PAR LES TEMPS QUI COURENT !!!
Après le Covid , les crises économiques et financières qui ont bousculé le monde , les nations révisent leur copie et parfois se retournent vers l'essentiel. Des concepts autrefois considérés comme conservateurs, refont surface dans l'énoncé de certaine stratégie : le nationalisme , la souveraineté . L'hypermondialisation faisait tomber les frontières , à un tel point que le national est négligé voir même parfois réprimé ...
En kanaky , la révolte de Mai 2024 , sur fond politique , finalement invite le pays à reconsidérer sa politique de développement. La course à la croissance qui a été le guide suprême du développement économique , a oublié quelque part qu'il y a des êtres humains sur la route. La situations ainsi crée après le 13 mai , fait ressortir des concepts comme : solidarité , l'entraide, la résilience , comment faire avec ce que l'on a !!! Le manque de médecin invite la population à se retourner vers la nature pour se soigner , et l'on retrouve ici des citations telle celle de Pierre RHABI : "La nature offre à la fois ce qui nourrit le corps et le guérit , émerveille l'âme , le coeur et l'esprit ".
Naku press , dédie ces quelques lignes à ceux qui veulent prendre leur responsabilité face aux difficultés de la vie . C'est simplement notre part dans la réflexion globale qui traverse bien des sociétés par ces temps soit disant modernes ...
Publication : Naku press le 1 février 2025
La cordyline : Cp /NP |
A PEINE QUELQUES JOURS APRES LA JOURNEE INTERNATIONALE DE LA LIBERTE D EXPRESSION !!!
Les conflits ouverts qui font la une de l’actualité , et les conflits latents mais que les caméras et les micros ne s’y intéressent plus car déjà connus du grand public , ou encore des conflits plus subtils qui exposent d’autres moyens de combat , ce sont autant de situation qui questionnent la capacité , la pertinence et la persévérance de la presse à savoir leur parution avec les moyens matériels et humain dont ils disposent , leur ligne éditoriale , leur financement , leur amplitude de vente sur le marché ….. Et chacun de ses éléments conditionnent énormément leur survie.
Ainsi dans la presse depuis ces dernières 24 heures on apprend que la chaine de télévision Al jazira est interdite de diffusion sur le territoire israelien . On sait que cette chaine est entièrement financée par le Qatar. Ces programmes sont soupçonnés d’incitation à la haine contre les juifs … Pour ces raisons , le gouvernement israélien en a décidé ainsi.
Hong kong cette fois -ci a vu la fermeture d’une librairie qui commençait à être un lieu de rencontre et de débats littéraires . Cette librairie a vu le jour en 2018 au lendemain des manifestations hostiles à la main mise de Pékin sur Hong Kong. La devanture de librairie Mount Zero , proclamait : « Les idées sont à l’épreuve des balles » . Alors que cette librairie était le symbole de l’esprit hongkongais, fondé sur des idées et des cultures , ce 31 mars 2024 , le site Hon Kong Free Press a assisté à la dernière journée d’ouverture Mount Zero. Mount Zero affirme avoir fait l’objet de nombreuses pressions. Dans un cahier placé à l’intérieur de la librairie , on peut lire le message suivant : « Les livres mettent toujours du piment dans la vie ».
Naku press : publication du 06 mai 2024
La cordyline : Cp /NP |
DE LA FALSIFICATION DE L INFORMATION !!!!
Quand on parle de Fake news , les yeux se tournent en premier lieu sur les réseaux sociaux. Mais les médias traditionnels ont aussi leur version fake news c'est ce que l'on appelle la falsification de l'info. On donne une version erronée d'un évènement , pour continuer à maintenir les masses dans l'ignorance de la réalité réelle des faits . La mobilisation de ce samedi 13 avril 2024 à Nouméa ( portant sur pour ou contre l'élargissement du corps électoral ) fait écho dans toutes la presse nationale française et internationale. Mais voilà la réalité c'est qu'il y a eu deux manifestations pour défendre des positions diamétralement opposées , et donc la question du nombre était importante . Entre le souci de vouloir maintenir un équilibre , qui au fil du temps a bougé, eh bien on va minimiser la mobilisation des indépendantistes pour ramener les chiffres de l'autre mobilisation à un même niveau , pour qu'il n'y ait pas de perdants. On peut comprendre qu'il s'agit là d'un choix pour dire : n'envenimons pas les choses , restons simplement sur le fait que chacun est descendu dans la rue pour défendre ses couleurs. Mais à côté de cela , certains médias ont pris partis , en affichant des chiffres falsifiés à un point de déformer la réalité. C'est un danger pour l'opinion publique , car ce sont des mensonges qui vont passer pour des vérités. Alors que par principe un média doit d'abord s'assurer de la véracité de l'info , avant d'en faire la diffusion. Comme l'instantané a pris le dessus dans le traitement de l'information , chacun devra vérifier l'info qu'on lui donne , et à chaque fois faire la part des choses en recoupant plusieurs sources traitant du même sujet.
Naku press glisse ici une alerte quant à ce danger quotidien par rapport aux flux d'info que nous recevons soit par les réseaux sociaux , soit par les médias de masse , qui on le sait se font le relais , des gouvernants invisibles. A chacun sa responsabilité d'aller vérifier l'info avant de faire des analyses ou des observations.
L'arme de la communication est très puissante , comme les dangers qu'elle peut représenter peuvent faire du mal , voire même contribuer à la destabilisation politique d'un pays. La vigilance est de mise.
Naku press : Edition du 15 avril 2024
La cordyline : Cp /NP |
A TOUT EVENEMENT UN LEXIQUE !!! A chacun de faire le décryptage
Comme évoqué dans nos précédentes éditions , ces deniers temps , le peuple est appelé à manifester dans les rues , car les discussions dans les arènes politiques n’avancent plus et donc chacun a besoin de montrer l’impact de ce qu’il défend dans l’opinion publique . C’est un peu ce qui se passe en ce moment dans le pays au regard des discussions en cours sur l’avenir institutionnel. L’Etat qui fait le forcing pour passer son plan sans trop tenir compte des positions notamment des indépendantistes , a gagné le qualificatif : d’un Etat sourd et impartial. Hier c’était le top : Côté indépendantiste : on a entendu : le dégel du corps électoral , c’est la mort du peuple kanak … D’un autre orateur : Backes et sa bande sont des pantins , ce qui compte pour nous c’est d’ouvrir les discussions avec l’Etat français …. Côté non indépendantiste : « Paris entendons- nous « va scander la chef de fil des loyalistes ., quant au député Metzdorf : « Nouméa ville trop petite aujourd’hui pour accueillir la France du bout du monde. Le droit du sans doit être supprimé , les 3 référendums respectés et le corps électoral dégelé »…. Un anonyme du camp anti indépendantiste : ce n’est pas une démarche contre le peuple kanak , mais ce n’est pas normal que nous n’ayons pas ce droit de citoyen. Ce n’est pas normal que nous n’ayons pas les mêmes droits qu’ailleurs ….
Comme évoque le titre d’un ouvrage sur la communication non violente de Marschall B. Rosengerg : « Les mots sont des fenêtres ou bien ce sont des murs. »
Naku press : Edition du 14 avril 2024
La cordyline : Cp /NP |
L'ALCOOL , le mauvais compagnon !!!
Encore et encore , des plateaux dédiés à ces sujets dont la société , avec ses belles cathédrales d'idées , de suggestions , n'arrive pas à trouver le bon endroit où placer le curseur. Parce que l'alcool est d'abord une marchandise qui rapporte de l'argent à certains , et de cette lecture, on aura compris , que ce sera tout de la responsabilité du seul consommateur , de savoir qu'une consommation abusive est néfaste pour la santé . Pire parmi les moyens que les gouverements mettent en place pour réduire la consommation , c'est d'instaurer une taxe , mais finalement qui ne fait aucun effet , ou très timide sur le taux de consommation . Bref, c'est peut être d'abord comprendre pourquoi une personne boit jusqu'à être ivre , et presque en permanence. Celui qui remplace le bol de café le matin par une boite de bière , c'est peut être que d'emblée , il refuse de voir la réalité en face , mais quelle réalité ? A cette question , on trouvera différentes réponses suivant les milieux , mais dans la plupart des cas , cela cache un mal être . Et là s'ouvre le chemin vers l'histoire même de la personne , parfois au delà du simple effet d'entrainement ( je bois pour faire comme mon cousin ) . C'est le petit jardin privé de chacun qui est interrogé . Si ce jardin accepte qu'on ouvre le portail , il pourra partager ses mystères et enfin nous permettre de comprendre pourquoi "je bois jusqu'à être ivre " Tout cela pour conclure sur ces termes : sortir du cercle infernal de l'alcool est d'abord une affaire de volonté individuelle , pour accepter le caractère anormal de la consommation abusive d'alcool avec toutes les conséquences que l'on connait. L'effort collectif , ne peut être efficace qu'avec l'aide de l'effort individuel.
Et on en revient à cet bel adage : " tu es le seul maitre de ton destin"
Naku press : Publication du 27 avril 2023
DERRIERE LES MEDIAS CHARGES DE FABRIQUER UNE OPINION SE CACHE UN GOUVERNEMENT INVISIBLE !!!!
TRES SOUVENT UNE MINORITE DE PERSONNES ….
Par les temps qui courent , l’opinion publique est de fait happée par diverses versions des faits. Et comme depuis avec la popularité des réseaux sociaux comme sources d’information très populaire , les propagandes, la désinformation , a vrai dire les manipulateurs des masses sont au top , avec ce qui se passe dans le monde : la guerre de l’Ukraine , les mouvements en France : à commencer par les gilets jaunes, et actuellement ce soulèvement populaire contre la réforme de la retraite . Lorsque l’on connaît ceux qui tiennent les cagnottes de chaque média, on a un peu de mal à croire à 100% aux versions que certaines chaines de TV ou de radio nous déversent chaque jour au nom de la soi disant information.
Effectivement que dans une démocratie , la manipulation consciente , intelligente ,des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important. Et justement ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige vraiment le pays ( dixit Edward Bernays) . Et l’organe executif de ce gouvernement invisible est la propagande. Ce mécanisme qui permet la diffusion à grande échelle des idées. Soit au sens large , tout effort d’organiser pour propager une croyance ou une doctrine particulière.
Naku press : Publication du 1er avril 2023
Les Nouvelles calédoniennes , une page qui se referme !!!
La fin d’une aventure !!! Le Groupe Melchior qui gérait jusque là le seul quotidien de la place , a déclaré forfait en demandant sa liquidation . Ce soir au JT de Nc 1ère on annonce 120 salariés remerciés. Est-ce la mort définitive des Nouvelles Calédoniennes , c’est la question que l’on se pose. Mais la mécanique juridique offre parfois plusieurs perspectives, qu’il peut nous réserver une surprise comme par exemple , Les Nouvelles Calédoniennes nouvelle version qui sait ?
Nous avons eu l’expérience de Tahiti presse , qui a fait la une , croulant sous ses dettes à mis la clé sous le paillasson, mais qui quelques semaines plus tard, a refait son apparition dans les tabacs et kiosque à Papeeté.
Masi au-delà de ces mécaniques juridiques, il y a la question simplement du financement des médias. Les collectivités publiques frileuses pour le coup , abandonne ce chapitre au secteur privé, le seul moyen d’offrir l’opinion à une seule éditoriale , celle d’un patron qui aura ses opinions , et surtout comme seul objectif , « se faire du fric ».
C’est devenu un sujet de recherche , d’aller fouiner et de savoir qui est derrière cette revue , ce quotidien ou encore cette chaine de Télévision. Evidemment que dans la plupart du temps on retrouver les gros milliardaires de cette planète.
Pour revenir sur notre sujet , l’opinion calédonienne est un marché attractif , du fait que l’évolution politique du pays fait beaucoup parlé , et avec le sujet phare du moment : l’avenir institutionnel , beaucoup de citoyens sont à l’affût de l’information . Et en même temps on a un calendrier électoral qui justement met en exergue simplement cette nécessité de convaincre l’opinion publique . Bref. Donc un marché qui peut attirer des investisseurs.
D’ici quelques temps on saura le fin mot de l’histoire.
Naku press : publication du 12 mars 2023
DES MOTS POUR DIRE UNE EVOLUTION !!!!!
OU DES MOTS POUR FAIRE TAIRE DES CONVICTIONS !!!!
Depuis toujours , l’histoire politique de la Nouvelle Calédonie a généré des flux de terminologie car en fait le consensus ou le dialogue exige de chacun des acteurs une recherche permanente , du mot qui doit marquer le pas suivant tout en respectant l’avis de l’autre . Une gymnastique pas simple , qui par moment est contrainte à placer des formulations qui tranchent parce que malgré des tergiversations , la discussion n’arrive pas au point d’orgue .
Le contexte actuel offre une page blanche à écrire, et donc une opportunité pour certains de se livrer à cet exercice intellectuel. Ainsi sur la suite de l’Accord de Nouméa , qui n’est pas une fin en soi, mais une étape qui avait recueilli un avis partagé ; demande à chacun de trouver où placer le curseur pour la suite . Et cet exercice , a débuté bien avant le référendum de 2018 , parce que chacun devait donner le ton , et c’est là que le petit lexique a commencé à se remplir : l’indépendance en partenariat , pour ne pas dire indépendance association ( car ce terme a déjà été entendu ici dans les années 1985 ) , large autonomie, la petite nation dans la grande nation , et la dernière en date : un pays intégré.
Comme il y a aussi des termes qui ont du mal à délimiter les frontières entre les subtilités qui les caractérisent , parce que presque banalisés dans le discours ambiant , ils finissent par signifier la même chose pour les orateurs qui les utilisent , alors qu’en réalité , ce sont des mots qui décryptent des situations bien distinctes. Deux mots qui font l’exemple : la pleine souveraineté et l’indépendance .
Entre un langage tranché , et celui qui fait primer le respect du point de vue de l’autre , la grande vigilance consiste à veiller à ce que cette valse finit par déformer voir même faire abandonner certains sens que chacun aura donné à son objectif de départ . La dialectique nous accule à toujours reformuler la pensée pour être en phase avec les données du moment , mais pour autant elle ne doit pas nous éloigner ni déformer le sens de l’objectif initial de l’action engagée.
Toute chose évolue , mais pour ne pas perdre son « âme » ou son « identité » , chacun doit pouvoir anticiper sur les impacts de l’évolution sur l’énoncé initiale de sa problématique , et de procéder à la reformulation requise . La reformulation permanente , est indispensable pour éviter de se voir imposer les effets d’une situation que l’on n’aura pas approché.
C’était notre petite note d’essai pour ouvrir une fenêtre sur une autre interprétation possible de cette nouvelle période charnière de l’histoire politique de notre pays .
