mercredi 18 mai 2011

MP Goyetche, présidente de l'USTKE, fait son discours lors de la marche des travailleurs le 1er mai 2011


AUX AUTORITES COUTUMIERES DE DJUBEA KAPOUMë
AUX AUTORITES COUTUMIERES ICI PRESENTES
AU COLLEGE HONORAIRE DE L’USTKE
AU COLLECTIF POUR UN DRAPEAU DU PAYS KANAKY
AUX CAMARADES TRAVAILLEURS
AUX RESPONSABLES POLITIQUES
AUX ASSOCIATIONS
AUX GENS DES EGLISES
AUX JEUNES
AU PAYS
AUX PERSONNES QUI ARRIVENT DU NORD ET DES ILES

Une pensée particulière à toutes les personnes qui ont œuvré et donné de leur vie pour les avancées sociales et qui aujourd’hui ne sont plus là.
Depuis sa création en décembre 1981 l’USTKE n’a jamais failli à son devoir de mémoire et à toujours commémoré cette date du 1er mai en défilant dans les rues de Nouméa comme il est de coutume pour tous les travailleurs de tous les pays du monde. Le 1er mai : est avant tout la journée des travailleurs !
Cette année, cette marche prend un caractère exceptionnel du fait qu’elle se situe dans l’année du trentième anniversaire de l’organisation et tous ensemble avons pris rendez vous pour fêter l’évènement en fin d’année.
Cette année, cette marche se fait également l’écho d’un mouvement populaire à travers l’appel du collectif pour le drapeau du pays Kanaky.
A tous ceux qui pensent, qui accusent l’USTKE, d’utiliser cette journée des travailleurs comme support politique, nous leur disons en premier lieu que l’USTKE, notre syndicat et nous le réaffirmons ici, ne s’est jamais caché de son engagement politique indépendantiste et c’est ce qui fait la différence avec les autres partenaires sociaux de ce pays !
Son engagement pour l’émancipation de ce pays prend aujourd’hui tout son sens à travers le drapeau kanak ; drapeau qui en juillet dernier, ne l’oublions pas, fut hissé de manière officielle au haut-commissariat, au côté du drapeau tricolore, par le 1er ministre de la république française en personne !

Ce 1er mai est aussi l’occasion de faire le point sur l’action syndicale et sur les grands thèmes d’actualité : le pouvoir d’achat qui est mis à mal par la cherté de vie ; un quart de la population vit sous le seuil de pauvreté alors que nous sommes dans un pays en pleine croissance économique mais dont les revenus sont inégalement répartis et creusent de plus en plus profond le fossé entre les classes sociales.
Avec des riches devenant de plus en plus riches et des pauvres devenant de plus en plus pauvres et, pour beaucoup des familles à la recherche de solutions pour survivre.
Pour nous, la vie chère n’est pas que le panier de la ménagère ce serait une vision trop restrictive : le logement, l’électricité, l’eau, les carburants, le transport, les assurances automobiles … Tout devient trop cher.
Au rapport PIB nous sommes le 33ème pays du monde et l’on ne couvre pas les besoins sociaux pour les plus démunis : les maisons de retraites, les handicapés, le minimum vieillesse.
Il faut donner plus de pouvoir d’achat aux travailleurs, aux ménages.

Aujourd’hui c’est l’occasion pour nous de faire passer un message fort à notre nouveau gouvernement parce que ce nouveau Gouvernement est le notre et contrairement aux autres organisations syndicales, nous lui faisons confiance et lui accordons du temps pour prendre les mesures nécessaires et lui rappeler d’œuvrer pour un mieux être des classes sociales défavorisées et surtout
de placer aussi la question sociale au centre de la politique gouvernementale, tout comme la citoyenneté et le drapeau kanak.

Il est urgent de poursuivre l’effort de :
revaloriser les bas salaires,
réactualiser l’intéressement,
instaurer la participation des salariés à la répartition des bénéfices des entreprises,
réformer de la fiscalité,
taxer l’activité minière à l’export et taxer la fuite des capitaux,
et tant d’autres mesures encore …
Nous voulons et nous attendons de la part du gouvernement et des politiques que toutes ces mesures qui avaient été annoncées, amorcées jamais concrétisées et encore moins finalisées par l’ancien exécutif deviennent une réalité.

