dimanche 28 août 2011

Roch WAMYTAN, réelu à la tête de la première assemblée du pays !

En publiant l'interview de Roch WAMYTAN sur la radio indépendantiste, Djiido, qui s'est déroulé le jeudi 25 août 2011, Naku press revient sur la réélection de l'ex-chef du groupe FLNKS au Congrès. Sa première élection datée du 1er avril 2011 avait été annulée par le conseil d'Etat, suite à un recours formulé par Calédonie Ensemble, le parti de P. GOMES, l'ex-président du gouvernement.
Retranscription...

Journaliste : Monsieur le Président, bonjour et merci d'avoir accepté notre invitation.
Rock Wamytan : Bonjour !

Journaliste : Votre sentiment, aujourd'hui, une semaine après avoir été installé à la présidence du Congrès de la Nouvelle-Calédonie :
Rock Wamytan : Mon sentiment, c'est tout d'abord de la satisfaction, par rapport à notre objectif dans le cadre du partenariat que nous avons initié, nous, le groupe FLNKS au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, avec le Parti travailliste, le Rassemblement UMP et l'Avenir ensemble, dans la continuité des décisions qui ont été arrêtées au comité des signataires de juin 2010, notamment sur un certain nombre de questions, dont le double drapeau, le drapeau FLNKS, donc le drapeau du pays kanak flottant à côté du drapeau français, et notamment pour ce grand événement que nous allons vivre dans quelques jours, les 14e jeux du Pacifique, mais aussi les différents comités de pilotages qui ont été arrêtés depuis l'année dernière, pour la mise en œuvre de l'Accord de Nouméa, et puis la préparation de la sortie de cet Accord, puisque nous arrivons tout doucement à la fin du processus de l'Accord de Nouméa, ouvert en 1998, et bien sûr 99, avec la mise en place des nouvelles institutions, dont le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Donc, dans ce cadre-là, nous avons décidé ensemble puisque, dans les discussions que nous avions eues, deux partis, nous indépendantistes, et eux, non indépendantistes, nous avions constaté, d'une part, cette volonté d'aller ensemble pour accélérer la mise en œuvre de l'Accord de Nouméa et de trouver les voies et les moyens nécessaires pour que la population de la Nouvelle-Calédonie, qu'on appelle la population concernée, soit préparée au mieux à l'exercice de leur droit à l'autodétermination, soit en 2014 ou en 2018 ou 2019. Donc, cette conjonction des volontés entre les deux groupes politiques constitue le fondement ou la base de ce partenariat. Je préfère appeler par ce terme de partenariat entre, d'un côté le Rassemblement UMP et l'Avenir ensemble, et de l'autre côté, le FLNKS au Congrès et le Parti travailliste. Nous sommes ensemble, nous n'avons signé aucun accord, il y a aucun accord qui a été signé entre nous, il y a eu aucune alliance de négociation. C'est une conjonction des volontés par rapport à une seule et unique chose qui reste notre feuille de route : c'est l'application de l'Accord de Nouméa.