Naku press : Publication du 08 03 2023
Avant de créer un compte sur les réseaux sociaux s'assurer que l'on a bien maitriser les
précautions d’usage, c'est la première étape dans les démarches techniques à faire pour se protéger et protéger ses données. Mais la simplicité d'accès à ces outils , favorise finalement une utilité à grande échelle , et on les retrouve dans tous les espaces , comme d'ailleurs, certains personnes ne vivent pratiquement que de cette communication . C'est donc s'extraire de la réalité immédiate dans laquelle on vit pour aller à quelques kilomètres plus loin si ce n'est pas des milliers.
LE CONTACT PERMANENT AVEC L EXTERIEUR
Etre en contact avec l’extérieur, c’est beau, c’est synonyme d’un esprit ouvert diront certains ? Avec l’extérieur, en permanence c’est oublier je suis où , qui je suis , je finis par me créer une identité via ce que je publie . Une personne X qui se trouve à 20 000 km peut raconter toute ta vie, à son voisin alors que peut être vous ne vous connaissez pas forcément. Cette omniprésence sur les réseaux , c'est du moins sur le crédit temps que l'on aurait pu passer à désherber son champ, faire le ménage , nettoyer son jardin , organiser sa semaine. L'actualité de la famille, des amis, et même de la société dans laquelle on vit, ne règle en aucun cas les contraintes pratiques de tous les jours.
Sans compter que cette présence extérieure , qui est virtuelle , peut à tout moment perturber une ambiance en cours. L'instantané , la spontanéité , ce sont des mots qui font allusion à du mouvement, c'est beau , mais parfois , ils empêchent la stabilité , et ce à tous les niveaux . La sérénité bien nécessaire dans une société , est devenu la chose rare , et même méconnue par une génération habituée dès la plus jeune âge par le monde du bruit.
UNE OMNIPRESENCE QUI FAVORISE UN SENTIMENT DE PEUR
L'omniprésence d'un outil , finit par conditionner la vie , favorise de fait une certaine dépendance. ll devient un morceaux de puzzle de la vie au quotidien. Sans ce morceau du puzzle, une peur s'installe, parce que nous n'avons plus celui qui nous dit tout et qui nous fait tout . Mais que sont devenues les valeurs fondamentales de l'être humain. Le jour où internet s"arrête , certains accrocs pourraient tomber dans la dépression ,alors qu'ils sont dans un cadre naturel où tout est là pour être heureux et apprécier la vie à sa juste valeur .
Un bel outil donnons lui une juste place dans la vie, mais ne lui confions pas toute notre vie !!! La mort lente s'organise aussi par la dépendance.
LES TRANSFERTS FINANCIERS S Y INVITENT SUR LE SUPPORT
Ils s'incrustrent à tous les niveaux de communication et d'échange que l'homme peut avoir dans une société. Outre les relations familiales , amicales et professionnelles, ces réseaux sociaux se font aussi le relais des relations commerciales, si ce n'est qu'ils initient des réseaux pour structurer des filières commerciales et autres ... Donc ils vont aussi servir de relais des transferts financiers , toujours pour faciliter la tâche des acteurs : le vendeur et le consommateur.
En NC le commerce en ligne commence à gagner le milieu des petits artisans qui se font connaître d'ailleurs par ces outils. Vu ainsi , ils contribuent à stimuler la production et le développement local. Ils créent des réseaux , des communautés d'idées, et c'est aussi bien pour relayer certaines recommandations des politiques publiques tenues par les collectivités.
Le revers de la médaille c'est cette capacité des doués en informatique de venir capter les coordonnées bancaires du bon petit acheteur, et les utiliser à son insu . Des milliers de produits sont proposés aux consommateurs pour les achats en ligne, mais on en revient à ce principe de base : tu prends le risque d'étaler tes données sur la place publique , tu t'exposes de fait à ces actes de malveillance.
La standardisation des outils qui font la base de ces réseaux sociaux, affichent simplement le fait qu'accepter leur utilisation ,c'est accepter le risque . Le monde d'aujourdhui est ainsi fait , qu'un jour on ne distinguera plus le risque comme un danger, mais cela fera partie du "système", et donc va renvoyer tout le monde à sa propre responsabilité
LE VEHICULE DU MESSAGE NON STRUCTURE ET NON CONTROLE
Face book : le déversoir : les messages véhiculés sur cet outil, rares sont ceux qui sont structurés. Très souvent suivant le thème ou le sujet, ce sont des messages qui donnent un jugement, une appréciation et souvent exprimée d’une manière agressive. Le comparatif aussi est un format qui est très utilisé, mais le comparatif, on sait que derrière cela c’est la compétition. On va dire que le format ne permet pas d’organiser un débat ou une discussion bien structurée, du simple fait que c’est de l’instantané. La spontanéité peut aller jusqu’aux gestes.
PLUS POPULAIRE QUE LES MEDIAS OFFICIELS IL DEVIENT UN BAROMETRE REFERENCE DANS L OPINION PUBLIQUE
Face book : outil populaire, devient malgré le baromètre à défaut de sondage d’opinion, de l’opinion publique sur un sujet précis. Comme c’est une plate-forme ouvert à tous, certaines pages reprennent les infos véhiculées en fait une synthèse et façonne une position sur un sujet , le blème c’est que par essence ce qui est diffusé sur Face book est de fait une info qui reste à confirmer mais avec ce système ouvert et qui permet à tout individu de produire un message, eh bien on peut très vite se retrouver dans une situation où on est acculé à prendre une telle position , sur la base des éléments que l’on a mais qui sont en fait pour certains des fake news.
Donc la vigilance est vivement recommandé , à défaut de tomber dans le mensonge et pris au piège de l'immédiateté de l'information .
"La décentralisation n'induit pas spontanément le développement local , elle peut se heurter à l'inertie d'une population mal préparée à se prendre en charge en l'absence de moyens appropriés. "
Aux frontières de l'impossible on voit se mettre à l'oeuvre : l'imagination fertile du petit peuple.
NIGER : LES 4 PRISONS DU POUVOIR
Tout pouvoir politique au Niger, quel qu’il soit, se heurte à une série de contraintes et de pesanteurs, qui limitent ses marges de manœuvre et ses capacités de changements. Ce sont, en quelque sorte, autant de prisons. Le rejet de la classe politique par une très grande partie de la population (rejet largement sous-estimé par les principaux partis politiques, qui n’en mesurent pas l’ampleur, et croient être les représentants du pays réel alors même que celui-ci n’a plus confiance en eux) est une conséquence directe de ces prisons qui enferment le pouvoir : qui croit vraiment encore aux promesses des politiciens ? L’opinion générale est : « Ils sont tous les mêmes » ; « Quels que soient ceux qui sont au pouvoir, rien ne change » ! Chaque lecteur entend surement ces propos quotidiennement, et les a sans doute lui-même pensés, sinon proférés.
Aujourd’hui, le résultat est que le mot « politik », en zarma, signifie discorde, querelles sans fin, conflits et rivalités, il équivaut à fitina, baab-ize tarey, dan unbanci. Cette dérive de la démocratie nigérienne fait que les nostalgiques de la dictature militaire de Seyni Kountché, d’un côté, les partisans d’un régime islamiste de l’autre, sont hélas de plus en plus nombreux… Si l’on veut éviter ces deux maux (une rupture dictatoriale ou une rupture islamiste) il faudra bien qu’une rupture démocratique survienne (sortir de ces prisons dans un cadre démocratique).
Les quatre prisons ont pour gardiens respectifs : (1) les grands commerçants ; (2) les militants, alliés et courtisans ; (3) les bureaucrates ; (4) les experts internationaux.
Ces prisons sont d’abord celles du pouvoir, mais aussi celles de la vie politique toute entière (condamnée à la reproduction sans fin des mêmes pratiques), et de la démocratie elle-même (rendue responsable de cette situation). Elles enferment le pays dans la soumission à un système décrié qui ne satisfait que ceux qui en profitent.
La prison des grands commerçants
L’un des effets pervers majeurs de la démocratie (ce régime qui est le pire… mais à l’exception de tous les autres déjà essayés dans le passé, disait Churchill) est le coût des élections, et donc la nécessité de trouver des financements importants pour faire campagne. Ce coût est particulièrement élevé au Niger, dans la mesure où la distribution de la « rente électorale » est avidement attendue par un grand nombre d’acteurs : les électeurs eux-mêmes, tachant de monnayer leurs voix, ou leurs clientèles électorales quand ils en ont ; les militants des partis, qui ne se mobilisent que s’ils sont « motivés », c’est-à-dire rétribués ; les personnels technico-administratifs-judiciaires (la CENI et ses multiples démembrements, les présidences de bureaux, etc..) ; les prestataires de biens et services (voitures, essence, gadgets, fournitures, etc..) ; et enfin les prestataires magico-religieux (devins, marabouts, zimma, boka, etc…)[1].Où trouver l’argent ? En dehors d’éventuelles contributions de mécènes d’Etat (comme certains Etat pétroliers parfois ou Kadhafi autrefois), il n’y a que deux sources importantes : les dons des grands commerçants, d’une part (chaque parti a les siens, sans compter ceux qui donnent à plusieurs) ; d’autre part, les trésors de guerre accumulés par les partis (en particulier ceux qui sont au pouvoir) : mais ceci renvoie encore aux grands commerçants, car cette accumulation trouve le plus souvent son origine dans des rétro-commissions illicites sur les marchés publics et des entreprises privées proches des leaders politiques…
Les grands commerçants sont ainsi au cœur du système électoral nigérien. Ce sont eux qui le font fonctionner. Mais ce n’est pas par désintéressement. Ils attendent un retour sur investissement, en termes de protection, de « bienveillance » fiscale, de placement de leurs parents et clients à des postes stratégiques, ou de passations de marchés. Ils sont aussi au cœur de la grande corruption systémique, qui a partie liée avec les élections, l’exercice du pouvoir et la faiblesse des rentrées fiscales. Les députés, les maires, les présidents sont quelque part prisonniers de leurs financiers, et il leur est presque impossible de ne pas renvoyer l’ascenseur puisque c’est à eux qu’ils doivent leur élection… Prenons un exemple simple. Le LASDEL a ainsi depuis longtemps analysé le dilemme des maires face aux collecteurs de taxes des marchés (les marchés sont la principale ressource des communes)[2] : comme maires ils voudraient un recouvrement efficace de ces taxes ; mais les collecteurs ont été nommés pour « récompenser » les militants des partis ayant conquis la mairie (c’est la « norme pratique ») : ceux-ci s’« arrangent » - adjara - , avec les commerçants du marché, dont une partie a par ailleurs financé la campagne du maire, en prélevant sans reçu un montant inférieur à ce qui est dû ; ils mettent donc impunément une partie de ces recettes « informelles » dans leur poche, l’autre partie va dans la caisse de leur parti, et ils ne versent que le solde (les taxes prélevées avec reçus) aux finances communales. Les maires ne peuvent mettre fin à ce système qui pénalise la municipalité mais dont ils sont eux-mêmes le produit.
Cet exemple vaut pour tous les autres échelons des pouvoirs élus démocratiquement, et, en fait, pour le pays tout entier, devenu otage des grands commerçants, qui sont en général « intouchables », comme de nombreux exemples le prouvent.
La prison des militants, des alliés et des courtisans
Le second effet pervers de la démocratie nigérienne concerne l’obligation de remercier ses militants et de composer avec ses alliés, ainsi que l’environnement courtisan qui en découle.L’accès d’un parti à des positions de pouvoir, que ce soit la plus haute, ou qu’elles soient associées à une place dans l’alliance gagnante, implique la distribution massive de récompenses aux membres du parti et aux clients politiques qui ont accompagné l’ascension. L’ingratitude serait le pire des défauts, et source de « honte ». Les récompenses sont donc dispensées tout au long d’une mandature, sous forme de postes, de privilèges, de faveurs, de passe-droits, aux frais de la République. Ainsi s’explique l’inflation spectaculaire du nombre des conseillers et autres chargés de mission, dont les fonctions réelles sont aussi floues que les avantages dont ils bénéficient sont élevés. Ainsi s’expliquent d’étranges nominations, et les soudaines promotions de protégés qui ne se distinguaient guère jusque-là par leur réussite ou leur diplôme.
Ainsi s’expliquent aussi les difficultés que tout chef d’Etat rencontre pour s’élever au-dessus de son parti, pour prendre de la hauteur, et échapper aux querelles de clans et aux règlements de comptes avec l’opposition. Il est sans cesse redevable à l’égard de ses propres troupes, il est prisonnier de ceux qui l’ont fait roi. Ce clientélisme de parti n’est pas tant l’expression de la toute-puissance d’un Président (comme on le croit généralement) que le signe de sa dépendance : le chef est enchaîné à ses barons, à ses notables locaux, à ses leaders régionaux. Il devient leur obligé. Il en est prisonnier.
Mais le cycle de la dépendance mutuelle continue. A leur tour les bénéficiaires des largesses du pouvoir, les militants récompensés, les dignitaires portés aux affaires du pays sont devenus des obligés du chef quel qu’il soit. Ils forment une ceinture de courtisans autour de lui, unis par l’accès commun aux privilèges. Nommés par complaisance pour service rendu, leur gratitude s’exprime à son tour par leur propre complaisance envers le pouvoir. Cette complaisance est aussi une déférence, qui, semblable aux louanges des griots, exalte les mérites du chef et de ses lieutenants. On comprend mieux alors la surdité si fréquente des hauts responsables face aux mécontentements populaires, leur ignorance – parfois arrogante – des talaka, leur refus de toute critique – immédiatement interprétée comme un complot de l’opposition… Leur entourage s’empresse à caresser le pouvoir dans le sens du poil, et à dénigrer toute pensée libre et non complaisante. Les courtisans considèrent comme un outrage intolérable cette pensée pourtant fort sage de Montaigne : « Quand on me contrarie, on éveille mon attention, non pas ma colère : je m’avance vers celui qui me contredit, qui m’instruit ».
L’obligation de distribuer des faveurs aux militants et la déférence en retour de ceux-ci se conjuguent en outre avec la nécessité d’alliances entre partis pour exercer le pouvoir, ce qui implique au Niger une répartition de fiefs pour chaque parti allié.
Aucun parti, depuis la Conférence nationale, n’a jamais eu la majorité. Toutes les combinaisons d’alliances entre les principaux partis ont déjà été essayées, toutes suivies de volte-face et de haines tenaces. Ces alliances sont scellées par la répartition des postes, à commencer par les Ministères. Chaque ministère devient, le temps que durera l’alliance, un fief du parti auquel appartient le Ministre. Ce sont des fiefs à un double titre : d’abord le Ministre y nomme les gens de son parti, du haut en bas de la hiérarchie (une variante est que les cadres du Ministère qui veulent garder leur place prennent la carte de ce parti) ; en second lieu, les « affaires » se font avec les grands commerçants liés au parti, et les commissions illicites et avantages de fonction divers vont au parti du Ministre et à ses hommes du ministère. Il en est de même pour les grandes sociétés publiques et hautes charges de l’Etat.
