mardi 30 août 2011

UGPE et le Comité Economique et Social

Note synthétique de l’UGPE à l’attention du Comité Economique et Social.

La santé, la sécurité et la prise en compte du handicap au sein des établissements scolaires de Nouvelle-Calédonie
LA SANTE et LA SECURITE :
Actuellement, avec le transfert de compétences, cette question de la santé scolaire a été fortement négligée. L’UGPE a souvent, par ailleurs, dénoncé le grand vide qui prévaut dans le domaine de la santé scolaire/médecine scolaire. Par ailleurs, le calendrier scolaire et le rythme de la journée calqués sur la France déséquilibrent le rythme biologique des enfants. D’autre part, Il nous semble important, en matière de santé de parler des menus pratiqués dans les restaurants scolaires du pays. Enfin, nous remarquons aussi que le nombre de postes d’infirmiers, de psychologues, d’assistante sociale et autres personnels de santé est fortement sous évalué pour le pays. Ainsi dans le domaine des infirmières scolaires, il n’y a que 33 postes pour tous les collèges et les lycées publics du pays. Très souvent les infirmières sont obligées de couvrir plusieurs établissements ce qui nuit à leur efficacité.

LA MISE EN PLACE D’UNE VERITABLE MEDECINE SCOLAIRE :
Comment fonctionne la santé scolaire actuellement en Nouvelle Calédonie ? Actuellement C’est la DASS qui détient la compétence de la SANTE SCOLAIRE, mais il semble qu’il y a glissement de responsabilités sur chacune des 3 provinces qui se contentent elles aussi de glisser sur les dispensaires (ou circonscriptions médicales déjà surchargées .....) et tous les médecins spécialistes sont encore trop cantonnés sur le Grand Nouméa (avec quelques exception dans le Nord ....) d’où les grandes inégalités .que nous constatons.
Nous saluons le travail des équipes médicales des CMS qui tentent d’assurer au moins 3 visites médicales durant les années de primaire des enfants (CP – CE2 – CM2), mais sommes nous sûrs que dans toutes les communes ces visites sont effectuées ?
Par contre nous sommes scandalisés par l’abandon par l’Etat de sa responsabilité en matière de santé scolaire pour ce qui est du secondaire. Actuellement, les enfants entrant en classe de sixième tombent dans le vide laissé par l’Etat en matière de suivi médical !
Une trentaine d’infirmières tentent, tant bien que mal, d’assurer un suivi et de parer au plus pressé, mais le chantier est énorme et les parents d’élèves souhaitent qu’à l’occasion de ce transfert, un véritable effort soit effectué pour assurer à tous les enfants du secondaire, une visite médicale annuelle ou au moins une visite tous les deux ans ! Nous nous interrogeons également sur le pilotage de la médecine scolaire au niveau du pays.

L’UGPE demande qu’un rattrapage important soit effectué dans ce domaine pour assurer aux enfants de bonnes conditions d’accueil et rassurer les parents.
Nous pensons également aux retards importants qui se sont cumulés en ce concerne l’accueil des enfants handicapés : aussi bien pour les handicaps physiques que mentaux. Là aussi un rattrapage et une remise à niveau des établissements doit être prévu ! Nous demandons qu’une étude complète soit menée pour les autres handicaps visuels, auditifs, etc afin d’évaluer les besoins de personnels spécialisés.

Un transfert des compétences qui ne va pas assez loin :
Actuellement, les services de l’Etat et de la Nouvelle Calédonie travaillent sur les 4 conventions qui seront signées afin d’organiser concrètement le transfert des compétences du second degré public et privé de l’enseignement primaire privé. La question de la santé scolaire est traitée dans la convention « relative à l’organisation d’un service unique de gestion » des compétences entre l’Etat et la Nouvelle Calédonie. Dans cette convention, la partie relative à la santé scolaire fait l’objet du 4° alinéa de l’article 3. Il stipule, « en matière de santé scolaire, le service unique est notamment chargé de veiller à la protection de la santé en milieu scolaire par l’organisation des visites, des contrôles et des examens médicaux des élèves. Il contribue à la prévention des mauvais traitements ».

Ce champ d’action, qui est directement recopié de celui qui prévaut en France, nous semble vraiment insuffisant, et surtout ne prend pas du tout en compte la spécificité des problèmes de santé auxquels les familles, les enfants, et l’institution scolaire sont confrontés.