Journaliste : Est-ce que vous pensez que les militants indépendantistes progressistes vont comprendre ou comprennent cette démarche ?
Rock Wamytan : C'est pas une démarche qui est facilement compréhensible, puisque le fonctionnement politique des institutions est fait ainsi. C'est partout pareil, dans les grandes démocraties, c'est la même chose. Quand on est à droite, on n'est pas à gauche, et quand on est à gauche, on n'est pas à droite. Alors, c'est toujours compliqué d'appréhender une démarche qui consiste à se mettre ensemble pour diriger un pays. On trouve ce cas d'espèce…, c'est rare dans le monde démocratique. Et c'est vrai qu'à partir du moment où, pour des raisons qui nous sont propres, puisqu'il s'agit quand même de la Nouvelle-Calédonie avec sa situation spécifique, avec son histoire particulière, sa population composée de différents peuples qui se sont installés ici avec nous, les Kanaks mélanésiens, c'est vrai qu'à première vue, ça semble un peu compliqué, et souvent, pour éviter de se poser des questions, les gens vont dire, par un raccourci facile : ils sont en train de magouiller. Alors qu'en fait, il ne s'agit pas de ça. Il s'agit, en fait, de se mettre ensemble pour pouvoir porter cet Accord de Nouméa. L'Accord de Nouméa, je rappelle quand même, c'est un accord qui a été signé par ces deux groupes-là, donc, d'une part, les indépendantistes et d'autre part, les non indépendantistes, et le troisième partenaire, l'État français. Donc, c'est nous trois qui avons signé ensemble. Alors, c'est dans la continuité de cet état d'esprit de 88, donc, la signature de l'Accord de Matignon et 98, la signature de l'Accord de Nouméa, que nous avons décidé ensemble de porter cet Accord jusqu'au bout, et de donner un coup d'accélérateur, de booster cet Accord de façon à ce que arrivions à mettre en place l'ensemble des dispositions qui ont été prévues, et notamment l'ensemble des transferts, qui ont, effectivement, pris du retard, par la faute des uns et des autres. C'est aussi bien la faute des indépendantistes que la faute aussi des non indépendantistes. Je rappelle qu'entre 99 et 2004, c'était bien le Rassemblement qui, à l'époque s'appelait le RPCR, qui avait une large majorité pour appliquer au mieux cet Accord. Il y a eu effectivement des failles. Nous les indépendantistes, on n'est pas en reste aussi. On a aussi notre part de responsabilité. Je pense qu'on s'est dit qu'on va arrêter de nous renvoyer la responsabilité et on s'est mis ensemble et on s'est dit : qu'est-ce qu'on fait maintenant de cet Accord ? On le met en place ou on le met pas en place ? Nous avons décidé ensemble de le mettre en place.

Journaliste : Pour l'indépendantiste que vous êtes, être dans ce levier de décisions, de pouvoir, c'est nécessaire, parce qu'on est à quelques années seulement de la sortie de l'Accord de Nouméa
Rock Wamytan : En tout cas, ce sont les remontées que j'ai, à part quelques nostalgiques conservateurs de la droite, disons ultra conservatrice, ici, dans le pays, il en reste quand même encore. La majorité des gens, et notamment nous, les Kanaks, la majorité des gens, ils sont très contents qu'il y ait un indépendantiste qui soit à la tête d'une des institutions principales de la Nouvelle-Calédonie. Je pense que ça, il ne faut pas le nier, et je le sens, parce que quand je discute avec les uns et les autres, je sens que le comportement de beaucoup de gens, vis-à-vis de moi, depuis que je suis président du Congrès, ces comportements ont changé. Ça veut dire que les gens sont contents, ils sont contents qu'il y ait un indépendantiste, comme ils ont été contents de voir le drapeau, notre drapeau, le drapeau porté par le FLNKS, qui est le drapeau du pays kanak, flotter à côté du drapeau français. C'était une immense joie, l'année dernière, et il fallait voir, ceux qui ont vécu ces événements-là, que ce soit au Mwa Kaa, au sénat coutumier, et ensuite au haussariat, il fallait voir cette joie dans le cœur, exprimée par un certain nombre de comportements, des gens, quand ils ont vu ce drapeau, et notamment, je parle des Kanaks. On ne peut pas nier ça. Donc, à partir de là, ça engage le président du Congrès que je suis, c'est-à-dire que je n'ai pas le droit, maintenant, de décevoir cet espoir ou cette attente qui est né de cet acte politique majeur, que je reconnais, qui est venu plus, effectivement, de la part du groupe Rassemblement UMP – Avenir ensemble que de nous, mais que nous avons accepté, de mettre quelqu'un issu de la mouvance indépendantiste à la tête du Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Donc, il ne faut pas les décevoir. C'est-à-dire qu'il y a un espoir qui est là. Il y a un certain nombre de dossiers ou de préoccupations de la population qui doivent être…, auxquelles il faut répondre par des décisions que nous devons pendre, ici, au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, concernant notamment la question de la vie chère, puisque c'est une problématique importante. Il ne faut pas qu'on arrive à décevoir, non seulement moi, mais mon groupe politique, le groupe FLNKS au Congrès, l'UC et le Parti travailliste, le Palika, le RDO, l'UPM etc. Je me dois, je suis content, vis-à-vis de toute cette attente, de répondre aux aspirations légitimes exprimées par cette partie de la population, qui a exprimée sa joie de voir un indépendantiste à la tête du Congrès.