Ce système de répartition des postes se fait évidemment aux dépens de la compétence, qui n’est pas le premier critère de nomination, y compris pour le choix des Ministres : chaque parti en effet propose ses candidats, autrement dit ses « barons », qui, une fois en poste, sont intouchables : les démettre menacerait l’alliance elle-même. Et on a ainsi un premier ministre qui ne peut exercer son autorité sur la plupart de ses ministres ou des dignitaires de l’Etat.
On comprend mieux pourquoi, depuis près de 25 ans, les revendications des oppositions, quelles qu’elles soient, pour une « dépolitisation » de l’administration restent lettre morte une fois cette opposition arrivée au pouvoir. La politisation de l’administration est au centre du système politique de récompenses et d’alliances. Elle n’est pas une question d’opportunité ou de tactique : elle est systémique.
La prison des bureaucrates
L’Etat, ce n’est pas simplement un président, un gouvernement, des cabinets ministériels et des DG. C’est aussi, voir surtout, une bureaucratie, depuis Niamey jusqu’aux sous-préfectures, avec sa branche dite de « commandement » et ses services dits « techniques », ses domaines de souveraineté (magistrature, police, armée, diplomatie) et ses bataillons d’infirmiers et d’instituteurs. Tout cet « appareil d’Etat » délivre des services aux populations : sécurité, justice, santé, éducation, eau, routes, etc.Mais chacun sait, au Niger, que ces services sont de mauvaise qualité. Les usagers, qui sont aussi les citoyens, s’en plaignent amèrement. La situation sinistrée de l’école publique l’illustre abondamment. Cette délivrance déficiente des services n’est pas seulement due à la pénurie et au « manque de moyens ». C’est aussi le produit d’une gestion désastreuse des ressources humaines dans tous les secteurs, ainsi que des comportements « non observants » des agents de l’Etat : bien souvent ces derniers n’observent pas les lois, les normes, les règlements et les procédures officielles, mais suivent plutôt des « normes pratiques » différentes, implicites, routinières, largement partagées[3].
La culture bureaucratique nigérienne est la somme de ces comportements non observants, de ces normes pratiques, de ces routines, faites de « débrouillardises », de favoritismes, d’absentéismes, de privilèges, de petite ou moyenne corruption, de trucages, entre dabarou et adjara. Tout pouvoir est confronté à cette culture bureaucratique, et le rapport de force est paradoxalement en faveur de la bureaucratie, et non en faveur du pouvoir. Les politiques publiques décidées au sommet de l’Etat se trouvent, dès lors qu’elles sont mises en œuvre sur le terrain, confrontées à la culture bureaucratique qui règne dans les services chargés de les appliquer. Et ces politiques se trouvent démembrées, désarticulées, détournées, contournées.
Cette bureaucratie, fondée sur une pléthore de petites habitudes ancrées dans la quotidienneté des services, constitue une citadelle que bien peu de politiciens sont prêts à affronter. Elle préexiste et survit aux divers régimes. La modifier est une entreprise de longue haleine, bien au-delà des échéances électorales qui obsèdent la classe politique. En outre, s’y attaquer, c’est se mettre à dos tous ceux qui bénéficient du fonctionnement actuel, et en premier lieu les grands commerçants, les militants et les alliés…
La prison des experts internationaux
Le Niger est un pays « sous régime d’aide ». Nous dépendons beaucoup de la rente du développement. En fait cette rente (comme la rente pétrolière) a beaucoup d’effets pervers. Plutôt que de développer les initiatives locales, l’ingéniosité populaire, ou les réformes venant de l’intérieur, l’aide au développement induit la dépendance, les stratégies de captation et l’addiction aux réformes venant de l’extérieur. Les institutions de développement implantent sans cesse chez nous de nouveaux « mécanismes miracles » standardisés, élaborés par des experts internationaux, non adaptés aux contextes nigériens, de type « prêt à porter », alors qu’il nous faudrait du « sur-mesure ». Les pouvoirs successifs ont une forte tendance à se mettre à la « remorque » des bailleurs de fonds, à accepter tout projet et tout programme dès lors qu’il constitue une manne financière[4], quand bien même on ne croit pas à son efficacité, quand bien même on ne lèvera pas le petit doigt pour en assurer le succès.Les meilleurs cadres techniques du pays, et plus généralement les fonctionnaires, ont pour principale ambition (en dehors de la politique) d’être recrutés par des « projets », des ONG ou des institutions internationales : ceux qui restent dans le service public sont aigris, en quête de compensations et d’opportunités de gains, et peu portés à prendre des initiatives réformatrices. Quant aux multiples projets et programmes élaborés et financés par l’aide, au sein des administrations ou vers la société civile, on constate que tout s’effondre dès lors que le financement extérieur et l’assistance technique ou gestionnaire s’arrêtent.
Certes il existe çà et là des politiques nationales menées sans le concours d’experts internationaux et sans le financement des bailleurs de fonds. Mais, le plus souvent, elles sont considérées par ceux qui les mettent en œuvre ou ceux à qui elles sont destinées comme étant elles aussi des rentes qu’il faut s’approprier ; le plus souvent aussi, comme les projets de développement, elles ne sont pas pérennes. Le plus souvent, enfin, elles sont caractérisées par leurs incohérences, leur impréparation et leur manque de rigueur.
Au total, le système de l’aide, que ce soit l’aide projet, l’aide sectorielle ou l’aide budgétaire (les trois restent mêlés), induit une dépendance malsaine et paralysante, du haut en bas de l’Etat comme de la société civile. Contrairement à beaucoup d’idées reçues, cette prison n’est pas tant imposée de l’extérieur qu’intériorisée par les acteurs nationaux. C’est surtout une prison mentale. On a souvent évoqué les aspects politiques de cette dépendance (« la main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit »), ou ses aspects économiques (ajustement structurel, macro-conditionnalités néo-libérales), mais beaucoup moins ses aspects « socio-culturels » : perte du sens de l’initiative, adoption de la rhétorique des partenaires et pratiques du double langage, attitudes de « bons élèves », comportements rentiers, passivité, absence de soutien aux innovations locales, primat aux procédures standardisées aux dépens des contextes, faible recours à l’expertise nationale…
Conclusion : l’étonnante popularité de Sankara
Face à ces prisons, la marge de manœuvre du pouvoir, de tout pouvoir, semble très restreinte. Chaque responsable politique a en effet tendance à se plier aux contraintes que nous avons soulignées. Le rejet de la politik par la population exprime ce constat : tout va toujours continuer comme avant, quel que soit le parti au pouvoir. Mais pourtant, en même temps, tout le monde rêve d’une alternative, tout en déplorant qu’elle apparaisse impossible au temps présent.C’est ici que le nom de Sankara vient à l’esprit. Pourquoi est-il, aujourd’hui encore, si populaire ?
Mon hypothèse est que c’est justement parce qu’il symbolise, aux yeux de l’opinion publique, le refus de ces quatre prisons. Il incarne l’image d’un homme intègre et courageux, ayant refusé les privilèges et les facilités du monde politique en place, ayant cherché à transformer l’administration et le mode d’exercice du pouvoir, et à mobiliser les énergies et initiatives nationales. Entendons-nous bien : je n’entends pas faire ici le panégyrique de Sankara, ni plaider pour un homme providentiel (encore moins pour un officier putchiste, car après tout c’en était un). Je veux simplement souligner ce fait capital : les qualités que, dans toute l’Afrique, on attribue à Sankara, à tort ou à raison, trente ans après, dessinent en creux ce que chacun souhaiterait qu’un président élu ose enfin faire, et la déception corrélative qui s’ensuit lorsqu’il se révèle n’être pas différent des autres, donc impuissant à faire bouger les murs.
Certes, rien ne changera par un coup de baguette magique, et on ne peut plus croire au « grand soir ». Certes il faudra sans doute des décennies pour modifier en profondeur les mœurs politiques, la culture bureaucratique et la dépendance à l’aide. Mais il faut bien commencer, si l’on veut éviter la permanente reproduction des mêmes maux à laquelle on assiste depuis 30 ans, si l’on veut donner un sens plus positif à la démocratie, si l’on veut réhabiliter la politique, et si l’on veut réduire le désenchantement ou la désespérance qui servent de terreau aux islamistes radicaux et aux jihadistes.
Dans cette perspective, si l’on entend rester dans un cadre démocratique, et qu’on refuse les pièges et les dangers des coups d’Etat ou des insurrections, il n’y a que deux possibilités pour faire bouger ces murs.
Soit, au sein de la classe politique actuelle, un Président prend les risques d’ouvrir enfin des brèches dans les quatre prisons. Quel chef d’Etat aura le courage de décevoir, au moins sur certains points, ses financeurs, ses militants, ses alliés, ses fonctionnaires, et ses bailleurs de fonds ? Quel chef d’Etat osera faire « de la politique autrement », quitte à se mettre à dos nombre de ses soutiens classiques ? Quel chef d’Etat sera capable de développer des stratégies de rupture avec tout un ensemble d’habitudes bien établies au cœur même de l’Etat ? Quel chef d’Etat pourra assumer des réformes contre ses courtisans ?
Soit, au sein des nouvelles générations, une relève se dessinera, dont on peut espérer qu’elle prendra en main le changement. La classe politique actuelle, issue de la conférence nationale, a vieilli de concert, il est peu probable qu’elle veuille ou accepte de quitter ses prisons : ce sont pour elle des prisons dorées, qu’elle a elle-même contribué à bâtir. L’arrivée d’une nouvelle classe d’âge aux responsabilités est souhaitable, voire inéluctable. Mais il faudrait que cette rupture générationnelle soit aussi une rupture avec les mœurs politiques, administratives et affairistes de la génération précédente. Ce n’est pas toutefois gagné d’avance. Parier sur la jeunesse comporte des risques : beaucoup de jeunes sont sensibles aux sirènes de la classe politique en place et ne rêvent que de la remplacer. En quête eux aussi de privilèges, ils se font sans scrupules acheter par les partis politiques pour leurs manifestations ou leurs campagnes. Quels jeunes sont prêts à « faire de la politique autrement », et à en payer le prix personnel et social ?
Il n’y aura pas de « nouveau Sankara », ni au Niger, ni au Burkina Faso, ni ailleurs. Mais y aura-t-il des hommes politiques qui assumeront certaines des ruptures dont Sankara est l’image, et dont la popularité montre à quel point elles sont espérées et nécessaires ? Qui acceptera de s’attaquer, pas à pas, pierre à pierre, progressivement mais obstinément, aux quatre prisons du pouvoir ?
LE COUP DE MASSU DU 1er Avril 2015 : les choses sont allées très très vite !!!
Il n'y a pas de fumée sans feu … En fait la braise était déjà là , mais il fallait attendre des opportunités pour la réanimer et la faire passer à la vitesse 5. Le coup de ce 1er avril avec le communiqué du Front comme pour donner le coup de siflet, avec un homme , un leader qui maintenant est devant les écrans pour expliquer justement tout ce qui a laissé cette fameuse braise en veille , et surtout pourquoi il a a pris la responsabilité de passer en force et de mettre en place un gouvernement pour , comme il a si bien dit , avancer . Toute initiative pour avancer après 3 mois de "vadrouille " dans la salade des affaires courantes, ne peut qu'apporter une satisfaction car enfin les choses vont pouvoir reprendre leur cour normale. Mais voilà le hic c'est la méthode : à croire que parfois la méthode "bulldozer " est utile , même s'il faut aller se jeter dans le camp d'en face, ou occulter les dynamiques qui ont permis aux affaires d'évoluer jusque là .
Dans le cas présent , les choses ont été très "grossières" que la question est bien celle là mais qu'y a t-il derrière tout cela ? Il y a comme des choses urgentes , pour que l'initiative prise par les indépendantistes du SUD de travailler ce programme intitulé : "l'Unité calédonienne", soit dépassée et non prise en compte . Par contre Daniel GOA l'a rappelé hier au JT de Nc 1ère pour dire qu'en fait son initiative s'inscrit bien dans cet état d'esprit. Oui mais alors pourquoi passé au dessus de ceux qui portent le travail ? Ah la politique elle a aussi ses règles sournoises et quand elle les sort c'est souvent parce qu'il y a d'autres objectifs plus urgents. La bonne méthode qui respecte le travail porté par tous , est relayé au second plan , parce qu'il y a d'autres stress ailleurs. Et là toutes les opportunités sont là pour justifier ce saut : le calendrier de l'Accord de Nouméa avec les transfert des dernières compétences, la situation du nickel qui est mal en point et en particulier avec la pointe dans le Nord ( les fours défectueux de l'usine qui compromettent réellement le taux de productivité attendue , et la situation de la SMSP). Ces deux éléments suffisent pour expliquer la manoeuvre , et emporter l'adhésion de beaucoup : en effet l'usine du Nord c'est symbolique pour le monde indépendantiste ainsi que la SMSP.
Depuis 5 jours , maintenant c'est Calédonie Ensemble qui est au perchoir accompagné d'un VP qui ne représente qu'une tendance de l'UC. Mais dira t on dans les couloirs les dés sont respectés avec un indépendantiste à la vice présidence. Les débats sont posés à l'intérieur de l'UC , car outre le fait que la personne choisie relève d'une décision de la présidence du mouvement , beaucoup soulève la question de la légitimité , Jean Louis D. n'a pas de base électorale , alors que l'UC a bien deux autres personnes sur des postes de ministre ( de surcroît deux kanak) qui auraient pû être proposé à la VP. Mais là on a l'impression que la nomination là , répond à des commandes et non à la bonne logique politique pour rester dans la continuité des choses. Bref.
Par aileurs : quelques détails qui en disent long , au moment de la répartition des secteurs, on voit un calédonie ensemble qui malgré tout doit tenir compte de ce que disent les indépendantistes. Exemple de l'attribution du secteur de la santé : les deux personnes de Droite ( UCF et RUMP ) ont exprimé leur souhait de prendre le secteur, mais là une intervention de Déwé Gorodey a suffi pour que la présidence attribue ce secteur à Valentine EURISOUKE. Cynthia LIGEARD n'a pas attendu longtemps pour comprendre ce à quoi elle doit s'attendre dans cette nouvelle mandature : elle a été placée dans un bureau avec sa secrétaire et ses deux autres collaborateurs … Les choses vont jusque là . Sur les réseaux sociaux on voit déjà des voix qui crient sur la place publique pour parler du nombre de collaborateurs de chaque ministre. Comment le monde de la politique peut descendre à des niveaux si bas … Bref.
