau des autres pays et on doit aussi trouver des moyens d'aider les autres pays à développer des infrastructures et puis peut-être voir ou organiser au mieux l'encadrement sportif de tous ces pays, peut-être plus d'échanges, je sais pas. Il va falloir se pencher dessus. Le moment très fort, aussi, pour moi, c'était le défilé. Le défilé avec les deux drapeaux, quand j'ai vu ça, j'ai eu un moment de recueillement. Il y a un mec pour qui j'ai eu une pensée très forte à ce moment-là, il m'a flashé comme ça, c'est Aymar Bouanaoué. Aymar Bouanaoué, parce qu'il était à la tête de ceux qui occupaient le stade en 87 et puis qui se faisait charger par les mobiles, parce qu'on était en train de.., on s'est prononcé contre les jeux, il y a eu une tension politique et on était dans tous les meetings, les manifestations. Et le mec qui était à la tête de ça, c'était Aymar Bouanaoué, j'ai eu une pensée pour lui à ce moment- là, et, parce que je me disais, hier : tu vois, là, hier, mon frère-là, il était dehors, là-bas. On était dehors, là-bas, en train de crier, en train de se faire tabasser, parce qu'on s'est fait tabasser ce jour-là par des mobiles et puis avec d'autres. Là, aujourd'hui, on est dedans, nous, on est dedans. On est dedans et puis on est derrière le président de la République. Il y a toutes les délégations qui passent devant nous et puis il y a des belles prestations. Et ce moment, c'est l'arrivée de la délégation de la Nouvelle-Calédonie avec les deux drapeaux, tu vois. Et le moment qui vient, qui suit c'est le Aka, le Aka calédonien qui est beau parce que c'est un cri, c'est un mouvement. C'est un seul geste et là, tu vois la Calédonie se dessiner, tu dis c'est beau. C'est beau et c'est con, parce que c'est… Et on retrouve tout au long de ces jeux, c'est peut-être pour ça qu'on rapporte le maximum de médailles parce qu'on s'est donné un nouvel élan, là.

Journaliste : Monsieur Pidjot, merci d'avoir répondu à nos questions.