Journaliste : Comment vous allez travailler avec les minorités, parce qu'il y a des groupes qui sont très minoritaires. Est-ce que vous allez prendre en compte cette minorité-là ?
Rock Wamytan : La démarche que j'essaye d'impulser au niveau du Congrès, c'est ce que j'ai décrit lors de mon discours d'investiture, le 19 août dernier, lorsque j'ai rappelé les principes qui doivent être les nôtres. Ces principes doivent guider l'action politique de tout élu, quel que soit son groupe auquel il appartient. Indépendantistes d'un côté, non indépendantistes de l'autre, voilà. Et je pense que ce sont des principes de base qu'il nous faut mettre en place. J'ai rappelé notamment la question du respect que nous nous devons entre nous, les élus, respect envers nos populations qui nous ont conduits là, parce que nous ne sommes pas propriétaires de nos postes, ici. Ce sont les populations qui nous ont élus qui sont propriétaires de ces postes-là. Et nous leur devons ça, répondre, défendre leurs intérêts et améliorer leurs conditions de vie. Et je crois que j'ai particulièrement insisté sur ce principe du respect, respect de l'institution, l'institution du Congrès, comme le gouvernement. Ces institutions-là ne doivent pas être instrumentalisées. Nous avons connu cela, de la part d'un parti politique, depuis le mois de février, et je l'ai dit : c'est pas quelque chose qui peut augurer de choses positives pour l'avenir. C'est pas avec ce genre de démarches, en instrumentalisant les institutions, qui vont nous permettre de répondre au mieux aux attentes des populations et d'appliquer au mieux les dispositions de l'Accord de Nouméa. Et j'ai dit aussi qu'il nous faut nous impliquer plus dans les dossiers, parce que je vois, j'ai constaté que certains élus sont élus, donc ils sont à ces places-là, à ces postes-là, mais ils ne s'impliquent pas suffisamment dans leurs dossiers. Ils font de la politique à la petite semaine et ils ne sont pas suffisamment engagés dans l'étude des dossiers et dans les analyses qu'on attend d'eux, finalement, pour faire en sorte que les débats puissent se dérouler au mieux, pour arriver, soit à des compromis, des consensus, ou alors à des majorités d'idées sur un certain nombre de dossiers. Et j'ai rappelé aussi, qu'il nous faut, chaque élu, avoir un comportement citoyen exemplaire, de façon à ce qu'on ne nous reproche pas qu'on est à ces postes-là, qu'on dispose de revenus confortables, et puis qu'on ne fout rien. Il faut arrêter de voir des élus se saouler la gueule dans les hôtels et se faire remarquer dans les populations. J'ai dit aussi qu'il fallait donc que les uns et les autres s'appliquent à avoir une bonne gouvernance dans la gestion de nos affaires. C'est par rapport à ces principes-là que j'ai rappelé, au cours de mon discours d'investiture, que nous devons maintenant agir, parce que nous avons énormément de travail à faire, mais nous ne pouvons pas agir n'importe comment. Il y a un minimum à respecter dans le cadre de notre action politique, et c'est ce à quoi je vais veiller plus particulièrement, au niveau du Congrès, par rapport au travail des élus. Pour répondre à la question : moi, je pars du principe que chacun des 54 élus du Congrès de la Nouvelle-Calédonie a sa place, a toute sa place, qu'il soit de Calédonie ensemble, du Rassemblement UMP, du RPC ou de l'UDC ou du groupe UNI, etc., chacun a sa place. Et donc, je ferai en sorte, j'ai commencé à le montrer déjà en présidant les débats de vendredi dernier, j'ai exprimé par mon attitude que la parole est ouverte à l'ensemble des 54 élus. Donc, chacun doit s'exprimer, mais suivant notre règlement intérieur, et notre règlement intérieur, il est clair : chaque élu a le droit de s'exprimer, le temps qu'il faut, bien sûr, dans un délai raisonnable, il a le droit de prendre la parole deux fois sur chaque sujet. Et j'y veillerai à respecter le droit de la parole des élus de façon à ce qu'ils puissent s'exprimer librement et, ensuite, une fois que le débat est arrivé à son terme, je soumets le texte à l'ensemble des 54 élus et les uns et les autres vont voter en fonction de leurs aspirations propres et de leur vision.