Et le serpent de mer n'a toujours pas de port d'attache : la mine . Un secteur qui n'est pas toujours pas attribué. Au niveau de l'UC de sources sûres , le secteur devait revenir à Gilbert TYUIENON, et là rien , on peut encore se poser la question suivante : le président de l'UC aurait il changer de fusil d'épaule , si c'est le cas , c'est de sa seule responsabilité comme il a affirmé au JT de Nc 1ère.
Gilbert TYUIENON est finalement le vilain petit canard qui gêne donc de fait il ne peut pas être en phase dans de tel contexte où des lignes ont certainement été bougées. Gilbert Tyuienon n'est pas contre la stratégie minière portée par les indépendantistes, simplement que son point noir c'est la question des retombées réelles de tout cela dans le pays , et surtout au niveau des populations locales . Or il semblerait que ce point là n'est pas encore précis dans les perspectives à moyen long terme de ces gros projets . Peut être que le moment n'est pas encore venu pour prévoir les choses jusqu'à ce niveau là ?
En final , ce qu'il faut retenir c'est que l'initiative du BP du Front aura au moins comme point positif , c'est de permettre la mise en place du gouvernement , mais la grande préoccupation maintenant c'est la vigilance à afficher à tous les niveaux pour gérer les dégâts collatéraux. Ce gouvernement devra fonctionner durant 18 mois sans être menacé par une nouvelle démission mais rien n'interdit par contre des démissions de membres. Les 3 ministres de FPU et UCF feront de l'opposition ils sont 3, la question est la suivante : 3 contre 8 , et dans les 8 il y a les 5 indépendantistes dont 2 ministres UNI. Qui réellement va jouer la balance et va s'amuser à bloquer les choses en interne , attendons que les choses se mettent en oeuvre pour mieux apprécier les choses.
Naku press : Mise en ligne le 7 avril 2015
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KANAKY : LA DYNAMIK UNITAIRE SUD ( DUS)
30 ans après, les Nationalistes kanaks commencent la commémoration de l'une de ces "périodes décisives" de l'histoire du pays.
Depuis une semaine maintenant , les militants défilent dans les studios de la seule radio indépendantiste de la place pour se remémorer ces moments où les analyses , les stratégies , les barrages faisaient un tout , pour avancer. Les militants avaient décidé de reprendre le terrain car la discussion avait trouvé les limites d'une politique qui croyait fortement à l'efficacité de la démagogie pour continuer à tromper un peuple qui n'aura fait que revendiquer sa juste place dans son pays. 30 ans c'est l'âge de la maturité, et certains ont oublié que ce sont des moments de la vie où l'on se pose beaucoup de questions sur notre existence. Le Front après avoir marqué de nombreux pas pour amener le peuple kanak aux portes de son émancipation, il est lui même traversé dans son fonctionnement par des fractures d'analyses entre ses composantes. Incompréhension ou nouvelle posture parce que nouveau contexte, les médias de la place n'ont pas manqué de surfer sur la virgule qui va faire la différence, pour crier haut et fort que le mouvement indépendantiste est divisé. Mais on peut aussi penser que le Front est en train de vivre doucement une mutation nécessaire.
Ce 24 septembre sera le point de départ de toute une série de commémoration d'évènements qui pour la plupart auront 30 ans d'âge. Naku press citera ici la levée pour la première fois du drapeau kanak à la tribu de la Conception , le 18 Novembre 1984 avec la hache de Machoro pour dire non aux limites du bulletin de vote , en Janvier l'assassinat d'Eloi et de Marcel … et plus tard dans l'année , les 30 ans de Djiido. Ce que l'on peut espérer c'est que ces différentes cérémonies que les militants porteront fièrement , puissent être autant d'espaces pour organiser le nouveau pas vers l'émancipation . La maturité c'est accepter le changement pour avancer. Parce que l'espoir de tout militant engagé dans le combat pour l'émancipation de ce pays, c'est de voir un jour naître cette nouvelle nation qui aura fait couler beaucoup d'encre. L'histoire nous a donné le présent, , et avec ce que nous avons , projetons l'avenir. Naku press adresse ici toutes ses salutations militantes et nationalistes à ceux qui étaient à la Conception pour voir hisser pour la première fois le drapeau kanak, à ceux qui étaient au congrès de Ouaré Hienghène quand Jean Marie a exposé devant une foule de militants les contours de la nation kanak , à ceux qui étaient à la convention de Ndé où les débats nous ont mené depuis toute la journée jusqu'au lendemain matin au soleil levant, à ceux qui ont dansé toute la nuit à Nakéty pour la levée de deuil de Eloi MACHORO, de ces réunions où les débats étaient parfois assez durs , bref toutes ces années riches d'expériences doivent garder leur place dans l'histoire de ce pays.
Naku press : Mise en ligne le 22 septembre 2014
L'EDUCATION EN MUTATION ?
Un système éducatif pensé , il y a 70 ans , est-il toujours adapté à nos sociétés? Rien n'est moins sûr. Prenons par exemple la société française. Celle d'aujourd'hui, multi ethnique , façonnée par l'immigration, les nouvelles technologies et bouleversée par l'économie mondiale, n'a plus grand chose à voir avec la société des années 1950. En quoi ces grandes tendances doivent elles, d'une manière ou d'une autre , impacter le système éducatif ?Telle est la question posée par le nouveau rapport " les grandes mutations qui transforment l'éducation"publié par l'OCDE. L'organisation internationale a identifié cinq tendances majeures qui selon elle, peuvent avoir un effet direct sur le système éducatif, à savoir : les dynamiques de la mondialisation, le bien être et le cadre de vie dans des environnements de plus en plus urbains, les dynamiques de travail et des compétences, les structures familiales modernes, et le rôle des nouvelles technologies de l'information et de la communication.
SOURCES : "Le magazine Aide et Action Mars 2014
NAKU PRESS : MISE EN LIGNE LE 9 MAI 2014
Lu pour vous , ceux qui s'intéressent au développement local .....
L'être humain ne peut être une simple variable d'ajustement, ni l'objet de discours moralisateurs aux frontières d'une économie s'érigeant en absolu. L'économie échoue à être sa propre fin; elle doit être pilotée régulée par une conception de l'homme, non l'homo économicus de la pensée libérale, mais l'homme concret chair et esprit , vivant en communauté et dans le cosmos. Il ne s'agit pas de plaquer un social correctif, palliatif sur une économie engendrant de soi un mal humain ; il s'agit de préconiser et de chercher à mettre en place un régime économique intégralement social et intégralement personnaliste, en même temps que très différencié, qui réponde aux deux principes qui font partie du patrimoine commun de l'humanité: le respect actif de la personne, l'instauration efficace du bien commun.
Le développement local est comme l'économie humaine : "une réponse ordonnée aux besoins de l'homme ... où une masse de biens aussi étendue que possible , soit répartie suivant l'ordre d'urgence des besoins de tous et non selon la hiérarchie des capacités de paiement.
Sources : Le développement local au défi de la mondialisation
Paul HOUEE
Naku press : Mise en ligne le 16 janvier 2014
Naku press publie ci-après le point de vue d'une jeune militante kanak qui a participé et suivi l'affaire des cases de la place Mwa Ka , avec le dénouement du 13/11/2012 au petit matin !!! Bonne lecture.
2013
« Lu pour vous » dans le journal "Le POINT".
Une petite ville espagnole de Catalogne a décidé de cultiver des plantations pour s'en sortir financièrement.
· DES CHAMPS DE CANNABIS CONTRE LA CRISE
"Cela mesurera l'hypocrisie de la société"
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L’ordre et la Morale: de l’histoire dans un film… Un peuple meurtri par sa propre histoire, vient à polémiquer sur une version donnée par un réalisateur, sur un seul morceau de cette longue histoire.
Ici nous resterons .
Tawfig Zayyad ( 1965)
Je vous appelle , je serre vos mains
J'embrasse la terre sous vos souliers
Et je dis : je me sacrifie pour vous
Je vous offre, de mes yeux, son éclat
Je vous offre, de mon coeur, sa chaleur
La tragédie que je vis
Est ma part de vos tragédies
Je vous appelle......
Dans mon pays, je ne me suis jamais abaissé
Ni n'ai courbé mes épaules
Contre mes oppresseurs, je me suis levé
Orphelin, dépouillé et nu-pieds
Je vous appelle...
Dans la paume de mes mains, j'ai porté mon sang
Je n'ai jamais mis en berne mes pavillons.
J'ai préservé l'herbe verte
Sur les tombes de mes ancêtres
Je vous appelle.....
Ecrivains...
Titre : Placebo
Auteur : Luc Enoka Camoui & Georges Waixen Wayewol
Le mot de l’éditeur :
Pourquoi écrire ? Et surtout, pourquoi écrire de la poésie ? Ne serait-ce pas, au fond, un placebo, une façon de se masquer le monde, d’échapper à la vie en s’en tenant au rêve, aux beautés factices, ou bien, au contraire, pour se plonger plus loin dans l’humain, pour y trouver un chemin vers la vérité de l’être, vers la justesse des gestes.
De l’île d’Ouessant à Saint-Louis du Sénégal, de l’Inde à Québec, de Mébuet à Nouméa, Luc Camoui et Georges Wayewol nous entraînent à leur suite dans leur pirogue de paroles. Examen de conscience, réminiscences, regards croisés ou cris du coeur sur une société toujours en devenir, où l’évolution du pays se confond avec tous les pas faits, ensemble, depuis l’enfance.
Non, la poésie n’est pas un pis-aller à l’usage des faibles, mais une force de transformation et d’accomplissement, le moyen d’une libération personnelle loin des castes et des dogmes, une conquête de la dignité.
Kanaky, le 7 novembre 2011
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A celle qui plante les arbres…
La réforme du modèle économique cubain - Causes et perspectivesSalim LamraniMardi 23 août 2011
Confrontée à des sanctions économiques imposées par les Etats-Unis depuis plus d’un demisiècle, à la crise financière globale et à un problème récurrent de productivité, Cuba se trouve dans l’obligation de réformer en profondeur son système socio-économique afin de préserver ses acquis
sociaux et son mode de vie. Si les facteurs externes expliquent en partie les difficultés auxquelles se trouve confrontée la société cubaine, il est impossible d’en éluder les responsabilités internes. Comme l’a souligné le président cubain Raúl Castro lors du IXe Congrès de l’Union des Jeunes Communistes le 4 avril 2010, « la bataille économique constitue aujourd’hui, plus que jamais, la tâche principale […] des cadres car d’elle dépend la durabilité et la préservation de notre système social1[1] ». Quelques mois plus tard, le 18 décembre 2010, lors d’une intervention devant le Parlement cubain, Raúl Castro a tenu un discours plus alarmiste et a mis le gouvernement et les citoyens face à leurs responsabilités : « Soit nous rectifions [ce qui ne marche pas,] soit nous coulons après avoir trop longtemps bordé le précipice1[2] ».
Le leader historique de la Révolution cubaine, Fidel Castro, a approuvé cette analyse et a apporté son soutien au processus d’actualisation du système économique1[3]. L’alternative est claire : le modèle
économique cubain doit urgemment subir des changements structurels et conceptuels profonds sous peine d’effondrement.
Les facteurs externesLe principal obstacle au développement économique du pays reste les sanctions économiques que Washington impose de façon unilatérale à La Havane depuis juillet 1960, lesquelles affectent les catégories les plus vulnérables de la population cubaine et tous les pans de la société. Unanimement condamnées pour la 19ème fois consécutive par 187 pays en octobre 2010, lors de la réunion de l’Assemblée générale des Nations unies, les sanctions économiques, en plus de bloquer tout commerce
substantiel entre les deux nations (sauf certaines matières premières alimentaires depuis 2000), revêtent également un caractère rétroactif et extraterritorial. En effet, depuis l’adoption de la loi Torricelli en 1992,
de la loi Helms-Burton en 1996 ainsi que des nouvelles restrictions imposées par l’administration Bush en 2004 et 2006, le commerce avec les pays tiers s’en trouve fortement affecté1[4].
Ainsi, depuis 1992, toute embarcation accostant à un port cubain se voit interdire l’entrée aux Etats-Unis pendant six mois, ce qui engendre un surcoût important pour Cuba, qui dépend essentiellement du transport maritime en raison de son insularité. De la même manière, depuis 1996, tout entrepreneur étranger investissant à Cuba sur des terres nationalisées en 1959 risque de voir ses avoirs gelés aux Etats-Unis. Par ailleurs, depuis 2004, tout constructeur automobile, quelle que soit sa nationalité, doit
démontrer au Département du Trésor que ses produits ne contiennent pas un seul gramme de nickel cubain pour pouvoir les vendre sur le marché étasunien. Il en est de même pour toutes les entreprises agroalimentaires souhaitant investir le marché étasunien. Danone, par exemple, devra démontrer que ses produits ne contiennent aucune matière première cubaine. Ces mesures rétroactives et extraterritoriales privent ainsi l’économie cubaine de nombreux capitaux et les exportations cubaines de nombreux
marchés à travers le monde1[5].
D’un autre côté, les crises économique, financière, énergétique, alimentaire et environnementale ont eu un impact désastreux sur les pays en voie de développement en général et Cuba en particulier.
L’envolée des prix des matières premières alimentaires, dont le prix a été multiplié par deux depuis 2007 et dont l’île dépend à 83%, ainsi que la baisse du cours des ressources minérales que Cuba exporte (tel
que le nickel dont le cours a chuté de plus de 50%) ont déséquilibré la balance des paiements et fortement réduit les liquidités disponibles. Ainsi, entre 1997 et 2009, Cuba a subi une perte nette de plus de 10
milliards de dollars en raison de la dégradation des termes de l’échange et a vu son pouvoir d’achat se réduire de 15%. Par ailleurs, Cuba se voit interdire tout accès à des financements externes auprès du
Fonds monétaire international ou de la Banque mondiale, en raison des sanctions économiques. Les Cubains de l’étranger, des Etats-Unis en particulier, ont réduit le montant de leurs transferts d’argent vers
l’île en raison de la récession économique. Les revenus du tourisme ont également chuté pour les mêmes motifs1[6].
A cela s’ajoutent les catastrophes naturelles – seize cyclones au total – qui, entre 1998 et 2008, ont causé des dégâts d’un montant supérieur à 20 milliards de dollars1[7]. Ainsi, l’ouragan Gustav qui a frappé les
Caraïbes à la fin du mois d’août 2008 a eu un coût matériel dramatique. Les provinces de Pinar del Río, Matanzas et de l’île de Jeunesse ont offert un spectacle de ruine et de désolation. Des 25 000 logements que compte l’Île de la Jeunesse, 20 000 ont été partiellement ou totalement détruits. Près de 45% des habitations de Pinar del Río, soit 102 000 logements, ont été gravement endommagées. Fidel Castro avait comparé les dégâts causés par le cyclone à « une attaque nucléaire1[8] ». Pour sa part, l’ouragan Ike de
septembre 2008 a détruit, entre autres, 323 000 logements, 700 000 tonnes d’aliments, une grande partie de l’infrastructure électrique et les réserves d’eau potable.1[9] Par ailleurs, les précipitations irrégulières
entre novembre 2008 et juin 2010 ont affectés les cultures agricoles et réduit les possibilités d’exportations de certaines matières premières alimentaires (tabac, rhum, sucre)1[10].
