mercredi 4 mai 2011

Pour aller au bout du chemin tracé par JM TJIBAOU...

Lu dans Les Nouvelles Calédonniennes du 05/4/11 page 2. (OPINION)Des propos tenus par une jeune calédonienne (le père n'est autre que le président de la fédération des pionniers).


Un espoir pour le Vivre ensemble ! merci de diffuser sans modération Pourquoi les drapeaux kanak et français seront les drapeaux du pays. En 1984, j'avais 4 ans. Des événements, je garde des souvenirs très précis. Les serviettes que mon père mettait sous la porte afin de na pas laisser entrer les gaz lacrymogènes dans notre maison (...). Ce sont aussi ces images de manifestants kanak affrontant les forces de l'ordre sur la place des cocotiers : (...) c'était la peur des autres, des kanak.

La peur de vivre dans un pays coupé en deux (...). A la mort de Jean-Marie Tjibaou, je me souviens très bien d'avoir pleuré. Je me souviens de l'atmosphère très lourde qui régnait en ville le lendemain de cette terrible nouvelle ; le ciel de Nouméa ressemblait au vers de Baudelaire : "Quand le ciel est bas et lourd pèse comme un couvercle". Cette histoire et cette peur, je les ai comprises bien plus tard, une fois grande. J'ai compris que dans les années 80, longtemps après la complète abolition du statut de l'indigénat, les kanak n'étaient encore que des sous-hommes qu'un bon nombre de Blancs prenaient pour des bons à rien, des flemmards d'autochtones qui devaient déjà être bien contents d'être Français. Lors des Evénements, les Blancs ont enfin regardé les Noirs, même si c'était pour s'y opposer.

Enfin, ils les regardaient, au moins. De cette histoire, il est resté un drapeau. Le drapeau du FLNKS, le drapeau devenu le drapeau kanak, (...) aussi et surtout en 2011, le drapeau de l'affirmation d'une identité culturelle. Et c'est bien ce changement connotatif qui prouve que cette lutte a réussi.Les Evénements n'ont pas été vains. L'identité kanak flotte désormais à côté (et non pas en dessus ou au-dessous) de l'identité française. Joli pied de nez à l'Histoire. Que certains ne se reconnaissent pas dans ce drapeau, c'est tout à fait leur droit.

Mais qu'ils n'acceptent pas qu'il soit hissé à côté du drapeau français, je ne le comprends pas. Nier le drapeau du FLNKS, c'est nier l'histoire de ce pays. C'est jeter un voile pudique sur les Evénements, sur les accords de Matignon et sur l'accord de Nouméa.

Voilà vingt ans que le drapeau kanak aurait dû être hissé. En le hissant, c'est le poteau central de la case que l'on a planté dans la terre. Moi, je suis fière de voir ces deux drapeaux flotter l'un à côté l'autre. De voir mon identité française, cette culture immense et ces valeurs magnifiques flotter à côté de mon identité océanienne, dont je suis tout aussi fière.

Oui, je me reconnais tout autant dans le drapeau français que dans le drapeau kanak, et ce n'est pas une vue de l'esprit. Oui, notre histoire est commune et cela fait cent cinquante ans que nos destins se sont mêlés. Oui, nous devons accepter le drapeau kanak tout comme les kanak ont dû accepter le drapeau français. A nous, les autres groupes culturels, de nous approprier ce drapeau, d'y voir notre soleil, notre mer, de voir en cette flèche faîtière le sommet de la grande Case commune que nous construisons.

Et tout cela pour boucler la boucle de l'Histoire.

Pour aller au bout du chemin tracé par Jean-Marie Tjibaou. Pour commencer, enfin, le destin commun.

Eve-Marie Veyret