Journaliste : Comment voyez-vous le travail que vous allez effectuer entre les différentes institutions, entre le Congrès, les provinces, le gouvernement mais aussi les communes, par exemple ?
Rock Wamytan : Le travail du Congrès, il est fixé par les textes. Le Congrès est chargé de l'examen et du vote des textes dans le cadre de sa fonction délibérative ou législative, en ce qui s'agit des projets des lois du pays. Les projets de délibération ou les projets de lois du pays, bien sûr, sont préparés par l'exécutif. C'est l'exécutif qui nous transmet ces textes-là, et en fonction des compétences qui sont les nôtres, donc les compétences de la Nouvelle-Calédonie, nous examinons ces textes-là, et nous les votons. Ce qui veut dire qu'il faut une bonne cohésion, il faut assurer une bonne cohésion entre le Congrès de la Nouvelle-Calédonie et le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Du fait que ce sont deux groupes qui partagent les mêmes démarches, puisque Harold Martin, président du gouvernement et de l'Avenir ensemble, et moi, ici, du groupe FLNKS au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, nous sommes dans ce partenariat, donc ça devrait faciliter les choses, et on ne devrait pas revivre ce qu'on a vécu depuis 2009, entre 2009 et 2011, c'est-à-dire les luttes interminables entre deux groupes politiques, Calédonie ensemble par Philippe Gomès, président du gouvernement, et Harold Martin qui était président du Congrès de l'Avenir ensemble. Je pense qu'on ne devrait pas revivre tout ça, donc, ça devrait faciliter la bonne circulation des textes entre les deux institutions, et puis, faciliter, ensuite, les débats et l'adoption des textes. Vous parliez des communes et des provinces. Ils ont des compétences qui sont les leurs, ce sont des collectivités locales, ils ont des compétences. Si ces collectivités-là ont des dossiers particuliers à soutenir dans le cadre des politiques qu'ils mènent au niveau des communes ou des provinces, bien sûr, ils nous font remonter tout ça, par leurs représentants, soit au niveau du Congrès, soit au niveau du gouvernement. Mais j'estime aussi qu'il y a une cohésion à trouver entre les provinces et les communes. Et d'ailleurs, j'attendais que la situation se stabilise au niveau du Congrès de la Nouvelle-Calédonie, pour faire ma tournée. Donc, je vais faire ma tournée, je vais rendre visite, dans les semaines qui viennent, à l'ensemble des trois présidents de province. Je vais commencer par la province Nord, la province des Îles, et la province Sud, pour avoir une discussion avec les présidents de province et voir dans quelle mesure nous pouvons faciliter le travail entre nos collectivités. Ce sera pareil avec les grandes communes. J'essayerai, dans les mois qui viennent, d'aller vers les maires de nos communes de façon à avoir des discussions aussi avec eux, pour pouvoir faciliter la circulation de l'information et faciliter la circulation, ou en tout cas l'examen des dossiers qui les concernent plus particulièrement.