Ces aléas ont amenés les autorités cubaines à bloquer les transferts financiers vers l’extérieur à partir de 2008 afin d’éviter une fuite des capitaux étrangers. La Havane a également été contraint de renégocier sa
dette face aux difficultés de paiement. Quant à la croissance, elle a été de 2,1% pour l’année 20101[11].
1 [1] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, y Segundo Secretario del Comité Central del Partido Comunista de Cuba, en la clausura del IX Congreso de la Unión de Jóvenes Comunistas », República de Cuba, 4 avril 2010.
http://www.cuba.cu/gobierno/rauldiscursos/2010/esp/r030410e.html (site consulté le 26 mars 2011).
1 [2] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », República de Cuba,
18 décembre 2010. http://www.cuba.cu/gobierno/rauldiscursos/2010/esp/r181210e.html (site consulté le 2 avril 2011).
1 [3] Agence France Presse, « Fidel Castro apoya cambios impulsados por su hermano Raúl », 18 novembre 2010.
1 [4] Salim Lamrani, État de siège, Paris, Éditions Estrella, 2011.
1 [5] Ibid.
1 [6] Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », Prensa Latina 18 avril 2011. http://www.prensa latina.cu/Dossiers/LineamientosVICongresoPCC.pdf (site consulté le 20 avril 2011). Voir également Andrea Rodriguez, « Alza de precio de alimentos afecta a Cuba », The Associated Press, 15 avril 2011.
1 [7] Ibid.
1 [8] Fidel Castro, « Un golpe nuclear », Granma, 3 septembre 2008 ; Ronald Suárez Rivas, « Housing, the Greatest Challenge », Granma, 2 septembre 2008.
1 [9] Marta Hernández, « Más de 320 000 casas dañadas », Granma, 11 septembre 2008. Orfilio Pelaez, « Pérdidas millonarias
en la vivienda », Granma, 13 septembre 2008 ; Granma, « Cuba prioriza alimentación de damnificados por huracán Gustav », 5 septembre 2008, Prensa Latina, « Cuba prosigue evaluación de daños y recuperación tras huracán Ike », 11 septembre 2008 ; Freddy Pérez Cabrera, « Recuperar todo lo relacionado con la producción de alimentos », Granma, 11 septembre 2008 ; EFE, « Los supermercados de La Habana presentan problemas de abastecimiento », 16 septembre 2008 ; Wilfredo Cancio Isla, « Perdidas 700,000 toneladas de alimentos », El Nuevo Herald, 12 septembre 2008 ; The Associated Press, « Cuba Estimates Gustav, Ike Damages at US$5 Billion », 16 septembre 2008 ; Granma, « Información oficial de datos preliminares sobre los daños ocasionados por los huracanes Gustav e Ike », 16 septembre 2008.
1 [10] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.
1 [11] Ibid.
Les facteurs internes. D’un point de vue national, plusieurs facteurs – dont une partie substantielle sont en lien direct avec l’état de siège imposé par les Etats-Unis – sont à mettre en exergue tels que la bureaucratie, la corruption au niveau intermédiaire – et parfois au plus haut niveau – de la structure étatique entrainant le renforcement du marché parallèle, le manque de débat critique, la faible productivité, l’hypertrophie du secteur public, la production insuffisante de matières premières alimentaires, la décapitalisation de l’industrie et de l’infrastructure productive, ainsi que le vieillissement de la population
La bureaucratie. La bureaucratie est un réel problème à Cuba et affecte des pans entiers de la société. La presse cubaine, qui a longtemps éludé le sujet, n’hésite désormais plus à en dénoncer l’indolence, l’inefficacité et les dérives. Le principal quotidien du pays, Granma, porte-parole du Parti communiste, a virulemment stigmatisé le poids de la bureaucratie et exhorte à « un changement de mentalité » dans une chronique intitulée « Bureaucratisme, de règle à exception ». Selon l’article, « il y en a encore qui ferment les yeux face au nouveau scénario qui se met en place pour l’économie et la société ». Certains ont « la bureaucratie dans les veines, inoculée comme un virus mortel », alors que d’autres ne souhaitent pas que change « le système d’obstacle, de dilation, d’impunité et l’amende ou le bakchich pour qu’une démarche quelconque arrive à son terme ». Nombre de fonctionnaires « profitent de leurs huit heures quotidiennes de bourreaux rendant la vie impossible » aux citoyens. Granma appelle le gouvernement à mettre un
terme à ce « fléau parasitaire au sein de l’administration publique », notamment pour l’application des nouvelles mesures d’élargissement du secteur privé[1].
Le quotidien Juventud Rebelde a également dénoncé une bureaucratie « aux méthodes autocratiques et verticalistes », insensible aux problèmes de la population. Le journal fustige son comportement « impardonnable et paradoxal », notamment en cette période de grands changements à Cuba. Cette dernière ne daigne même pas répondre aux courriers de la population dans plus de 30% des cas et refuse « d’évaluer les problèmes à la racine ». « Un autre élément préoccupant est l’impunité avec laquelle les lois, les normes et même les droits des citoyens sont transgressés, devant les yeux de
supérieurs[2] ».
Alfredo Guevara, père du cinéma cubain et ami personnel de Fidel Castro, a approuvé la volonté de réforme du gouvernement et a appelé à mettre fin à l’étatisation outrancière de la société cubaine. « Nous sommes en train de vivre un processus de destruction de l’étatisation de la société et
j’espère que nous aurons un Etat qui s’autolimite dans ses fonctions et qui permette à la société de se développer[3] ». Cela permettra d’atteindre « un niveau d’indépendance et de maturité qui sera un grand apport » pour le pays. Guevara a souvent dénoncé la bureaucratie cubaine « absurde et inefficace[4] » ainsi que le paternalisme contre-productif de l’Etat. D’après lui, « la bureaucratie est représentée par des dirigeants inutiles qui pensent que leur tâche consiste uniquement à donner des ordres. L’Etat, ce n’est pas la bureaucratie, mais évidemment un Etat disproportionné crée un phénomène idéologique bureaucratique[5] ».
Le président de la République Raúl Castro a mis en garde les partisans du statu quo, qui refusent le changement : « Nous serons à la fois patients et persévérants face aux résistances au changement, qu’elles soient conscientes ou inconscientes. J’avertis que toute résistance bureaucratique à l’accomplissement stricte des accords du Congrès, massivement soutenus par le peuple, sera inutile[6] ».
La corruption. La corruption est également un phénomène endémique à Cuba et gangrène les niveaux intermédiaires de la structure étatique, y compris les inspecteurs des impôts, et parfois la plus haute hiérarchie[7]. Le marché noir s’est substantiellement développé à Cuba depuis la chute de l’Union
soviétique. Elle est principalement due à l’insuffisance du revenu mensuel. Raúl Castro l’a d’ailleurs reconnu sans ambages : « Le salaire est encore clairement insuffisant pour satisfaire tous les besoins, et il a pratiquement cessé de remplir son rôle d’assurer le principe socialiste selon lequel chacun apporte selon sa capacité et reçoit selon son travail. Cela a favorisé des manifestations d’indiscipline sociale[8] ».
Or, toute augmentation du traitement mensuel ne peut survenir qu’en parallèle à une augmentation de la production, laquelle génèrera plus de revenus.
Une étude réalisée en 2005, à la demande expresse de Fidel Castro, avait révélé l’ampleur du vol de combustible dans les 2 000 stations à essence du pays. Durant quarante-cinq jours, les employés de ces
points de vente avaient été remplacés par des travailleurs sociaux et renvoyés chez eux, avec le maintien intégral de leur salaire. Le premier rapport rendu public avait montré que plus de 50% de l’essence était
détourné. En effet, les revenus quotidiens générés par les 2 000 points de ventes avaient augmenté de 100 000 dollars, soit une croissance de 115% par rapport à la situation antérieure. Dans la province de Santiago de Cuba, les revenus avaient explosé de 553%, illustrant ainsi le fait que plus de 80% du combustible était dérobé à l’Etat et revendu dans l’économie souterraine[9]. Un détournement d’une telle ampleur ne peut être effectué sans la complicité active de hauts-fonctionnaires occupant des postes à
responsabilité. Par le passé, plusieurs ministres ont été destitués, traduits en justice et condamnées à de lourdes peines de prison pour corruption et détournements de fonds[10]. Récemment trois ministres ont
été limogés pour diverses raisons[11]. Face à ce constat alarmant, Fidel Castro avait mis en garde contre un effondrement total du système : « Ce pays peut s’autodétruire lui-même ; cette Révolution peut s’autodétruire […], nous pouvons la détruire, et ce serait notre faute[12] ».
Raúl Castro, conscient que la corruption n’épargne pas les hauts-fonctionnaires, a envoyé un message clair aux responsables de tous les secteurs : « Il faut mettre un terme définitif au mensonge et à la tromperie dans la conduite des cadres, de tout niveau ». De manière plus insolite, il s’est appuyé sur deux des dix commandements bibliques pour illustrer son propos : « Tu ne voleras point » et « tu ne mentiras point ». De la même manière, il a évoqué les trois principes éthiques et moraux de la civilisation Inca : « ne pas mentir, ne pas voler, ne pas être paresseux », lesquels doivent guider la conduite de tous les responsables de la nation[13]. En effet, le marché noir est alimenté par le détournement massif de marchandises importées par l’Etat et implique forcément de hauts dirigeants. Raúl Castro a été explicite à
ce sujet : « Face aux violations de la Constitution et de la légalité établie, il n’y a d’autres alternatives que de recourir au Procureur et aux Tribunaux, comme nous avons déjà commencé à le faire, pour exiger des
responsabilités aux contrevenants, quels qu’ils soient, car tous les Cubains, sans exception, sommes égaux devant la loi[14] ».
Gladys Berejano, vice-présidente du Conseil d’Etat et responsable de la lutte anticorruption du gouvernement cubain, a reconnu que le combat contre les malversations restait un défi majeur et l’une des grandes priorités nationales. Selon un récent audit réalisé en 2011, à peine 46% des entités publiques évaluées à Cuba présentaient un bilan acceptable. Dans le reste des agences et entreprises d’Etat, les administrateurs ont falsifié les livres de comptes afin de détourner des articles vers le marché noir, avec la complicité des experts-comptables chargés d’évaluer la santé financière de la structure[15].
L’affaire Esteban Morales est édifiante dans la mesure où elle permet de faire la lumière sur la lutte entre les forces obscures et conservatrices toujours présentes au sein du Parti Communiste Cubain et ses secteurs plus critiques et progressistes. Dans un article publié sur le site Internet de l’Union nationale des écrivains et artistes de Cuba (UNEAC), Esteban Morales, économiste et membre du Parti communiste cubain à la réputation honorable, spécialiste de la question du racisme et des relations avec les Etats-Unis, avait mis en garde en avril 2011 contre le principal danger qui menaçait le processus révolutionnaire cubain : la corruption. Il avait dénoncé l’enrichissement illicite de certains haut-fonctionnaires et
membres du gouvernement sans citer de noms, les accusant de préparer le transfert des biens publics entre des mains privées, en cas de chute du régime, dans un processus similaire à ce qui s’était passée dans l’ex
Union Soviétique. « Il est indéniable que la contrerévolution prend peu à peu des positions à certains niveaux de l’Etat et du gouvernement ». Il avait cité en exemple la distribution récente de terres en usufruit et les nombreux cas de « fraudes, illégalités, favoritismes, lenteur bureaucratiques » qui se sont ensuivis, ainsi que d’autres cas de hauts-fonctionnaires qui se sont rendus coupables de détournements de fonds et ont ouvert des comptes bancaires à l’étranger[16].
Suite à la publication de cette réflexion sévère et implacable sur la forme mais fondamentalement avérée, Morales a été exclu du Parti Communiste Cubain et son article retiré du site de l’UNEAC. Néanmoins, face au large soutien dont il a bénéficié parmi les membres du Parti – y compris celui de Raúl Castro –, la Commission d’Appel du Comité Central a désavoué la décision prise en première instance et a réintégré Morales dans ses fonctions[17].
La culture du débat. L’absence d’une véritable culture du débat critique à Cuba constitue un frein au développement de la nation. Les plus hauts dirigeants sont conscients cette réalité. Ainsi, Fidel Castro regrette l’unanimité de façade trop souvent présentée, notamment dans la presse cubaine :
Pendant longtemps on a eu tendance ici à supposer que les remarques critiques, la dénonciation de ce qui n’allait pas faisaient le jeu de l’ennemi, aidaient la contre-révolution. Certains ont peur parfois d’informer sur quelque chose en pensant que cela pourrait servir à l’ennemi. Or nous savons pertinemment que le travail des médias est très important dans la lutte contre les faits négatifs. C’est pourquoi nous avons
encouragé à l’esprit critique. Nous sommes arrivés à la conclusion qu’il était nécessaire de développer bien davantage l’esprit critique[18].
Raúl Castro a également fustigé les non-dits, la complaisance et la médiocrité. Il a appelé à plus de franchise. « Il ne faut pas craindre les divergences de critères […], les différences d’opinions […], qui seront toujours préférables à la fausse unanimité basée sur la simulation et l’opportunisme. Il s’agit de surcroit d’un droit dont personne ne doit être privé ». Castro a dénoncé l’excès de la « culture du secret à laquelle nous nous sommes habitués durant plus de cinquante ans » pour occulter les erreurs, les défaillances et les manquements. « Il est nécessaire de changer la mentalité des cadres et de tous nos compatriotes[19] », a-t-il ajouté, en proposant de limiter à 10 ans les mandats politiques « afin d’assurer un rajeunissement systématique de toute la chaîne de responsabilité[20] ». A destination des médias, il a tenu les propos suivants : Notre presse parle assez de cela, des conquêtes de la Révolution, et nous en faisons autant dans les discours. Mais il faut aller au coeur des problèmes […]. Je suis un défenseur à outrance de la fin de la
culture du secret car derrière ce tapis doré se cachent nos manquements et ceux qui ont intérêt à ce que rien ne change. Je me souviens de quelques critiques apparues dans la presse il y quelques années avec mon soutien [...]. Immédiatement, la grande bureaucratie s’est mise en branle et a commencé à protester :
« Ces choses n’aident pas et démoralisent les travailleurs ». Quels travailleurs vont être démoralisés ? De même, dans une grande entreprise laitière de l’Etat de Camagüey, Le Triangle, pendant des semaines, on
donnait le lait produit à des cochons du coin car le camion citerne était en panne. J’ai alors demandé à un
secrétaire du Comité Central de dénoncer cela dans Granma. Certains sont venus me voir pour me dire
que ce genre de critiques était contreproductif car cela démoralisait les travailleurs, etc. Mais, ce qu’ils ne
savaient pas, c’est que j’en étais à l’origine[21].
