mercredi 11 janvier 2012

Quelques rendez-vous manqués à la démarche unitaire depuis mai 2009… au Congrès

Journaliste : Pendant toute cette période, vous étiez encore au Palika. Est-ce que les débats ont été vifs au sein du Palika, entre ces deux positions…, est-ce que vous vous êtes vraiment opposés ?

Sylvain Pabouty : Jusqu'à présent, depuis mai 2009, même jusqu'à cette année, j'ai jamais manqué un seul congrès, comme toujours d'ailleurs, une seule assemblée générale, où j'ai essayé de défendre la position des anciens camarades du Palika Sud, et même, quand il y avait des demandes d'explications, de clarification, on a toujours apporté notre point de vue, et ça n'a pas suffit apparemment, et en même temps, quand on nous disait que si on se reconnaît pas dans les positions du Palika, la porte était ouverte. Effectivement, il y a un cumul de points de divergences qui, pour nous étaient importants, parce que l'objectif, pour nous, c'était qu'il fallait être offensif durant cette période de 2009 à 2014, pour pouvoir arriver en 2014 dans des conditions assez favorables, parce que là, il fallait être offensif, il fallait se battre sur un certain nombre de dossiers. Pour nous, les institutions constituent des leviers, pour répondre aux préoccupations des gens. Par exemple, la province Sud, c'est très important pour pouvoir être auprès des populations, de relayer leurs préoccupations auprès de l'assemblée de la province Sud.

C’est un extrait d’un interview sur une radio locale de Sylvain Pabouty, élu du Congrès et de la Province Sud sous l’étiquette du FLNKS…

Au-delà des questions de fond, notamment sur la stratégie, on peut se contenter de relever des divergences se rapportant à une actualité institutionnelle concernant précisément le Congrès de la Nouvelle Calédonie.

Le 9 mai 2009, des militants de l’UC et du PALIKA confectionnent au dernier moment une liste, nommée Ouverture Citoyenne. Certains d’entre eux avaient d’abord entamé des négociations qui ont échoué avec des forces de droite, notamment Calédonie Ensemble…

Avant l’installation des nouveaux élus au Congrès, dans une réunion organisée par le BP FLNKS, Joseph Goromido, porte-parole des élus UNI annonça que ces derniers ne constitueront pas avec les autres élus du FLNKS un seul groupe en dépit des décisions de la convention du FLNKS du 29 janvier 2009 à la tribu de St Paul (Thio). Dans la lancée, le maire de Koné indique que le groupe UNI présentera sa propre liste au Gouvernement.

Le groupe FLNKS a donné un avis défavorable au projet de modification de la loi organique du 19 mars 1999 parce qu’il avait prévu, entre autres, de « glisser » certaines compétences inscrites à l’article 21-III (sécurité civile, droit civil, droit commercial) à l’article 27. Autrement dit, de glisser d’un transfert obligatoire vers un transfert hypothétique… Et, cela sous prétexte de consensus (mou !) exprimé lors d’un comité des signataires tenu à Paris le 8 décembre 2008 et d’un souci de réalisme et de progressivité (Ah, la belle affaire, dira Rosières à l’assemblée nationale…). Le Conseil d’Etat s’opposera à ce glissement et le parlement lui emboîtera le pas !

Même si elle a été votée à une large majorité (dont le groupe UNI) le 30 décembre 2009, la loi du pays sur l’emploi local dans le secteur privé a été renvoyée pour une seconde lecture suite au recours déposé par le groupe FLNKS du Congrès conformément à l’article 103 de la loi organique. Parce qu’elle ne donnait pas la priorité de l’emploi aux citoyens.

Le 27 juillet 2010, c’est à l’unanimité que le congrès a adopté la loi amendée sous les formes suivantes : « à conditions de qualification et de compétence égales, l’employeur est tenu de donner la priorité au citoyen de la Nouvelle-Calédonie ». Par citoyen, il faut comprendre les inscrits sur la liste électorale spéciale pour le scrutin provincial, suivant la définition de l’article 4 de la loi organique.

Paradoxalement, ce revirement de situation a été initiée par le président de l’assemblée de la Province Sud, Pierre Frogier et non d’un autre groupe…

En février 2010, contre toute attente, Pierre Frogier propose que les deux drapeaux, français et kanak, soient levés côte à côte sur tous les bâtiments institutionnels du pays. Cette initiative, évidemment, ne fait pas l’unanimité au sein du camps loyaliste ; Calédonie Ensemble en fait même un cheval de bataille électorale en vue des législatives de juin 2012. Dans le monde indépendantiste et kanak, toutes les personnalités, les organisations politiques indépendantistes, les institutions coutumières approuvent cette initiative. Sauf le Bureau Politique du Palika…

Suite à la chute du Gouvernement Gomès en février 2011, le Bureau Politique du FLNKS prône une démarche unitaire dans le cadre de la constitution d’une seule liste au gouvernement rassemblant toutes les forces nationalistes. Sous prétexte d’être acculé devant un fait accompli, le PALIKA refusera la proposition de démarche unitaire…

L’élection d’un indépendantiste au Congrès 34 ans après, est le résultat de la soit disant Alliance tant décriée par certains. Il a été élu une première fois le 1er avril 2011, mais Calédonie Ensemble, pour des raisons futiles, a entamé un recours devant les tribunaux. Soutenant cette démarche, le porte parole du PALIKA qualifiera cette arrivée de celui qui assumait jusqu’alors la fonction de chef de groupe au perchoir du Congrès d’élection illégale ! Après une invalidation par le conseil d’Etat le 18 juillet, il sera réélu le 19 août 2011…
Non content d’être débarqué de la présidence du gouvernement en février 2011, le mouvement Calédonie Ensemble mit en place sa stratégie de déstabilisation des institutions ; d’abord au niveau du gouvernement et ensuite, au niveau du Congrès. Cette stratégie, peu constructive et devenue de plus en plus agaçante, n’aura pas trouvée d’écho favorable ni auprès de l’Etat français ni devant les tribunaux… sauf auprès du groupe UNI.
Dans le cadre du renouvellement de la présidence et du bureau du Congrès le 19 août, le groupe FLNKS a proposé une démarche unitaire auprès des groupes indépendantistes. L’initiative a été refusée et pourtant, elle constituait d’une part, à proposer un candidat unique pour la présidence et, d’autre part, à constituer une liste unitaire pour le bureau.
Néanmoins, cela n’a pas empêché au le groupe FLNKS et les élus du PT de voter en faveur de Nadia Héo pour le poste de secrétaire du Congrès. Par contre, le groupe UNI a préféré voter Gérard Poadja au poste de questeur ce qui a torpillé les chances de la candidature de Sylvain Pabouty qui avait présenté sa candidature… Faut-il préciser que Nadia Héo était absente à ce moment là ? Un peu plus tard, le groupe FLNKS a voté encore Nadia Héo, alors toujours absente, pour la présidence de la commission Fonction Publique…


«Depuis six mois, nos institutions ont été malmenées, avec les élections de ce jour, elles sont désormais en ordre de marche et donc opérationnelles. Nous n’avons plus de temps à perdre désormais, il nous faut maintenant nous mettre au travail dans la sérénité et l’apaisement, conditions pour que ce travail soit efficace.» C’est un extrait de la déclaration de Roch Wamytan lors de sa réélection à la tête du Congrès le 19 août 2011.

Nous espérons que cet appel soit entendu par tous. Même si nous savons que d’ici 2014, la mise en application de l’Accord de Nouméa risque d’être perturbée par des stratégies politiciennes en vue des prochaines échéances électorales.