Journaliste : Face aux différentes organisations syndicales, il y a eu un signe fort la semaine dernière, de la part des différentes institutions, des éléments de réponse au collectif contre la vie chère. Pour rappel, que propose le Congrès au collectif contre la vie chère ?
Rock Wamytan : C'était une proposition qui avait été formulée par l'intersyndicale lorsqu'elle est venue rendre visite, discuter avec les différents groupes politiques représentés au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, et aux formations politiques aussi, qui ne sont pas constituées au niveau du Congrès. Les responsables de l'intersyndicale ont tenu à rencontrer l'ensemble des responsables pour que le Congrès, puisque c'était leur demande, puisse mettre en place dans un délai rapproché, par rapport à cette grande marche qu'ils ont organisée dans la ville de Nouméa, au mois de mai, que le Congrès puisse rapidement mettre en place une commission spéciale qui prend en compte toutes les problématiques relatives à la lutte contre la vie chère, puisque c'est une préoccupation majeure des populations, et notamment des populations bénéficiant de revenus les moins élevés, ou celles qui n'ont pratiquement pas de revenus, parce que, effectivement, la vie chère est un souci pour les familles, un réel souci pour les familles. C'est une problématique qui est difficile, qui est complexe, parce qu'elle met en œuvre des tas de paramètres dont, souvent, les élus, eux-mêmes, n'ont pas la maîtrise. Un exemple simple : nous vivons essentiellement sur les produits qui sont importés, mais les élus de la Nouvelle-Calédonie n'ont aucune maîtrise sur ces prix, puisque les prix sont formés ailleurs, en dehors de la Nouvelle-Calédonie. On peut avoir une possibilité d'action, notamment sur les marges, ou par le biais de la fiscalité, lorsque c'est produit en Nouvelle-Calédonie. Mais, voilà, c'est juste un exemple qui nous montre que les élus que nous sommes n'avons pas la totale maîtrise. Sinon, on aurait déjà combattu la vie chère depuis longtemps. Je pense que ce qu'il faut dire, c'est que c'est une préoccupation qui est aussi partagée par les élus. Il faut pas croire. Parce que souvent, on nous dit : oui, mais les élus s'occupent pas, parce qu'ils ont des bons revenus. Ils sont des consommateurs aussi, ils sont logés à la même enseigne, et puis, ils ont pas des si hauts revenus que ça. Ça veut dire que c'est une préoccupation qui est aussi partagée par les élus. Et nous avons effectivement pris en compte leur demande. Au mois de mai, juin, je les avais reçus, ici, au Congrès, en tant que président du Congrès, et je leur avais dit à ce moment-là, parce que je les ai reçus à deux reprises, que je vais consulter l'ensemble des groupes politiques constitués au Congrès, pour leur demander leur avis sur la mise en place de cette commission. Après, je vais passer les détails, parce que c'est un peu compliqué, parce que, entre temps, il y a eu l'invalidation de mon élection du 1er avril, Calédonie ensemble a repris les rênes avec Léonard Sam, le président par intérim, avec toute la salade qui vient avec, c'est-à-dire les bagarres internes et tout ça, là. Ce qui fait qu'on a pris du retard. Mais ce qu'il faut dire à ceux qui nous écoutent, c'est que le vendredi, 19 août, dans l'après-midi, le Congrès de la Nouvelle-Calédonie a fait deux choses importantes. Première chose : il a voté la création de cette commission spéciale au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, il a voté la composition de cette commission, avec les syndicats, l'État, les élus, et nous avons nommé nos représentants dans cette commission, et nous avons demandé au gouvernement de finaliser le texte, le projet de délibération qui va créer cette commission. C'est ce qui a été fait par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, pas plus tard qu'hier. Donc, ce texte va revenir devant la commission législation-réglementation et la commission de la réglementation fiscale. Donc le texte va revenir lundi prochain sur cette question-là, devant ces deux commissions, et le Congrès va voter ce projet de délibération le 1er septembre. Et comme nous aurons encore un mois, un mois parce que c'est le délai qui nous a été donné par l'intersyndicale, preuve, s'il en est, quand même, que nous prenons en considération les demandes de cette intersyndicale, nous avons un mois pour finaliser ces accords et nous mettre en œuvre, fin septembre, dans le délai qu'il nous restera à travailler, donc nous allons arriver à mettre en place ces accords économiques et sociaux, tels que demandés par l'intersyndicale.

Journaliste : S'il y a un dossier sur lequel vous allez vous pencher prochainement et le plus rapidement, c'est quoi ?
Rock Wamytan : Il y a un dossier, enfin c'est une préoccupation aussi, c'est le budget, parce que le travail du Congrès de la Nouvelle-Calédonie, c'est bien de voter les budgets. Donc, je peux annoncer, mais on l'a déjà fait, puisque le budget supplémentaire devait être voté le 19 août, mais il n'était pas encore tout à fait prêt, nous avons replanifié la séance plénière, et ce texte est prévu pour passer le jeudi 1er septembre 2011 à 14 h. Donc, là, il s'agit du budget supplémentaire de la Nouvelle-Calédonie pour l'année 2011, un budget qui a été bâti à partir du compte administratif de 2010. Ce sera examiné, le 1er septembre, donc la semaine prochaine. C'est important de le dire parce que normalement c'était prévu de le faire dans le cadre de la session administrative qui se termine le 29 août, c'est-à-dire lundi. Bon, compte tenu de l'actualité, notamment avec la venue du président de la République, ouverture des jeux, etc., on a recalé tout ça pour le 1er septembre. C'est un texte important. Nous allons voter aussi le projet de délibération relative à la réforme globale de la fiscalité. Ça, c'est un projet qui est porté maintenant par l'ensemble des groupes politiques du Congrès de la Nouvelle-Calédonie.