Le 1er août 2011, lors de son discours de clôture de la VIIe Législature du Parlement Cubain,
Raúl Casto a réitéré la nécessité du débat critique et contradictoire au sein d’une société : « Toutes les
opinions doivent être analysées, et quand il n’y a pas consensus, les divergences seront portées auprès des
instances supérieures habilitées à prendre une décision ; de plus, personne ne dispose des prérogatives
pour l’empêcher[22] ». Il a appelé à mettre fin « à l’habitude du triomphalisme, de l’autosatisfaction et du
formalisme dans le traitement de l’actualité nationale et à générer des matériaux écrits et des programmes
de télévision et de radio qui par leur contenu et leur style captent l’attention et stimulent le débat au sein
de l’opinion publique », afin d’éviter les matériaux « ennuyeux, improvisés et superficiels » au sein des
médias[23].
Granma a également fustigé la culture du secret de la part des fonctionnaires qui empêchent la
presse cubaine d’informer correctement la population. Ainsi, la collecte d’information devient un
véritable parcours du combattant dans un labyrinthe bureaucratique où les autorisations pour tout
reportage sont nécessaires. Le quotidien dénonce « l’incompréhension de nombreux fonctionnaires
administratifs qui semblent vivre insensibles au droit des citoyens et à l’irritation que cause à la
population le fait de ne pas expliquer à temps les raisons d’un phénomène ou d’une mesure ». Les
obstacles sciemment érigés dans l’accès à l’information violent « les principes démocratiques » établies
par la Constitution de la République. « Offrir une information systématique, véritable, diverse, qui
permette d’aborder la réalité dans toute sa complexité, ne constitue pas une faveur mais un droit du
peuple », conclut le journal[24].
Le sectarisme
A Cuba, certaines pratiques discriminatoires sont toujours persistantes au plus haut niveau de
l’appareil étatique, malgré les efforts déployés par le président de la République lui-même pour y mettre
un terme. Raúl Castro a ainsi publiquement dénoncé à la télévision certaines atteintes à la liberté
religieuse dues à l’intolérance « encore enracinée dans la mentalité de nombreux dirigeants à tous les
niveaux ». Il a évoqué le cas d’une femme, cadre du Parti communiste, au parcours exemplaire, qui a été
écartée de ses fonctions, en février 2011, en raison de sa foi chrétienne et dont le salaire a été réduit de
40%, en violation de l’article 43 de la Constitution de 1976 qui interdit tout type de discrimination. Le
président de la République a ainsi dénoncé « le mal occasionné à une famille cubaine par des attitudes
basées sur une mentalité archaïque, alimentée par la simulation et l’opportunisme ». Rappelant que la
personne victime de cette discrimination était née en 1953, date de l’attaque de la caserne Moncada par
les partisans de Fidel Castro contre la dictature de Fulgencio Batista, Raúl Castro a tenu les propos
suivants :
Je ne suis pas allé au Moncada pour ça […]. J’ai évoqué cette affaire lors de la réunion du 30
juillet, qui marquait également le 54ème anniversaire de l’assassinat de Frank País et de son fidèle
compagnon Raúl Pujol. J’ai connu Frank au Mexique, je l’ai revu dans la Sierra, et je ne me souviens pas
avoir connu une âme aussi pure que la sienne, aussi courageuse, aussi révolutionnaire, aussi noble et
modeste, et m’adressant à l’un des responsables de cette injustice qui a été commise, je lui ai dit : Frank
croyait en Dieu et pratiquait sa religion, que je sache il n’avait jamais cessé de la pratiquer, qu’auriezvous
fait de Frank País[25] ?
Pourtant, les relations avec l’Eglise catholique romaine n’ont jamais été aussi bonnes depuis le
triomphe de la révolution en 1959. Le scénario de confrontation avec les institutions religieuses a peu à
peu laissé place au dialogue, limant ainsi les aspérités du passé où « les deux parties ont fait preuve
d’excès ». Raúl Castro a ainsi virulemment condamné ces pratiques « qui portent atteinte à notre principal
arme pour préserver l’indépendance et la souveraineté nationale, c’est-à-dire, l’Unité de la Nation ».
Selon lui, il est urgent de briser « la barrière psychologique formée par l’inertie, l’immobilisme, la
simulation ou la double morale et l’insensibilité » qui conduit à tout type d’abus. « Notre pire ennemi
n’est pas l’impérialisme et encore moins ses salariés présents sur notre sol, mais nos propres erreurs. Si
elles sont analysées en profondeur et avec honnêteté, elles se transformeront en leçons[26] ».
Une productivité faible
La productivité est également un problème endémique dans une société habituée à recevoir la
même rémunération quelle que soit la qualité et la quantité du travail fourni. Les employés du secteur
public ne s’intéressent guère aux problématiques de productivité et d’efficience. Il y en en effet « une
absence de culture économique chez la population ». Par ailleurs, la soviétisation de l’économie cubaine à
partir de 1968, avec la nationalisation de tous les petits commerces, a eu des conséquences désastreuses
pour le pays en termes de rendement. Au lieu d’adapter la politique économique aux particularités
nationales, Cuba avait suivi par mimétisme le modèle russe. Raúl Castro admet désormais l’erreur dictée
à la fois par l’inexpérience de la direction de la nation et par le contexte géopolitique de l’époque : « Nous
ne pensons pas copier de nouveau quelqu’un, car cela nous a causé de nombreux problèmes par le passé
et, par-dessus le marché, nous avions mal copié[27] ». Le gouvernement cubain est lucide au sujet de ses
manquements en matière économique. Il reconnaît que « la spontanéité, l’improvisation, la superficialité,
le non-accomplissement des objectifs, le manque de profondeur dans les études de faisabilité et le manque
de vision intégrale pour entreprendre un investissement » portent un grave préjudice à la nation[28].
Cuba dispose de terres extraordinairement fertiles et pourrait être un exportateur de matières
premières alimentaires. Au lieu de cela, Cuba importe 83% des produits alimentaires qu’elle consomme.
Par exemple, Cuba importe chaque année 47 millions de dollars de café alors qu’il serait parfaitement
possible d’en produire à Cuba d’une excellente qualité. En 1975, le Vietnam, au sortir de la guerre, avait
sollicité l’aide cubaine pour produire du café. Le Vietnam est désormais le second exportateur de café au
monde…grâce à l’expérience et au savoir-faire cubains. Un diplomate vietnamien a fait part de sa
surprise à son homologue cubain face à cette contradiction : « Comment est-il possible que vous nous
achetiez du café alors que vous nous avez appris à le semer[29] ? ». Il y a une raison à cela : Sur les 6,6
millions d’hectares de surface agricole, 3,6 millions restaient en jachère ou sous-exploités en 2008[30].
La politique agricole du gouvernement révolutionnaire a ainsi été l’un de ses plus graves échecs.
Plusieurs facteurs permettent d’expliquer cette dépendance stratégiquement dangereuse. Tout d’abord, le
métier de la terre est par définition un travail difficile et ingrat, surtout dans une société qui a atteint un
niveau de développement humain sans précédant dans l’histoire de l’Amérique latine et du Tiers-monde.
Il est en effet difficile de convaincre des citoyens ayant obtenu des diplômes universitaires d’aller
produire du café ou du blé pour obtenir, de toute façon, le même salaire qu’un employé de bureau. Pour
cela, il est indispensable « que les agriculteurs obtiennent des revenus justes et raisonnables pour leur dur
labeur[31] », comme l’a rappelé le président cubain. Ainsi, depuis 2008, sur un fonds disponible de 1,8
millions d’hectares de terres non cultivées, plus d’un million a été concédé – pour des surfaces allant de
13 à 40 hectares – en usufruit gratuit pour une période de 10 ans pour les particuliers et de 25 ans pour les
coopératives. De la même manière, le gouvernement a décidé de baisser de 60% le prix du matériel et des
produits agricoles afin d’inciter la population à investir ce domaine[32].
L’hypertrophie du secteur public et la faiblesse de l’infrastructure productive
L’hypertrophie du secteur public est une réalité indéniable. En effet, l’Etat emploie près de 84%
de la population active, qui s’élève à 5,2 millions de personnes. La fonction publique se charge de fournir
un emploi aux Cubains, même si certains secteurs sont saturés. Le suremploi permet d’obtenir une
certaine stabilité sociale mais près d’un million d’emplois sont considérés comme peu ou pas
productifs[33].
La décapitalisation de l’industrie et de l’infrastructure productive constitue un sérieux obstacle
économique. Cuba a un besoin urgent de nouveaux investissements, notamment en capitaux étrangers.
Néanmoins, les menaces de sanctions en provenance des Etats-Unis freinent les potentiels
investisseurs[34].
Une transition démographique avancée
Cuba se trouve enfin à stade de transition démographique avancée, tout comme des pays tels que
l’Argentine, l’Uruguay ou le Chili, en raison de son indice de développement humain élevée. Le pays est
donc confrontée au vieillissement de sa population, dont l’espérance de vie est de près de 80 ans. Selon le
Bureau national des statistiques (ONE), près de deux millions de personnes ont plus de 60 ans, soit 17,8%
de la population du pays. Dans vingt ans, le chiffre passera à 30%[35]. Cuba compte actuellement 1 551
centenaires et doit faire face non seulement au problème du financement des retraites – l’âge de départ est
passé de 55 ans à 60 ans pour les femmes et de 60 ans à 65 ans pour les hommes en 2009 –, mais
également au danger de non-renouvellement générationnel qui affecte l’économie et la société. En effet,
le nombre d’habitants a diminué en 2010 en raison du faible taux de natalité[36].
[1] Félix López, « Burocratismo, de regla a excepción », Granma, 29 janvier 2011 ; EFE, « Diario oficial arremete contra
burócratas », 29 janvier 2011
[2] José Alejandro Rodríguez, « Menos respuestas cuando más se necesitan », Juventud Rebelde, 6 juillet 2011.
[3] Agence France Presse, « Figura histórica del castrismo aplaude la ‘desestatización », 23 novembre 2010.
[4] Agence France Presse, « Transición del ‘disparate’ al socialismo, dice Guevara », 24 juin 2011
[5] Agence France Presse, « Figura histórica del castrismo aplaude la ‘desestatización », op. cit.
[6] Raúl Castro, « Toda resistencia burocrática al estricto cumplimiento de los acuerdos del Congreso, respaldados
másivamente por el pueblo, será inútil », Cubadebate, 1er août 2011.
[7] Agence France Presse, « Fisco cubano combatirá corrupción de inspectores », 26 juillet 2011.
[8] Raúl Castro Ruz, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado
y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del
Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op. cit.
[9] Andrea Rodriguez, « Castro revela cifras de robo de combustible en Cuba », Associated Press, 7 décembre 2005.
[10] Esteban Morales, « Corrupción: ¿La verdadera contrarrevolución? », Progreso Semanal, 20 avril 2010 ; Mauricio Vicent,
« Corrupción al modo cubano », El País, 16 mai 2010 ; Agence France Presse, « Cuba condena a veinte años de cárcel a
empresario chileno Max Marambio », 5 mai 2011.
[11] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y
de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del
Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit., Granma, «
Electa Teresita Romero vicepresidenta de la Asamblea Provincial del Poder Popular en Sancti Spíritu », 2 avril 2011 ; EFE, «
Destituciones por corrupción en gobierno de Sancti Spíritu », 2 avril 2011.
[12] Fidel Castro Ruz, « Discurso pronunciado por Fidel Castro Ruz, Presidente de la República de Cuba, en el acto por el
aniversario 60 de su ingreso a la universidad, efectuado en el Aula Magna de la Universidad de La Habana », 17 novembre
2005. http://www.cuba.cu/gobierno/discursos/2005/esp/f171105e.html (site consulté le 2 avril 2011).
[13] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y
de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del
Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.
[14] Raúl Castro, « Toda resistencia burocrática al estricto cumplimiento de los acuerdos del Congreso, respaldados másivamente por el pueblo, será inútil », Cubadebate, 1er août 2011.
[15] Juan O. Tamayo, « Régimen cubano reconoce aumento de corrupción », 22 juin 2011.
[16]Esteban Morales, « Corrupción : ¿la verdadera contrarrevolución », Unión Nacional de Escritores y Artistas de Cuba, 8 avril 2011. http://www.uneac.org.cu/index.php module=noticias&act=detalle&tipo=noticia&id=3123 (site consulté le 11 août 2011).
[17] Andrea Rodriguez, « Cuba : comunistas reincorporan a académico expulsado por críticas », The Associated Press, 8 juillet 2011.
[18] Ignacio Ramonet, Fidel Castro. Biographie à deux voix, Paris, Fayard/Galilée, 2007, p. 516.
[19] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.
[20] Raúl Castro, « Texto íntegro del Informe Central al VI Congreso del PCC », 16 avril 2011.
http://www.cuba.cu/gobierno/rauldiscursos/2011/esp/r160411e.html (site consulté le 3 juin 2011).
[21] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.
[22] Raúl Castro, « Toda resistencia burocrática al estricto cumplimiento de los acuerdos del Congreso, respaldados másivamente por el pueblo, será inútil », Cubadebate, 1er août 2011.
[23] Raúl Castro, « Texto íntegro del Informe Central al VI Congreso del PCC », 16 de abril de 2011.
http://www.cubadebate.cu/opinion/2011/04/16/texto-integro-del-informe-central-al-vi-congreso-del-pcc/ (site consulté le 20 avril 2011).
[24] Anneris Ivette Leyva, « El derecho a la información », Granma, 8 juillet 2011.
[25] Raúl Castro, « Toda resistencia burocrática al estricto cumplimiento de los acuerdos del Congreso, respaldados másivamente por el pueblo, será inútil », Cubadebate, 1er août 2011.
[26] Ibid.
[27] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.
[28] Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.
[29] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.
[30] Andrea Rodriguez, « Rebajan precios de insumos agrícolas en Cuba », The Associated Press, 5 août 2011. Voir également le témoignage d’un agriculteur : Ventura de Jesús, « Un buen agricultor suburbano », Granma, 21 mai 2011.
[31] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.
[32] Andrea Rodriguez, « Rebajan precios de insumos agrícolas en Cuba », op. cit.
[33] Paul Haven, « Cuba : Pequeños empresarios, factor clave de reformas económicas », The Associated Press, 31 janvier 2011.
[34] Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.
[35] EFE, « El envejecimiento poblacional en Cuba continuó en aumento en 2010 », 7 juillet 2011.
[36] Agence France Presse, « Aumenta cantidad de centenarios y disminuyen nacimientos en Cuba », 20 mai 2011. Voir également EFE, « Centenarios cubanos develan secreto de la longevidad », 27 mai 2011.