En effet, nous aurions souhaité qu’il soit fait mention des problèmes très particuliers de la petite enfance (nez qui coule, otites, détection des problèmes de vue, etc.), des problèmes relatifs à l’adolescence avec l’insuffisante place qui est laissée à la prévention des conduites à risque dans nos établissements (cigarette, alcool, cannabis, etc.)

- La santé scolaire c’est aussi d’améliorer les situations de mauvaise santé et d’hygiène qui perturbent la scolarité des petits enfants par exemple : La gale, Les poux
Pour ces problèmes ce n’est pas seulement à coup de slogans qu’on parviendra à résoudre ces problèmes mais par une amélioration de l’habitat en brousse, en squat... C’est aussi par un programme de formation sur l’hygiène de base en partageant la vie des habitants... donc, intervention à domicile, partage de savoir faire, éducation populaire pour mobiliser la population à se prendre en charge... C’est tout cet esprit que l’on ne retrouve pas dans les conventions qui organisent le transfert des compétences de 2012.

Au final, QUI VA PILOTER LA SANTE SCOLAIRE APRES 2012 ? L’UGPE est très inquiète car

Calendrier scolaire et rythme chrono biologique des enfants :
La question du calendrier scolaire et du rythme de la journée d’école sont débattus en ce moment. Effectivement ces questions sont importantes et ont une incidence directe sur le niveau de santé, de stress, de fatigue de nos enfants à l’école.
La plupart des études médicales en conviennent, le rythme actuel est beaucoup trop stressant et fatiguant pour les enfants. Malheureusement, le projet actuel du gouvernement, qui a lancé une grande consultation sur le futur calendrier scolaire de la Nouvelle Calédonie pour 2013 ne prend pas en compte le point le plus sensible : le rythme de la journée qui influe directement sur l’état de fatigue et de santé des enfants.
Six heures de cours en primaire,
Sept heures de cours en collège,
Huit heures de cours en lycée, voilà le rythme auquel nos enfants sont astreints. A Cela il faut ajouter les temps de transports qui souvent ajoutent de la fatigue.

L’UGPE, demande, en conformité avec la plupart des études relatives aux rythmes chrono biologique des enfants que, le calendrier de l’année soit revu, mais aussi l’emploi du temps de la semaine et celui de la journée. L’idée principale est simple : Il convient de réduire le temps des vacances, notamment celui des grandes vacances et de réduire les heures de présence en classe. Cela suppose de revoir la politique des transports des enfants, les activités proposées aux familles après l’école, etc.

Dans cet état d’esprit, l’UGPE est favorable à une remise à plat du système actuel qui doit permettre de mieux respecter le rythme des enfants et de respecter également les obligations coutumières et culturelles des familles kanak et océaniennes. En effet, les travaux des champs s’effectuent à une certaines période de l’année (notamment les champs d’ignames) et les mariages sont également sources de connaissance pour nos enfants. Il importe donc de revoir tout cela, même si le chantier s’avère ambitieux et nécessitera sans doute plusieurs ajustements, nous en sommes bien conscients.

Des inégalités qui affectent principalement les enfants kanak :
En matière de santé scolaire, il convient de distinguer d’une part les provinces Nord et Iles, encore insuffisamment équipées et dotées en personnels et la province Sud, relativement bien suivie. Mais à l’intérieur des Provinces il faut encore effectuer une distinction entre d’une part l’enseignement public et l’enseignement privé. Ce dernier, en Province Nord et en Province des Iles Loyauté ne compte absolument aucun personnel de santé et tout est laissé à l’appréciation des équipes médicales dans les dispensaires ou bien à la diligence des équipes enseignantes ou d’éducation qui accompagneront tel ou tel enfant jugé malade. Or, on le sait, dans ces deux provinces, les écoles et collèges du privé scolarisent près de 40 % des enfants de ces provinces et qui plus est ce sont quasiment tous des enfants kanak.