Journaliste : Les indépendantistes ont été très actifs sur cette question.
Rock Wamytan : Je vais parler en tant qu'indépendantiste : la réforme de la fiscalité, les indépendantistes la réclame depuis 25 ans. Il faut pas oublier que l'impôt sur le revenu, l'IRPP a été mis en place par le gouvernement Tjibaou de 82-84. Donc, il a fallu une volonté politique forte, à l'époque, avec Jean-Marie Tjibaou et la FNSC de l'époque, pour pouvoir entamer des réformes structurelles au niveau de notre économie, par le biais de la réforme fiscale. Ça, c'est un signe fort qui a été donné à l'époque. Maintenant, plus personne ne parle de l'impôt sur le revenu. Vous savez que nous sommes, au niveau des collectivités de la République française, je pense, la collectivité qui paye le mieux ses impôts. Quand on regarde le taux de réalisation au niveau de l'impôt sur le revenu, je crois que les Calédoniens, ils sont à près de 80 % ou 90 % déjà qui payent leurs impôts. On ne resquille pas, on n'essaye pas de tricher. Oh, il y a toujours des tricheurs, mais en général, le Calédonien, c'est vrai, il a réagi face à la mise en place de l'IRPP de l'époque, mais maintenant c'est passé dans les mœurs, et les gens payent leurs impôts, tout simplement. C'est pour dire que nous, les indépendantistes, à l'époque, nous avons toujours insisté sur la réforme de la fiscalité.

Journaliste : Et maintenant ?
Rock Wamytan : Et maintenant, l'ensemble des autres groupes politiques nous ont rejoints, et nous sommes en train de mettre en place tout un planning de travail et de réflexion, au fond, pour moderniser l'économie et rendre plus juste l'impôt par le biais de ces réformes de la fiscalité.

Journaliste : Il y aura la venue du président de la République française, monsieur Nicolas Sarkozy, très prochainement. Un petit mot sur cette visite :
Rock Wamytan : Ce sont des visites normales que doivent effectuer les présidents de la République puisque, pour le moment, la Nouvelle-Calédonie est un territoire français et important, c'est un territoire qui a sa place dans l'ensemble de la République française, donc il est tout à fait normal, à un moment donné, durant leur mandat, que les présidents viennent rendre visite à leur territoire. Moi, je vois ça comme ça. Mitterrand était venu, je crois, une fois, Giscard d'Estaing était passé aussi, la dernière fois c'était Jacques Chirac. Jacques Chirac était passé en 2003. Là c'est Nicolas Sarkozy, à quelques mois de la fin de son mandat…