Les mesures économiques et sociales du 1er décembre 2010 au 28 février 2011, un projet de réforme de la politique économique et sociale, élaboré par la Commission de Politique économique du Parti communiste cubain, a été soumis à un vaste débat public avec l’aide de la centrale syndicale du pays[1]. Au total, près de 9 millions de Cubains ont assisté à l’une des 163 000 réunions organisées pour débattre du projet avec un total de 3 millions d’interventions. Le document original comprenait 291 points, desquels 16 ont été intégrés à d’autres, 94 ont été maintenus intacts, 181 ont été modifiés et 36 ajoutés pour un total comprenant au final 311 points[2]. Le projet de départ a ainsi été modifié à 68% par les citoyens et a été adopté le 18 avril 2011 lors de la tenue du VIIème Congrès du Parti communiste cubain par les mille délégués représentant les 800 000 militants[3]. Il a ensuite été soumis au Parlement cubain, qui l’a approuvé en session plénière le 1er août 2011[4].
L’Etat cubain, qui doit apporter des solutions pour éviter la banqueroute, a ainsi décidé, sur une
base quinquennale, d’adapter les dépenses aux ressources disponibles et de réduire au maximum le
recours à la dette[5]. Raúl Castro a insisté sur l’urgence de la situation : « Nous sommes convaincus que
la seule chose qui puisse faire échouer la Révolution et le socialisme à Cuba, mettant en danger le futur de
la nation, est notre incapacité à dépasser les erreurs que nous avons commises durant plus de 50 ans[6] ».
Deux mesures spectaculaires sont à souligner. La première constitue une révolution structurelle de
la force du travail. Ainsi, les autorités ont décidé de procéder à la suppression à moyen terme de près d’un
demi-million de postes de fonctionnaires, soit 10% du total des employés du secteur public, et d’un
million d’ici cinq ans[7]. Les fonctionnaires concernés auront trois possibilités : une réaffectation dans un
service déficitaire, le travail privé ou l’obtention de terres en usufruit. Auparavant, les employés licenciés
percevaient l’intégralité de leur revenu jusqu’à ce qu’ils retrouvent un emploi. Désormais, l’allocation
chômage ne durera que cinq mois au maximum et sera à taux plein que le premier mois (passant ensuite à
60% du salaire). Tous les secteurs disposant d’un excédent de capital humain seront réduits au strict
nécessaire avec une restructuration du monde du travail. Le gouvernement précise néanmoins que « l’Etat
socialiste ne laissera aucun citoyen dans le désarroi et s’assurera, par le biais du système d’assistance
sociale, que les personnes ne pouvant travailler recevront un minimum de protection. A l’avenir, les
subventions seront destinées non pas aux produits mais à celles et ceux qui pour une raison ou pour une
autre les nécessitent vraiment[8] ».
La seconde mesure est également sans précédent par son envergure. Il s’agit d’une ouverture de
l’économie étatique au secteur privé, destinée, entre autres, à légaliser une économie informelle
croissante, et à récolter des impôts dans un pays peu habitué à la culture fiscale. Ainsi, l’Etat, qui contrôle
près de 90% de l’économie, a décidé de déléguer une partie de ses activités économiques à des personnes
privées, et se limitera à la gestion et l’exploitation des ressources stratégiques de la nation, avec une
décentralisation progressive afin de stimuler le développement. Près de 250 000 nouvelles licences ont été
octroyées dans divers secteurs. Près de 178 nouvelles activités ont ainsi été ouvertes au domaine privé et
concernent différents champs tels que la restauration (le nombre de sièges dans les restaurant passant de
12 à 50 [9], la vente au détail ou la location de chambre. Dans 83 secteurs, les nouveaux entrepreneurs
pourront désormais embaucher du personnel, prérogative qui a été jusque là une exclusivité de l’Etat, des sociétés mixtes et des entreprises étrangères, moyennant des charges à hauteur de 25% du salaire de
l’employé[9.] Le succès a été immédiat10. En l’espace de six mois, le nombre de petits entrepreneurs est
passé de 157 000 à plus de 320 000, et devrait se stabiliser autour d’un demi-million[11]. Les premiers
effets positifs sont apparus avec une augmentation des recettes fiscales de l’Etat au bout de six mois[12.]
Les commerces privés sont soumis à un impôt progressif pouvant atteindre 50% des revenus et à des
cotisations sociales à hauteur de 25%[13.] Les revenus jusqu’à 5 000 pesos annuels sont exemptés
d’impôts alors que ceux qui dépassent les 50 000 pesos seront taxés à hauteur de 50%. Le nouveau code
fiscal stipule que les entrepreneurs pourront désormais déduire jusqu’à 40% de leurs revenus au titre de
frais professionnels contre 10% auparavant[14]. Ainsi, les travailleurs indépendants devront s’acquitter de
quatre impôts au total : l’impôt sur le revenu de 25% (revenus supérieurs à 5 000 pesos) à 50% (revenus
supérieurs à 50 000 pesos), les charges patronales à hauteur de 25% du salaire de l’employé, la TVA de
10% (5% pour le secteur alimentaire), et les cotisations sociales de 25%[15].
Pour faire face à la pénurie de matières premières, le gouvernement a décidé d’allouer d’importantes
ressources à l’achat de matériel exclusivement réservées au secteur privé. Les nouveaux entrepreneurs
devront faire face à trois principaux défis : se constituer une clientèle, obtenir des crédits et vaincre les
obstacles bureaucratiques[16]Les plus hautes autorités de l’Etat ont garanti le caractère irréversible des
réformes et ont apporté leur soutien aux travailleurs indépendants en annonçant une nouvelle politique
bancaire de crédits destinés aux micro-entrepreneurs[16], en particulier dans le domaine agricole[17]. Ces
nouvelles mesures devraient générer des revenus à hauteur d’un milliard de dollars en impôts, selon les
estimations gouvernementales[18].
De la même manière, les cantines d’entreprise et le transport ouvrier ne seront plus à la charge de
l’Etat, tout comme les salons de coiffure et les taxis, entre autres, qui vont être dorénavant gérés par les
employés. Les entreprises disposeront désormais de facultés d’initiative plus amples[19].
L’objectif est d’augmenter la productivité, de renforcer la discipline et d’offrir un éventail de salaires plus
large qui permette de satisfaire les nécessités des citoyens. La politique égalitariste dans les mécanismes
de distribution du revenu sera ainsi éliminée, tout comme la gratuité de certaines prestations[20]. Raú
Castro reconnaît que « l’excessive approche paternaliste, idéaliste et égalitariste instituée par la
Révolution au nom de la justice sociale » a été une erreur. « Nous avons confondu le socialisme avec les
gratuités et les subventions, l’égalité avec l’égalitarisme », a-t-il précisé. Désormais, les salaires seront
indexés sur la productivité[21]. « L’égalité des droits et des opportunités pour tous les citoyens »
prévaudra, avec une politique axée sur le travail considéré comme « à la fois un droit et un devoir ». Il
sera désormais « rémunéré en fonction de sa quantité et de sa qualité[22] ».
1 Andrea Rodriguez, « Raúl Castro pide apoyo a central sindical cubana », Associated Press, 1er noviembre 2010.
2 Raúl Castro, « Texto íntegro del Informe Central al VI Congreso del PCC », 16 de abril de 2011.
http://www.cubadebate.cu/opinion/2011/04/16/texto-integro-del-informe-central-al-vi-congreso-del-pcc/ (site consulté le 20 avril 2011).
3 Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.
4 Raúl Castro, « Toda resistencia burocrática al estricto cumplimiento de los acuerdos del Congreso, respaldados másivamente por el pueblo, será inútil », Cubadebate, 1er août 2011.
5 Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.
6 Raúl Castro, « Texto íntegro del Informe Central al VI Congreso del PCC », 16 de abril de 2011, op. cit.
7 Agence France Presse, « Gobierno cubano anuncia reglas para apertura de negocios y despidos », 25 octobre 2010.
8 Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” »,
op.cit.
9 Juan Carlos Chávez, « Impuestos en Cuba llegarán hasta el 50 por ciento para trabajadores privados », El Nuevo Herald, 26 octobre 2010.
10 Paul Haven, « Cuba : Pequeños empresarios, factor clave de reformas económicas », op. cit
11 Agence France Presse, « Otorgan en Cuba 171,000 nuevas licencias », 21 mars 2011 ; Ivette Fernández Sosa, « Trabajadores por cuenta propia sobrepasan las 300 000 personas », Granma, 21 mai 2011.
12 Andrea Rodriguez, « Erario cubano comienza a ver resultados de reforma », The Associated Press, 16 mai 2011.
13 EFE, « Cubanos se preparan para nueva cultura tributaria », 22 octobre 2010.
14 Mark Frank & Eric Faye, « Cuba dévoile un nouveau code fiscal pour les petites entreprises », Reuters, 22 octobre 2010.
15 Paul Haven, « Cuba Males Self-Employement Rules Official », Associated Press, 25 octobre 2010 ; Agence France Presse, « Cuba: jusqu’à 50% des revenus des commerces privés soumis à impôt », 25 octobre 2010.
16 EFE, « Anuncian nueva política bancaria de créditos », 1er avril 2011 ; Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.
17 EFE, « Gobierno cubano da créditos a campesinos », 11 juillet 2011.
18 Juan Carlos Chávez, « Impuestos en Cuba llegarán hasta el 50 por ciento para trabajadores privados », op. cit.
19 Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.
20 Ibid.
21 Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.
22 Partido Comunista de Cuba, « Proyecto de lineamientos de la política económica y social », op. cit.
Par ailleurs, de nombreuses interdictions outrancières, qui favorisaient le marché noir, sont en
passe d’être éliminées. Raúl Castro a ainsi appelé à éliminer les nombreuses prohibitions irrationnelles
qui ont perduré pendant des années, sans tenir compte des circonstances existantes, créant ainsi le ferment
pour de multiples agissements en marge de la loi, qui débouchent fréquemment sur la corruption à des
niveaux variés. On peut arriver à une conclusion évidente : les prohibitions irrationnelles favorisent les
violations, lesquelles conduisent à leur tour à la corruption et à l’impunité.
Il a ainsi dénoncé les démarches administratives inutiles concernant le changement de logement ou la
vente de voiture entre particuliers[23]. Désormais, les logements pourront être achetés et vendus par les
Cubains ainsi que les étrangers ayant le statut de résident permanent. Auparavant, seuls l’échange et le
legs étaient autorisés, entraînant de nombreuses opérations illégales. Néanmoins, il ne sera pas possible
d’être propriétaire de plus d’un logement et ces mesures excluent à la fois les Cubains non résidents ainsi
que les étrangers. La loi sur la confiscation des biens pour les émigrants est ainsi abrogée, lesquels
pourront, en cas de départ, léguer leurs biens à leur famille jusqu’au quatrième degré de consanguinité, à
condition de pouvoir justifier de cinq ans de vie commune avec la personne concernée[24].
Enfin, l’île se trouve également dans l’obligation de mettre un terme à la dualité monétaire – le peso avec
lequel la plupart des Cubains reçoivent leur salaire et le peso convertible, réservé au secteur touristique –
afin de réduire les inégalités. En effet, un peso convertible (environ 1 dollar) vaut 26 pesos[25].
Si le changement de la structure économique semble indispensable, Cuba ne compte pas adopter le
modèle économique de marché. Selon le gouvernement cubain, le principe de base reste le même : « Seul
le socialisme est capable de vaincre les difficultés et préserver les conquêtes de la Révolution ». Ainsi, la
planification de l’économie prévaudra sur les règles mercatiques, tout en modernisant la méthodologie,
l’organisation et la gestion[26].
Au niveau macroéconomique, Cuba aspire à une meilleure efficience afin de limiter l’intervention
financière de l’Etat dans les secteurs déficitaires. Deux types de solutions sont envisagés. La première, à
court terme, permettra d’éliminer le déficit de la balance des paiements en substituant les importations et
en augmentant les revenus externes. L’objectif d’améliorer la croissance et le niveau de vie de la
population passe par une meilleure efficacité économique, une stimulation du travail et une redistribution
plus équitable du revenu national[27].
A long terme, Cuba doit trouver des solutions de développement durable qui permettent notamment
d’atteindre une autosuffisance alimentaire et énergétique, une utilisation efficace du capital humain, une
bonne compétitivité dans les productions traditionnelles et le développement de nouvelles productions de
biens et de services à haute valeur ajoutée[28].
Les entreprises étatiques et les coopératives
Une autonomie plus grande sera octroyée aux entreprises étatiques, aux entreprises aux capitaux
mixtes, aux coopératives, aux usufruitiers de terres, ainsi qu’aux petits entrepreneurs privés, sans pour
autant permettre une concentration de propriété trop importante. Le pouvoir décisionnel sera décentralisé
au profit du secteur entrepreneurial, afin d’obtenir une meilleure efficacité. Les entreprises disposeront de
plus de facultés ainsi que d’une responsabilité plus importante dans la gestion de leurs ressources
humaines, matérielles et financières, supprimant ainsi une partie des contrôles bureaucratiques. Des
marchés d’approvisionnement non subventionnés seront à la disposition des entreprises[29].
23 Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.
24 Agence France Presse, « Cubanos de la isla podrán comprar casas y autos », 1er juillet 2011.
25 Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.
26 Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.
27 Ibid.
28 Ibid.
29 Ibid.
Les entreprises étatiques dont le bilan financier est structurellement déficitaire, dont le capital de travail
est insuffisant et qui se montrent incapables de respecter leurs obligations, passeront systématiquement
par un processus de liquidation. Les entreprises ne recevront plus de financement budgétaire pour la
production de biens et de services. En revanche, elles pourront créer des fonds propres pour le
développement ou l’augmentation de salaires, en cas de bénéfices, après avoir satisfait leur contrat de
production et s’être acquittées de leurs obligations fiscales. De la même manière, les salaires des
employés du secteur public évolueront en fonction des résultats de l’entreprise. Les subventions pour
pertes seront désormais éliminées[30].
Les coopératives, basées sur « libre disposition des travailleurs à s’y associer », restent propriétaires des
moyens de production et peuvent en disposer à leur guise (location, usufruit…). Elles peuvent s’associer à
d’autres entités similaires (pour l’achat et la vente par exemple afin de réduire les coûts). Néanmoins, la
propriété coopérative ne peut être vendue ou louée à d’autres coopératives ou à des entreprises non
étatiques. Elles se chargent également de fixer les salaires de leurs employés[31].
La politique sociale
Au niveau de la politique sociale, la priorité est de préserver « les conquêtes de la Révolution, tels
que l’accès aux soins médicaux, à l’éducation, à la culture, au sport, aux loisirs, à la sécurité sociale et à la
protection au moyen de l’assistance sociale pour les personnes dans le besoin », tout en éliminant les
« dépenses excessives[32] ».
