samedi 11 décembre 2010

Congrès du Front de Libération Nationale Kanak Socialiste (FLNKS): DES RESOLUTIONS POUR RENFORCER SON ORGANISATION...

Un mois avant ce week end des 4 et 5 décembre, comme à son habitude, la presse locale de droite a fait des siennes en semant le doute sur la tenue de ce congrès. Bien sûr que tout le monde (suivez mon regard...) espère que le FLNKS ne puisse pas se ressouder – on a même entendu par radio cocotier qu’il s’agirait du congrès de la mort du FLNKS (sic!). Mais, malheureusement pour elle, le congrès a bien eu lieu avec un état d'esprit constructif (sans langue de bois !). Les motions ont été largement diffusées sur la toile et dans les médias. Certaines voix dans les chaumières calédoniennes murmureront : « les Kanak savent se retrouver quand ils veulent ! ».

La tenue de ce congrès confirme quelque part, que finalement nos divergences portent sur la forme, mais sur le fond nous sommes tous d’accord. Et si ces divergences sur la forme ont pris le dessus, à tel point de venir nourrir le discours contre l’indépendance ; cela est dû au fait que derrière les différentes responsabilités à assumer dans le portage de nos revendications, il y a des hommes. Or, comme dans toute société, parfois la détention du pouvoir peut alimenter une certaine avidité, ce au détriment de l’intérêt général.
Mais les militants du Front ont su se surpasser pour accepter et participer en masse à ce 29e congrès. Le lieu : Dumbéa, c’est là où le même FLNKS n’a pas pu terminer dans de bonnes conditions son congrès en 2003. Bien sûr que les médias ont bien gardé cela en mémoire pour le rappeler dans les jours précédents ce 29e congrès.

Le FLNKS porte une revendication de dignité. C’est une cause noble pour l’avenir d’un peuple qui ne demande qu’à être libéré de la domination coloniale. C’est cet aspect du combat qui restera le socle de notre détermination, d’où la capacité de faire taire les «caprices» circonstancielles pour ne voir que l’essentiel.

A l’heure où les clairons commencent à sonner la sortie vers une nouvelle nation, les langues délirent pour déjà prédire le statut du futur pays – le FLNKS durant ce 29e congrès a réaffirmé son statut de MLN (Mouvement de Libération Nationale), et sur le même ton, il re-confirme qu’il s’inscrit bien dans le processus de décolonisation engagé par l’accord politique qu’il a signé avec la puissance de tutelle : la France avec son corrollaire, la droite locale.

Mouvement de libération nationale, c’est ainsi que le FLNKS est considéré par les instances internationales de l’ONU. Ce n’est pas un hasard que ce statut est ressorti à ce congrès. La réflexion sur la recherche d’une cohésion interne au sein du mouvement peut paraître comme une exigence de ce statut re-confirmé. Oui, ce n’est pas encore le moment de se disperser, pour continuer à jouer à la petite démocratie autour de l’option indépendantiste. Il est temps d’organiser et d’anticiper l’effet d’entonnoir, un état de fait classique constaté à la veille, d’une transformation qualitative. 2014, ce sera le scrutin d’autodétermination, c’est ce qu’on lit en filigrane dans certaines déclarations, mais cela est dit avec des mots pour alimenter un sentiment de peur.

L’Etat français reconnaît que l’option indépendantiste demeure très forte dans le pays. Cela a été véhiculé aussi par les médias, hormis les interprétations que l’on peut faire d’une telle opinion ; le FLNKS, qui a bien voulu signer l’Accord de Nouméa, a choisi de travailler cette opportunité de circonstance, pour renforcer ses instances, afin de pouvoir marquer une assiduité et un suivi de tous les dispositifs qui sont mis en place pour préparer la sortie de l’Accord de Nouméa. Le FLNKS a décidé d’une autre organisation pour sa communication. La fonction de porte parole est mise en veilleuse en attendant la nomination d’un président à son prochain congrès en 2011. Il a acté également le principe de renforcer sa direction qu’est le Bureau Politique, s’agissant des réflexions commandées par les comités de pilotage mis en place dans le cadre des échanges sur l’avenir du Pays ou encore des dossiers stratégiques dans l’application de l’Accord de Nouméa.

Nous ne pouvons que saluer ces résolutions pour une meilleure prise en charge du travail. Le FLNKS est un front avec plusieurs partis ayant chacun sa propre ligne politique, donc la composition, la reformulation, le consensus constituent de fait, le tremplin des réflexions pour la formulation définitive d’une position. Le FLNKS a réussi tant bien que mal à le faire. Mais l’approche des grandes échéances ou encore à l’aube de l’émergence d’un nouveau pays dans le concert des nations, il est aussi traversé par des interprétations politiques sujettes à discussion. La question de l’ouverture aux autres communautés vivant sur le territoire, a été engagée et positionnée pour être approfondie dans une prochaine réunion. La discussion, le débat, le dialogue sont autant de support communicatif que le Front se doit d’emprunter pour continuellement assainir ses réflexions.

Kanaky possède une richesse naturelle qui fait d’elle, on a envie de dire « la perle rare » dans l’océan Pacifique. Elle est donc l’objet de convoitise des grands pays qui se partagent le monde. Et, depuis les débuts du combat pour l’indépendance, le peuple kanak a eu à faire à l’un de ces grands pays, qui entend bien garder un pied dans cette région du Pacifique. Le FLNKS en est bien conscient et son 29ème congrès a positionné des perspectives de travail pour aborder la fin du processus dans de bonnes conditions, en respectant à la fois l’objectif qui animé le combat pour la dignité du peuple Kanak, mais aussi l’accueil des autres communautés dans la Kanaky de demain. Un des socles de la civilisation kanak, c’est le lien, le peuple Kanak saura mettre à profit ce champ civilisationnel pour consolider sa parole, et aller vers les autres pour la construction d’une futur nation fondée sur le respect de l’autre, le partage et la solidarité.

Naku press : le 12/12/2010 (Mise en ligne à 9h12)