Journaliste : … campagne électorale…
Rock Wamytan : Oui, mais vous savez, quand un président de la République se déplace, il se déplace pas comme ça. C'est-à-dire, c'est toujours pensé, réfléchi, et les déplacements des présidents de la République, que ce soit dans les territoires métropolitains ou dans les territoires d'outre-mer, ces déplacements répondent à des stratégies politiques. Ça, c'est sûr. Est-ce que, à quelques mois des élections présidentielles…, évidemment, il va sûrement développer, ici, des thèmes porteurs pour sa campagne électorale. Il va parler, par exemple, des thèmes de la sécurité. S'il vient parler des thèmes de la sécurité, c'est pas complètement neutre, quand même. Bon, c'est vrai que nous sommes confrontés à ce problème-là, le problème de la délinquance de notre jeunesse, ici, en Nouvelle-Calédonie, mais c'est un thème aussi qui l'a fait élire, en 2007, et qu'il va peut-être reprendre pour se faire élire en 2012. Ce sont des stratégies qui rentrent dans le cadre de la préparation de la campagne électorale. Mais je pense qu'il vient aussi pour les jeux du Pacifique, puisqu'il a couplé son déplacement avec l'ouverture des jeux du Pacifique, pour affirmer un certain nombre de choses. Je ne sais pas ce qu'il va dire, on va l'écouter attentivement, à son discours devant les 3500 athlètes, samedi soir, au stade de Magenta. Donc, il va délivrer un discours, là, et il va donner aussi un discours, dans le Nord, sur des thèmes qui intéressent évidemment la Nouvelle-Calédonie, qui intéressent notre avenir aussi. Parce qu'il est important aussi de savoir, en tant que président de la République, mais aussi en tant que futur candidat, il est important pour nous, de savoir quelle est sa vision, quelle est la vision du plus haut personnage de l'État français et, sûrement candidat pour 2012, sur quelle est sa vision sur le devenir de la Nouvelle-Calédonie. Je pense que c'est important, dans la mesure où ce sera aussi une problématique majeure pour nous, les responsables politiques locaux de la Nouvelle-Calédonie, dans les années qui viennent. Donc, c'est toujours important d'avoir la vision du président de la République française, puisque pour le moment, la Nouvelle-Calédonie est un territoire français. Je crois que nous attendons beaucoup de cette visite à ce niveau-là. C'est important qu'un président de la République puisse sentir un pays. Je pense que c'est important pour lui. Il a jamais mis les pieds ici, en Nouvelle-Calédonie, depuis qu'il est président de la République. Il était déjà venu ici, ça devait être en 1998, il était venu participer à des meetings organisés, à l'époque, par le RPCR. Je l'avais reçu, à l'époque, j'étais président du FLNKS, et je l'avais reçu, ici, pour discuter justement sur l'Accord de Nouméa.

Journaliste : Et aujourd'hui, vous allez le recevoir en tant que président du Congrès.
Rock Wamytan : Oui, voilà, 13 ans plus tard, c'est en tant que président du Congrès. C'est quand même une fierté, parce que, au-delà de la politique, des fois on est d'accord, des fois on n'est pas d'accord, mais bon, c'est vrai qu'il a quand même donné des signes politiques forts, même si je ne suis pas toujours d'accord, en tant qu'indépendantiste, de la politique menée par Nicolas Sarkozy, il nous a quand même donné des signes politiques très forts. Déjà en 2007, lorsqu'il a relancé le processus de l'Accord de Nouméa, et notamment le processus de transferts de compétences, qu'il a relancé avec le Premier ministre Fillon, en 2007, 2008, 2010, je pense que c'était quand même un signe très fort pour la Nouvelle-Calédonie, quand il a relancé le processus. Le signe concernant la montée du drapeau FLNKS, l'année dernière, voilà un signe très fort. La mise en place des comités de pilotage, et notamment le comité de pilotage sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, voilà encore un autre signe fort. Donc, je pense que c'est quelqu'un qui, malgré qu'il n'est pas de notre famille politique, si je me place en tant que FLNKS, il n'est pas de notre famille politique, il a montré, en tout cas, que, malgré tout ça, il nous a donné satisfaction sur un certain nombre de points politiques importants que nous défendons, nous. Maintenant, la suite nous dira ce que nous ferons, ou en tout cas quel type de partenariat nous aurons avec Nicolas Sarkozy.