Au niveau de l’éducation, les cursus universitaires seront en adéquation avec le développement de
l’économie et de la société, avec une augmentation des places dans les filières technologiques et
scientifiques. Au niveau de la santé, une réorganisation territoriale des centres de soin est prévue, tout
comme le développement de la médecine naturelle et traditionnelle, ainsi que la promotion de la
médecine préventive. Enfin, pour faire face au vieillissement de la population et au problème de la
dépendance, la contribution des salariés sera accrue et de nouveaux financements devront être
trouvés[33].
Le salaire retrouvera un rôle principal au sein de la société afin de « réduire les gratuités non nécessaires
et les subventions personnelles excessives, en établissant des compensations pour les personnes dans le
besoin ». Ainsi, le carnet de rationnement, instauré en 1963 pour faire face aux sanctions économiques, à
la spéculation sur les matières premières et éviter une crise alimentaire, « qui favorise autant le citoyen
dans le besoin que celui qui en est à l’abri », dispose de nombreux inconvénients car il profite
indistinctement aux travailleurs consciencieux qui apportent de la richesse à la société et à ceux qui
préfèrent vivre aux crochets de l’aide sociale sans rien produire[34].
Comme le note Raúl Castro, le carnet « est devenu, au fil des ans, une charge insupportable pour
l’économie, n’incite pas au travail, et est source d’illégalités diverses[35] ». Il est ainsi graduellement
réduit et sera à terme supprimé pour éviter les pratiques de trocs et de revente qui alimentent le marché
noir[36]. Par exemple, les cigarettes ont disparu du carnet depuis septembre 2010[37]. Le riz et le sucre
(exceptée la partie mensuelle subventionnée) sont désormais en vente libre sur le marché[38], alors que le
30 Ibid.
31 Ibid.
32 Ibid.
33 Ibid.
34 Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.
35 Raúl Castro, « Texto íntegro del Informe Central al VI Congreso del PCC », 16 de abril de 2011, op. cit. 36 Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.
37 Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.
38 EFE, « Cuba libera venta de azúcar y sube precio del arroz », 12 février 2011.
prix de l’huile a augmenté d’environ 10%[39]. La suppression du carnet de rationnement sera compensée
par des augmentations salariales.
Néanmoins, l’alimentation sociale dans la sphère des services de santé et d’éducation est préservée
« pour protéger la population vulnérable ». Les cantines ouvrières resteront ouvertes mais elles seront
désormais payantes et non subventionnées. De la même manière, l’Etat s’engage à « garantir que les
personnes dans le besoin reçoivent la protection de l’assistance sociale[40] ».
La politique industrielle et énergétique
L’industrie pharmaceutique et biotechnologique est l’un des fleurons économiques de la nation
cubaine. Elle représente la quatrième source de revenus pour l’île après les prestations de services, le
tourisme et le nickel[41]. L’objectif affiché est d’atteindre une souveraineté technologique dans ce
domaine et de renforcer la politique de dépôt de brevet et de propriété industrielle sur les principaux
marchés internationaux.
Au niveau énergétique, Cuba doit réduire sa dépendance vis-à-vis de l’extérieur et élever la production de
pétrole et de gaz en exploitant les gisements sous-marins récemment découverts dans le Golfe du
Mexique, et augmenter sa capacité de raffinement afin de réduire l’importation de produits dérivés.
Néanmoins, de lourds investissements sont nécessaires et l’île ne dispose pas des ressources pour les
financer. De la même manière, l’énergie utilisée pour des activités productives de biens ou de services ne
sera plus subventionnée[42].
Afin de procéder à des économies d’énergie en raison de la hausse du prix du pétrole, le
gouvernement a ainsi annoncé en octobre 2010 une augmentation des tarifs électriques pour les grands
consommateurs, c’est-à-dire ceux qui utilisent plus de 300 kilowatts/heure par mois. L’augmentation sera
graduelle et oscillera entre 15% et 285% du prix, selon le surplus de consommation. Cette catégorie
d’usagers, qui représente 5,6% de la population, devra payer entre 1,5 et 5 pesos le kilowatts/heure
supplémentaire au lieu du prix normal de 1,3 pesos. Pour les ménages consommant moins de 100
kilowatts/heure, le prix restera à 0,09 peso le kilowatt/heure. L’Etat a donné l’exemple en réduisant sa
consommation de 10% en 2010 par rapport à l’année antérieure. Le prix de l’essence a également
augmenté de 10% et celui du diesel de 18%, étant donné que plus de 50% du combustible consommé
dans l’île est destiné à produire de l’électricité[43].
Le tourisme
Dans le secteur touristique, qui constitue la seconde source de revenus de la nation, la priorité est
donnée à l’amélioration de la qualité des services fournis – lesquels sont bien en deçà des standards
internationaux –, ainsi qu’à la diversification des destinations touristiques à l’intérieur du pays pour
éviter des concentrations trop importantes de vacanciers. De la même manière, pour augmenter la
capacité d’hébergement du pays, les particuliers pourront désormais louer plus facilement une partie de
leur logement[44].
Le transport et le logement
Le transport reste l’un des graves problèmes à Cuba et a un impact aussi bien sur la vie
économique que sur le bien-être de la population. Le réseau doit être modernisé, réorganisé et surtout
développé. Les réseaux ferroviaire et maritime constituent une priorité notamment pour des raisons
économiques et environnementales. Les ports nationaux doivent notamment être agrandis pour des
raisons commerciales[45].
39 Agence France Presse, « Cuba sube precio de aceite comestible », 2 avril 2011.
40 Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.
41 EFE, « La isla recibe al primer millón de turistas en 2011 », 11 avril 2011.
42 Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.
43 EFE, « Cuba sube tarifas eléctricas para grandes consumidores domésticos », 29 octobre 2010.
44 Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.
45 Ibid.
L’autre grand problème national reste le logement qui est insuffisant et souvent dans un état
précaire. L’île nécessite la construction de 100.000 logements par an car il existe depuis des décennies un
déficit structurel du fond immobilier de la nation, en raison notamment des sanctions économiques. La
construction de logements ne sera plus une tâche exclusive de l’Etat : le secteur privé pourra désormais
s’acquitter de cette activité. En novembre 2010, l’Etat a décidé de mettre un terme aux subventions du
matériel de construction en raison du manque de liquidités[46].
Conclusion
Le défi qui attend les Cubains est de taille. S’ils ne peuvent agir contre le principal obstacle au
développement de la nation que sont les sanctions économiques, dont la levée –unanimement réclamée –
dépend du bon vouloir de la Maison-Blanche et du Congrès étasunien, ils peuvent se targuer d’avoir créé
la société la moins injuste de la planète et d’afficher le meilleur indice de développement humain du
Tiers-monde. Néanmoins, la lutte contre la bureaucratie, la corruption, le marché noir, la faible
productivité, l’amateurisme en termes de politique économique, la forte dépendance alimentaire et
énergétique, les interdictions outrancières, l’insuffisance de débat critique, le rapport nonchalant au
travail, restent leur principale priorité. Les Cubains – plus précisément les plus jeunes générations –
devront se montrer à la hauteur de la situation et s’adapter aux nouvelles réalités, tout en restant fidèles à
leur histoire et leur tradition de lutte et de résistance. Car, pour reprendre les enseignements lucides de
l’Apôtre cubain et héros national José Martí, « le premier devoir de tout homme […] est d’être un homme
de son temps ».
Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim
Lamrani est enseignant chargé de cours à l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, et l’Université Paris-
Est Marne-la-Vallée, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.
Son dernier ouvrage s’intitule Etat de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba,
Paris, Editions Estrella, 2011, avec un prologue de Wayne S. Smith et une préface de Paul Estrade.
Contact: Salim.Lamrani@univ-mlv.fr ; lamranisalim@yahoo.fr
46 Agence France Presse, « Raúl Castro elimina subsidios a materiales para reparar y construir casas », 18 novembre 2010
Quand les vestiges du passé ressurgissent...
De la référence «bourdieusienne»
Les récentes élections en Suède, en Hongrie et en Bulgarie, ainsi que l'accord de gouvernement récemment conclu aux Pays-Bas, viennent confirmer la tendance : le racisme politique progresse et enchaîne les succès électoraux en Europe.
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Et si on essayait la non-violence dans le conflit israélo-palestinien
Mise en ligne - Naku press: le 15 juilklet 2010 - 22h19
2 jours de colloque sur Le droit constitutionnel calédonien
Tout est sur le site http://larje.univ-nc.nc/. Un grand merci à DJIIDO qui a diffusé en direct..
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Mise en ligne - Naku Press : 27 06 2010 à 14h30
Le Drapeau de Kanaky
Le nom du Pays est KANAKY
Le Drapeau c’est celui-ci :
( de Marie Françoise KAPOERI – Nouméa : Juin 2010)
Inteview accordé au Journal « La Voie du FLNKS » par Marie Françoise KAPOERI . ( Pour des raisons d’ordre technique , cet interview n’a pu être publié dans le numéro 9 de la Voie du FLNKS qui paraîtra cette semaine : 28/06 au 02/07/2010)
DES MILITANTS FLNKS SOUTIENNENT LES INDEPENDANTISTES POLYNESIENS
Marika : Oui, environ, un mois avant la tenue de ce séminaire on savait qu’ils allait venir. Nous l’avons appris par des amis de Genève en Suisse. En fait, nous étions en contact avec le CERD de Genève (Comité pour l’élimination des discriminations Raciales), une autre organisation dépendant de l’ONU et c’est eux qui nous ont informé de la tenue de ce séminaire. Nous étions en train de préparer un dossier sur l’état des discriminations dans le pays, pour le présenter au CERD, parce que la France est convoquée devant ce comité en août 2010 , on s’est alors dit qu’on pouvait faire d’une pierre deux coups, présenter au comité de décolonisation notre vision de militants de terrain sur les discriminations en matière d’emploi, de santé, d’éducation, etc. que nous vivons tous les jours. Nous avons préparé sept dossiers : La santé avec des statistiques sur la mortalité infantile qui touche principalement les enfants kanak, l’enseignement, les atteintes à l’environnement, l’accès à l’emploi et les licenciements abusifs, les listes électorales (il faut savoir que près de deux mille kanak ont été exclus des listes spéciales par les communes du Grand Nouméa), les signes identitaires qui ne reconnaissent toujours pas l’identité kanak et enfin le film sur l’affaire d’Ouvéa que Matthieu Kassowitz envisageait de tourner à Iaaï…
La Voie du FLNKS : pourquoi n’avez-vous pas transmis ce dossier aux représentants officiels du FLNKS ?
Marika : Bien sûr que nous avons remis ce dossier au FLNKS ! Nous l’avons remis en mains propres au secrétaire du Bureau Politique du FLNKS, puis une autre copie au Groupe FLNKS au Congrès et enfin une troisième copie au Sénat coutumier. Nous voulions absolument que tous nos représentants aient la même copie entre les mains pour pouvoir en parler ensemble.
La Voie du FLNKS Alors, pourquoi vous êtes vous mobilisés devant la CPS ?
Marika : Au début, nous pensions que la tenue de ce séminaire de l’ONU allait donner lieu à une rencontre officielle avec le Sénat coutumier, c’est quand même un minimum quand des gens arrivent dans le pays qu’ils rencontrent nos représentants coutumiers. Or, ça n’a pas été le cas, les coutumiers ont été exclus du protocole. Le deuxième élément qui nous a incité à nous mobiliser, c’est que la délégation de Polynésie menée par le vieux Oscar TEMARU a été exclue elle aussi du protocole et de la tenue du séminaire. Oscar TEMARU venait pour rencontrer les représentants de l’ONU pour demander la réinscription de la Polynésie sur la liste officilelle des pays à décoloniser. D’habitude, il n’y a pas de problèmes, il intègre la délégation du FLNKS et tout se passe bien, mais là les coutumiers et les indépendantistes polynésiens ont été bloqués et beaucoup de militants, de syndicalistes de coutumiers ont trouvé ça inacceptable C’est ce refus qui a provoqué notre mobilisation devant la CPS.
La Voie du FLNKS : Comment s’est passée votre action ?
Marika : Jusqu’au lundi 17 mai nous espérions que nos coutumiers et les Indépendantistes menés par Oscar Temaru seraient reçus et pourraient rentrer dans la délégation du FLNKS. Le Mardi 18 au matin, la délégation polynésienne a été purement et simplement refoulée de la CPS, alors là nous avons décidé de nous mobiliser. Nous les mamans on a été prévenue par quelqu’un de l’intérieur de la CPS, on a vite rassemblé nos banderoles et on s’est retrouvées en début d’après midi à l’Anse Vata.
Tout cela s’est passé sous la pluie et les militants se relayaient avec des parapluies pour abriter les coutumiers et les frères polynésiens qui n’avaient plus d’abris pour se protéger de la pluie. C’est vraiment honteux ce que la police a fait là !
La Voie du FLNKS : Quel a été le résultat de votre mobilisation en définitive ?
Marika :Grâce à ce mouvement, le Directeur de la CPS a téléphoné directement pour parler au Sénateur de la Polynésie qui était présent avec nous pour lui présenter ses excuses à lui et aux coutumiers. En fait, il n’y a jamais eu d’ordre de sa part d’évacuer ainsi le rassemblement pacifique, c’est la police qui s’est permis de nous raconter ça et lui à l’intérieur, il a fini par le savoir. Il faut quand même savoir que la Polynésie est membre à part entière de la Communauté du Pacifique Sud, je crois d’ailleurs que cette affaire aura sans doute des suites… Le deuxième point obtenu c’est que grâce à cette mobilisation certains élus FLNKS ont fini par sortir de la CPS et sont venus discuter avec les coutumiers, la délégation de Polynésie et tous les militants et ils ont essayé de trouver une solution. Ils ont fait le lien avec le Président du Comité de décolonisation de l’ONU, Sir Donatus Saint Aimée. Celui-ci a souhaité rencontrer le sénat coutumier et la délégation polynésienne, mais cela ne pouvait pas se passer à la CPS….Car d’autres personnes, devinez lesquelles…bloquaient. Une rencontre repas a alors été organisée le mercredi soir au Kuendu beach avec tous les militants, le sénat coutumier, les indépendantistes polynésiens et le bureau du comité de décolonisation de l’ONU composé de sept personnes.
Marika : Là aussi l’objectif est atteint ! Le travail fourni par les militants a été remis directement au bureau du Comité de décolonisation. Nous voulions à tout prix faire savoir à l’ONU qu’il existe ici, encore beaucoup de formes de discrimination et qu’elles concernent en premier lieu le peuple kanak. Nous espérons, maintenant que la France sera interrogée par l’ONU à ce sujet dans les tous prochains mois…
.....................................................................................................................................................................
INFO PRATIQUE
(Madoy- L'administration de Naku Press- 27 Juin 2010)