En termes de chiffres, pour l’année 2010 cela représente plusieurs milliers d’enfants qui ne bénéficient pas d’un suivi régulier et qui risquent de cumuler, année après année des déficiences pouvant engendrer des difficultés de compréhension et de moins bons résultats scolaires :

Province Privé ou Public Effectifs primaire Effectif secondaire
NORD Public 4766 enfants 3 380 enfants
NORD Privé 2 633 1 741
ILES Public 2 063 1 449
ILES Privé 1 605 1 159
TOTAL

On ne soulignera jamais assez la grande inégalité selon les provinces et même à l’intérieur de chaque province...
à Ouvéa par exemple la prévention et les soins dentaires sont largement insuffisants,
Les soins de kiné aussi pour les enfants en situation de certains handicaps, pour des gênes respiratoires...
L’orthophoniste, n’en parlons pas.... Ce manque d’orthophoniste est crucial sur tout le Pays, même à Poindimié où l’offre de soins est très supérieur à celui d’Ouvéa et peut-être Maré...

A Poindimié par exemple, le dépistage des caries dentaires au collège se fait par tirage au sort... Nous pensons que le nombre de dentistes, exerçant actuellement en brousse et aux Iles, ne permet pas d’assurer un contrôle dans toutes les classes 1 fois par an

LA SECURITE /l’amiante :
Depuis quelques années, Le dossier de l’amiante ressort dans les médias et les administrations du Vice Rectorat ont bien été obligées de reconnaître que beaucoup d’établissements étaient insalubres car amiantés.
Malheureusement, les travaux et les études ne se déroulent jamais dans la transparence et les parents sont obligés de se battre pour obtenir les rapports sur les bâtiments. Ainsi pour Jules Garnier où des travaux ont été engagés, beaucoup de membres du personnel et les parents ne sont pas rassurés et soupçonnent les bâtiments d’être encore amiantés. Nous avons obtenu le rapport du Vice Rectorat et avons été surpris de constater que les mesures sur le taux d’amiante dans l’air étaient faites portes et fenêtres fermées !
Les fédérations de parents d’élèves demandent une véritable transparence dans ce dossier avec la tenue d’une table ronde publique avec les représentants des élèves, du personnel, le Vice Rectorat et une autorité médicale neutre sur cette question. Il convient également de revoir la réglementation au niveau de l’amiante et de la mettre aux normes européennes ou internationales selon le principe de précaution.

LA QUESTION DE L’ALIMENTATION des ENFANTS :
Actuellement, les enfants dès qu’ils sont scolarisés bénéficient bien souvent du service de cantine et de restauration scolaire mis en place par les institutions. Dans l’ensemble, nous estimons que ces services de restauration sont de bonne qualité, cependant, nous regrettons qu’il ne soit pas fait suffisamment de place aux fruits et légumes du pays dans les menus.

Combien de fois par an nos enfants mangent-ils des ignames, des taros, des maniocs, des patates douces, des feuilles, qui ont constitué le menu de générations et de générations de kanak et d’Océaniens qui sont arrivés en bonne santé jusqu’aux portes du XXI° siècle avec ce que la nature et le travail de la terre leur a donné. Or, actuellement, nous constatons que le riz, les pâtes, les pommes de Terre, les haricots, occupent les menus de toutes les cantines du pays.

Dans un souci de bonne alimentation, de développement de l’agriculture biologique et endémique, l’UGPE souhaite que progressivement et en concertation avec les acteurs du monde agricole les menus de toutes les écoles, collèges et lycées du pays prévoient des fruits et légumes du pays au moins une fois par mois pour commencer, puis une fois par quinzaine et enfin une fois par semaine au minimum !

Dans le même esprit, l’UGPE préconise la mise en place de jardins dans chaque école du pays, afin de permettre aux enfants, aux équipes enseignantes et en lien avec les parents d’élèves, de garder ce lien très important avec la Terre et le travail concret des champs.

LA PRISE EN COMPTE DU HANDICAP :
Dans ce domaine l’UGPE soutient les efforts des associations qui militent pour une véritable prise en compte du handicap dans les structures scolaires existantes. On ne peut nier que depuis 5/6 ans des efforts ont été accomplis dans ce domaine, mais il convient de les poursuivre en améliorant notamment :

- La détection des enfants souffrant de déficiences, même légères,
- La communication avec les familles,
- L’information des équipes enseignantes, car parfois l’intégration d’un enfant handicapé peut s’avérer difficile du fait des blocages de certains personnels,
- Les possibilités de poursuites d’études pour ces enfants, qui de fait, disparaissent en quasi-totalité des établissements scolaires à partir de l’âge du lycée, ce qui pose un véritable défi en terme de valeur fondamentale : d’équité face à la réussite scolaire.