Journaliste : Les derniers jeux du Pacifique c'était en 1987, dans le pays. Aujourd'hui on se retrouve avec jeux du Pacifique, ici, la paix. Il y a une très grande différence avec 1987. C'est quoi votre sentiment ?
Rock Wamytan : Les jeux du Pacifique, ça doit être une grande fête du sport, pour nous, les Océaniens. Nous sommes pour le moment, sous souveraineté française. Demain, nous sommes indépendants ou nous sommes dans une indépendance association ou dans un autre cadre, de très large autonomie. La Nouvelle-Calédonie accueillera toujours les jeux du Pacifique, puisque les jeux du Pacifique, on les a accueillis en 1966, en 1987, en 2011. Dans 15 ou 20 ans, les jeux reviendront ici, quel que soit le statut de la Nouvelle-Calédonie. Pour moi, c'est pas lié à la politique interne de la Nouvelle-Calédonie, les jeux du Pacifique. Par contre, c'est une grande fête du sport, et c'est un événement majeur dans la mesure où la Nouvelle-Calédonie, en accueillant les jeux du Pacifique, confirme sa volonté de s'insérer dans ce monde qui est le nôtre, qui est le monde océanien, qui est le monde Pacifique. Moi, je vois comme ça, l'importance majeure de cet événement, événement sportif, fête du sport, bien sûr, mais aussi signe ou confirmation que la Nouvelle-Calédonie est partie prenante de ce monde-là, qui est le monde océanien, qui est le monde Pacifique. Et nous devons être fiers d'accueillir nos frères océaniens, frères de la Mélanésie, puisque la Nouvelle-Calédonie fait partie du monde mélanésien, des frères polynésiens, des frères micronésiens, puisque ce sont nos jeux. Nous sommes du Pacifique, nous sommes Océaniens. Nous faisons partie de cette partie du monde. Et je pense que c'est important de le redire que nous faisons partie de ce monde océanien, parce que souvent…, nous sommes bien sûr accrochés à la France, accrochés à l'Europe. La France et l'Europe, c'est à 18 mille km, c'est quand même un peu loin. Le Vanuatu, il est à 600 km d'ici, Fidji est à 1500 km, l'Australie est à peine à 2000. C'est notre monde. C'est pour ça qu'il faut que toute la Calédonie accueille les 3500 athlètes qui seront là avec nos athlètes pour dire que c'est notre monde et que nous fêtons ensemble le sport et ces olympiades, comme disaient les Grecs à l'époque, voilà cette grande fête du sport dans le Pacifique. La note politique que je mettrai, moi, c'est …, elle est là, elle est là-dessus, c'est-à-dire que la Nouvelle-Calédonie, elle fait bien partie de l'Océanie. Voilà, la Nouvelle-Calédonie est mélanésienne, la Nouvelle-Calédonie est océanienne. D'ailleurs, ce que je vais dire, demain, puisque demain, Nicolas Sarkozy nous reçoit au haussariat, et parmi les personnalités, je fais partie des personnalités qui vont s'exprimer devant le président de la République, et ils m'ont proposé de m'exprimer sur la place de la Nouvelle-Calédonie dans le Pacifique, dans ce monde océanien, et ça tombe bien avec les jeux du Pacifique.

Journaliste : Monsieur Wamytan, un dernier message aux Calédoniens ?
Rock Wamytan : Après ces mois de déstabilisation que nous avons connus, plus ou moins orchestrés par des groupes politiques, depuis le mois de février jusqu'à maintenant, les institutions sont désormais en ordre de marche, et nous sommes maintenant opérationnels, et nous avons, en tout cas, moi-même, ici, au Congrès, en tant que président de cette institution, j'ai la ferme volonté de faire avancer maintenant les dossiers, ici, au niveau du Congrès, les dossiers qui nous viendront du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, pour appliquer au mieux l'Accord de Nouméa, bien sûr sur la question du transfert de compétences, notamment, mais faire en sorte que nous allons nous préoccuper réellement des conditions de vie de nos populations, parce que c'est ce qu'on nous a reproché depuis six mois. C'est que nous nous sommes empêtrés dans nos batailles et dans nos luttes intestines, fratricides, interminables, et nous ne nous sommes pas occupés des conditions de vie des gens parce que les gens de la Nouvelle-Calédonie, nos populations, nos frères, nos sœurs, souffrent de beaucoup de maux qui sont donc identifiés, et ils se retournent à chaque fois vers les élus, puisque nous sommes là pour cela, ils nous ont portés à ces postes-là pour cela. Donc, je leur dis : ayez confiance en nous, nous allons prendre en main toutes ces problématiques qui sont les vôtres, qui sont les nôtres, et nous allons travailler pour faire en sorte d'améliorer vos conditions de vie.

Journaliste : Monsieur Wamytan, merci d'avoir accepté notre invitation.
Rock Wamytan : Merci Romain, et merci à Djiido.