Autre point crucial qui nous préoccupe : la protection et la promotion de l’emploi local. La loi sur l’emploi local renvoyée aux partenaires sociaux a démontré son inadaptation au travers du code ROM des métiers calqué sur le modèle français et en décalage avec le pays.
Ce répertoire des métiers sert de base pour définir les durées de résidences en fonction de l’offre et la demande mais on s’aperçoit que celui-ci produit pour effet, de verrouiller les emplois les plus qualifiés et les mieux rémunérés pour les offrir au flux migratoire.

Quant bien même la formation et la promotion professionnelles, la validation des acquis et de l’expérience, sont des dispositifs intéressants ils restent malgré tout insuffisants. Notre préoccupation est de trouver de nouveaux moyens, nouvelles formules à mettre en place pour qu’à terme, l’emploi revienne aux citoyens de ce pays.
Il devient alors impératif de définir la « citoyenneté du pays ».
Cela ne saurait mettre de coté un élément majeur de notre combat et consacré par les différents accords : le rééquilibrage en faveur des kanaks
L’échec scolaire, le manque de formation, le manque d expérience et le racisme sont des facteurs d exclusion de l’emploi.

Aujourd’hui parler du rééquilibrage dans tous les secteurs d’activités (secteur privé et secteur public confondus) devient impératif le constat est alarmant de plus en plus de jeunes kanaks sont exclus du système économique.
A ce titre, les statistiques publiées par l’ISEE dans le cadre du recensement 2009 sont particulièrement inquiétantes de notre point de vue :
- taux de réussite au bac 2009 : 54% pour les jeunes européens contre seulement 12,50% du côté des jeunes kanak et 14,2% chez les jeunes océaniens.
La spirale de l’échec continue sur le plan des études supérieures :
- quand 50% des jeunes européens décrochent un diplôme Bac+2 voir plus,
seulement 5% des jeunes kanaks l’obtiennent, oui je dis bien 5% et autant chez les jeunes océaniens.
Constat : il y a davantage de diplômés mais des clivages persistants et inquiétants entre les communautés.

De facto, on peut dire sans trop de risque de nous tromper que le système actuel produit de l’exclusion et que les politiques de formation initiale et professionnelle sont à repenser dans leurs fondamentaux.
Conséquence induite : 42% des jeunes sortent du circuit de formation initiale sans diplôme et donc sans qualification et de fait, ne peuvent postuler aux emplois qui exigent de plus en plus des niveaux de qualification et de formation.
La jeunesse kanak pour cette tranche d’âge des – de 26 ans est concernée a raison de 60 à 70%.
On assiste donc à une inadéquation entre l’offre et la demande.

Il y a aujourd’hui s’impose une impérieuse nécessité de réfléchir et de mettre en place rapidement des dispositifs d’insertion professionnelle pour ces jeunes qui regardent chaque jour passer le wagon de la croissance : situation qui génère inévitablement de la frustration voire de la colère.

Le Pays dispose d’un atout formidable : sa jeunesse qui représente une part importante de sa population.

A toute la jeunesse du pays soyez fort et confiant, nous avons besoin de vous, le Pays a besoin de vous.

Notre souhait est de la voir réussir dans la vie, de la voir s’épanouir et s’appuyer sur elle pour la construction de Kanaky avec les autres jeunes des autres communautés qui sont aussi concernées.
Notre jeunesse doit être le reflet d’une société plus juste.
Notre souhait est de dire que si notre jeunesse a la volonté de réussir et nous pensons qu’elle l’a, alors les outils d’accompagnement « formation-insertion-accès aux responsabilités » doivent être au rendez-vous et produire leur effets et enfin, la jeunesse ne sera plus regardée dans la dimension « problèmes » mais beaucoup plus comme une des solutions porteuses d’avenir dans la construction de KANAKY.
Merci à ceux et celles qui ont contribué à la réussite de cette journée et,

Vive l’USTKE,
Vive le drapeau Kanak
Vive Kanaky !